Jésus achève la création de l’homme

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Lors de son entretien nocturne avec Nicodème (Jean 3, 1-21), Jésus lui explique la « nouvelle naissance » qui s’impose à toute personne désirant entrer dans le Royaume de Dieu. Il le fait en soulignant l’importance de l’eau et de l’Esprit, deux éléments déjà présents lors de la création du monde. Écoutons, encore une fois, dom Guillerand nous en décrire la trame en référence au récit biblique de la création :

« La nouvelle naissance dont Jésus parle n’exige pas un retour au sein maternel. C’est une naissance de l’Esprit ; il faut donc rentrer dans cet Esprit. Il révèle ainsi immédiatement où il faut le rejoindre, et ce qu’il apporte au monde. L’eau et l’Esprit, ce sont deux principes qui ont tout fait au début des choses. Jésus vient reprendre l’œuvre défaite et la refaire … ou simplement l’achever. Le terme, c’est le Royaume de Dieu, c’est Dieu connu et aimé et régnant par cette connaissance et cet amour sur les êtres qui en sont capables.

Or, il a donné de pouvoir le connaître et l’aimer en infusant son Esprit au premier homme. Toutes les œuvres précédentes tendaient à cette communication suprême. Elles préparent la matière à l’accueillir. Le limon est cette matière, les plantes et le règne animal entretiennent et développent le corps que Dieu en tire et auquel il infuse son Esprit. La lumière et les foyers qui la répandent dirigent l’homme dans l’usage qu’il fait de tout cet ensemble mis à son service. L’Esprit Saint, répandu dans le corps humain, l’illumine d’une lumière supérieure, le met en rapport avec le même Esprit qui s’est caché dans les choses inférieures. Ses organes, ses sens, s’emparent de ces choses, les font entrer en lui ; l’Esprit qui l’habite les y rejoint, les reconnaît, lui dit: « L’Être qui est a fait tous ces êtres, il les a faits par amour et pour que tu adores et tu aimes cet amour ».

L’homme n’a pas su dépasser le voile : il s’est arrêté, il a adoré ce que Dieu a fait, au lieu d’aller jusqu’à Celui qui a tout fait. Jésus, l’image parfaite, vient reprendre l’œuvre en nous communiquant son Esprit qui procède du Père, et le révèle. Animé de cet Esprit, l’homme retrouvera le Père dans le monde et lui offrira l’hommage de ce monde. Tel est le royaume que Jésus connaît parce qu’il a l’Esprit du Père, et dont il vient rouvrir les portes. Il s’est plongé dans les eaux de l’abîme en prenant notre chair et en recevant le baptême du Précurseur. On trouve donc en lui les deux éléments de résurrection, et il les offre à Nicodème. En entrant dans les eaux, il leur a communiqué son Esprit vivifiant. Tout homme qui s’y plongera comme lui, après lui, en sera vivifié.

Et il explique sa déclaration. Il l’explique comme il sait expliquer, par de grands éclairs, de la lumière concentrée qu’il faut regarder longuement pour en extraire tout ce qu’elle enferme de clarté. Le principe est d’une simplicité extrême comme tout ce qui est très profond et touche aux sources mêmes des choses. Les philosophes l’énoncent en termes philosophiques et abstraits. Ils disent : « Tout agent fait quelque chose qui lui ressemble ». Il s’exprime dans ses actes ; un acte est une manifestation de l’être ; un être ne peut être connu que par ce qu’il fait ; ce qu’il fait c’est ce qu’il est. « La chair produit donc la chair ; et l’Esprit produit l’Esprit » (Jean 3, 6). La conclusion s’impose, est d’une clarté aveuglante. Pour voir Dieu, il faut l’Esprit de Dieu, et pour avoir l’Esprit de Dieu il faut être né de Dieu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 189 s)

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Une réponse déconcertante

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Nicodème, docteur juif, est impressionné par le ministère de ce jeune thaumaturge et, le considérant comme un homme de Dieu, veut obtenir de lui une ligne de conduite pour sa vie spirituelle. La réponse de Jésus est des plus déconcertantes: « Il faut renaître! ». Écoutons le commentaire de dom Guillerand à ce sujet :

« Nicodème parle au nom d’un groupe, peut-être assez nombreux. À ce début de la vie publique, Notre-Seigneur n’avait pas encore déchaîné l’hostilité des dirigeants. Les miracles frappaient des âmes neuves, dans l’attente d’un envoyé divin, et provoquaient en elles l’intérêt, l’espérance ; le désir de se renseigner, de faire avec ce thaumaturge une connaissance plus poussée est tout naturel. Le docteur juif n’hésite pas à avouer son impression nettement favorable qui est déjà la foi. Ce qu’il demande, ce n’est pas que cette foi soit accrue, c’est de connaître à quoi elle l’oblige et quels devoirs pratiques elle lui impose. Il est en face de quelqu’un qui parle et agit au nom de Dieu. Il veut savoir de lui ce que Dieu demande pour lui faire place en son royaume attendu.

C’est en ce sens que Jésus lui répond … et il répond certainement dans le sens où cette âme lui parle. Pour avoir place au royaume de Dieu, une seule condition est requise : « Il faut renaître: renasci denuo ». La réponse du Maître porte sa marque; elle va droit au but: nul détour, nulle parole de présentation, nul compliment, rien d’humain. Sa formule va déconcerter son interlocuteur ; il ne s’en soucie pas. Vraisemblablement même, il veut cette impression qui frappe un esprit et le rend plus attentif.

Le résultat est obtenu, Nicodème n’en revient pas : « Comment, dit-il, un homme déjà âgé peut-il renaître ? ». On ne naît qu’une fois, comme on ne meurt qu’une fois. Quand on est entré dans la vie, on ne peut plus qu’avancer sur le chemin : retourner en arrière est impossible. Le docteur a raison, Jésus aussi. Mais ils ne sont pas sur le même terrain et ne parlent pas la même langue. Jésus parle la langue du divin royaume, Nicodème celle de la terre. Ils ne s’entendent pas ; ils s’entendront quand le Sauveur aura attiré et entraîné cette âme chez lui, comme il a fait déjà pour les deux disciples qui lui ont demandé où il habitait : « En vérité, en vérité je vous le déclare, si un homme ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint, il ne peut entrer au royaume de Dieu ». Jésus reprend son affirmation en lui donnant un caractère plus solennel qui sera courant dans son langage quand il abordera un point de doctrine capital et déconcertant : « En vérité, en vérité » veut dire : je vous assure qu’il en est ainsi et qu’il est impossible qu’un esprit s’accorde à mon esprit s’il ne s’ouvre à cet enseignement. À cette affirmation solennelle, Notre-Seigneur ajoute déjà un commencement d’explication. La nouvelle naissance dont il parle n’exige pas un retour au sein maternel. C’est une naissance de l’Esprit ; il faut donc rentrer dans cet Esprit. Il révèle ainsi immédiatement où il faut le rejoindre, et ce qu’il apporte au monde. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 188 s)

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Un homme qui veut voir et savoir

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L’itinéraire monastique de dom Augustin Guillerand

Voici un bref aperçu, en images, des différentes étapes de la vie monastique de l’abbé Maxime Guillerand, jeune curé français de Nevers entré en chartreuse en 1916, à l’âge de 38 ans. Il y recevra le nom religieux de DOM AUGUSTIN.

Chartreuse de La Valsainte

C’est en temps de guerre que le jeune abbé, «réformé» à cause d’une santé précaire, fait son entrée dans la vie religieuse. Les Pères Chartreux vivant alors en exil et c’est dans un couvent suisse (La Valsainte) que Maxime sera accepté le 28 août 1916. C’est là qu’il fera sa profession perpétuelle en 1921, et il y vivra jusqu’en septembre 1929. Voici quelques photos de ce couvent.

Chartreuse de San Francesco

Expérimentant une certaine fatigue nerveuse, dom Augustin est envoyé dans le sud de la France pour y refaire sa santé. Après un séjour de quelques mois à la Chartreuse de Montrieux, il est nommé, en 1929, «vicaire» (aumônier) d’un couvent de moniales, la Chartreuse de San Francesco près de Turin (Italie). Ce fut un temps précieux pour lui alors qu’il exerça avec succès ses talents de confesseur et de père spirituel. La vie des moniales chartreuses était depuis toujours plus communautaire que celle des pères; ce n’est que depuis les années 70 que les moniales ont adopté la vie en cellule isolée tout comme les moines. Dom Augustin y demeura environ cinq ans. Voici quelques images de cette chartreuse, ancien couvent franciscain, que les religieuses ont quitté vers 1995 et qui a été reconvertie en auberge de luxe tout en conservant un certain cachet de retraite silencieuse.

Chartreuse de Vedana

En janvier 1935, dom Guillerand est nommé prieur d’un couvent de pères, la Chartreuse de Vedana, situé au nord de la Vénétie au pied des Dolomites. Il y restera jusqu’à la déclaration de la guerre entre la France et l’Italie, en 1940. Voici quelques photos de ce monastère qui continua à être occupé par les moines jusqu’en 1977, puis par des moniales de 1998 à 2014. En 2018, c’est une communauté de contemplatives de clôture, les Adoratrices perpétuelles du Saint-Sacrement, qui en prit possession.

La Grande Chartreuse

La déclaration imminente de la guerre entre la France et l’Italie en 1940 a forcé les Pères français a réintégrer au plus vite leur pays. Après un bref séjour à la Chartreuse de Sélignac, dom Guillerand rejoignit le couvent de la Grande Chartreuse où l’avaient précédé quelques religieux dont le Père Général, dom Ferdinand Vidal. On peut s’imaginer la joie de ces religieux de reprendre contact avec le berceau de l’Ordre demeuré inoccupé depuis 1903. Nommé père coadjuteur, dom Guillerand y vivra ses dernières années. C’est là, nous dit son biographe, qu’il mourut le 12 avril 1945, à 16h30, en pleine connaissance et presque sans témoin. Il avait 67 ans dont 29 comme chartreux. Voici quelques photos de ce haut-lieu de la spiritualité cartusienne.

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Triomphe incomparable de la vie sur la mort

Il Risorto

Lumière du monde, ô Jésus,

Bien que nous n’ayons jamais vu

Ta tombe ouverte,

D’où vient en nous, cette clarté,

Ce jour de fête entre les fêtes,

Sinon de toi, ressuscité?

Quand sur nos chemins on nous dit:

Où est votre Christ aujourd’hui

Et son miracle?

Nous répondons: D’où vient l’Esprit

Qui nous ramène vers sa Pâque,

Sur son chemin, sinon de lui?

(La Tour du Pin)

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Oui, le Messie devait souffrir!

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Aux deux pèlerins d’Emmaüs qui retournaient chez eux l’après-midi de Pâques, Jésus ressuscité n’hésita pas à expliquer à même les Écritures la nécessité pour le Messie de souffrir sa passion pour entrer dans sa gloire. La Tradition n’a pas retenu les éléments de cette catéchèse mais voici un texte bien connu de Jésus (et sans doute longuement médité par lui tout au long de sa vie) qui résume fort bien le Plan providentiel du Salut:

« Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche: comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est soucié de son destin? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l’a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis; et pourtant, il n’a jamais commis l’injustice ni proféré le mensonge. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours: par lui s’accomplira la volonté du Seigneur.

À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés. C’est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu’il recevra, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. » (Isaïe 53, 2-12)

Quelques années auparavant, Jésus s’était effectivement chargé de nos péchés au Jourdain, lors de son baptême par Jean. Il ne pouvait logiquement qu’en prévoir, tôt ou tard, le dénouement tragique: « Mais s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours ». Pourquoi un tel cheminement avec souffrances et résurrection? Difficile pour nous qui vivons au 21e siècle de comprendre tout le rationnel de l’Ancien Testament face à la valeur d’un sacrifice expiatoire. De même, il nous est peu aisé de voir en Jésus un nouvel Adam, capable de refaire l’histoire de l’humanité. Il nous est par contre plus facile de comprendre l’amour incomparable d’un homme-Dieu qui donne sa vie pour ses amis. On peut également discerner la valeur exemplaire d’un geste combien encourageant pour des disciples appelés au renoncement de soi et à l’obéissance à Dieu. On peut aussi, hélas, se confondre en toutes sortes d’explications s’efforçant de justifier ce qui paraît injustifiable.

Pourquoi donc le Messie devait-il souffrir? La réponse définitive ne peut que se trouver dans le Plan divin dont la profondeur nous échappe … « mais s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours: par lui s’accomplira la volonté du Seigneur ». Devant une telle volonté du Seigneur on ne peut que s’incliner!

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Concernant la torture du crucifié

Les évangiles n’étant pas des biographies de Jésus mais plutôt des mises par écrit de la prédication des Apôtres, il est normal que ces documents, tout en se référant principalement à la mort du Christ, ne nous aient pas donné des comptes rendus journalistiques de la crucifixion elle-même. Ainsi, l’évangéliste Marc résume de façon très succincte cet évènement « Et ils (les soldats romains) lui donnaient du vin mêlé de myrrhe, mais il n’en prit pas. Puis ils le crucifient et se partagent ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun » (Marc 15, 23-24). Les autres évangélistes ne sont pas plus loquaces à ce sujet … et on peut le comprendre d’une certaine façon, car ce genre de mise à mort, des plus fréquents dans l’empire romain, n’avait pas à être détaillé. Notons que cette mort humiliante, réservée normalement aux esclaves, n’était pas infligée aux citoyens romains.

À deux mille ans de distance, il n’est peut-être pas inutile de se remémorer certains éléments de la passion de Jésus qui, pour diverses raisons, risquent d’être banalisés. S’il convient de ne pas tomber bêtement dans un certain voyeurisme, il faut bien avouer par ailleurs que plusieurs représentations du divin crucifié versent dans l’angélisme le plus naïf: un beau Jésus, tout propre pour ne pas dire exsangue, qui tient facilement de brefs discours avec son entourage pour ensuite mourir presque subitement, sans convulsions. Or la torture infligée aux crucifiés était toute autre chose qu’une mort tranquille!

Rappelons brièvement les souffrances infligées au Christ avant son arrivée au Calvaire. Tout d’abord, une flagellation inhabituelle, imposée par un gouverneur désireux d’attendrir la foule, subterfuge cruel qui s’est avéré inutile mais dont le corps de Jésus a fait les frais. Puis une séance de moqueries et de sévices gratuits infligés par la garde du prétoire pour ridiculiser sa royauté. Enfin, l’acheminement des condamnés au lieu d’exécution, chacun portant son patibulum (partie transversale de la croix destinée au crucifiement): déambulation pénible dans les ruelles de Jérusalem, chutes fréquentes et non protégées par les mains ligotées à la poutre: ecchymoses et visage tuméfié (le Saint Suaire de Turin, examiné soigneusement par Mgr Giulio Ricci, révèle entre autres blessures un nez fracturé et un œil droit complètement bouché). Au cours du trajet, l’état piteux de Jésus obligea les soldats à réquisitionner l’aide d’un passant pour porter la poutre derrière lui.

Quant à la crucifixion proprement dite, elle pouvait se faire de diverses manières, allant de l’attachement avec cordes (se prolongeant des jours entiers jusqu’à ce que mort s’en suive) au percement des mains et pieds avec clous de fer. Le choix était souvent aléatoire et laissé aux exécuteurs mais, dans le cas du Christ, on sait très bien quelle décision fut prise. Il était 9h, nous dit saint Marc. Les soldats commencèrent par clouer les mains au patibulum (le docteur Pierre Barbet suggère une percée aux poignets alors que le pathologiste Frédéric Zugibe opte vers le haut de la paume des mains). De toute façon, le sectionnement des muscles ne pouvait que provoquer une douleur atroce. Puis venait la fixation du patibulum au poteau vertical déjà en place et finalement le percement des deux pieds, l’un par dessus l’autre, à l’aide d’un seul clou. C’est alors que la souffrance du crucifié atteignait son paroxysme car, pour respirer, il devait se dresser vers le haut (en s’appuyant douloureusement sur le clou des pieds) pour ensuite s’abaisser et ressentir l’exacerbation des douleurs aux mains. La crucifixion des pieds nécessitait donc la flexion préalable des jambes pour permettre ce mouvement respiratoire, sinon c’était l’asphyxie au bout de quelques minutes. C’est dans ce contexte de mouvements pénibles et répétées qu’il nous faut placer les quelques mots prononcés par Jésus, balbutiements à peine audibles mais que les évangélistes nous ont transmis minutieusement dans leur intégralité. L’aggravation inexorable des convulsions laisse présumer que la plupart des échanges verbaux eurent lieu dans les premières heures de la crucifixion. La posture du Christ en croix n’avait donc rien de statique … et ses spasmes d’agonisant ne prendront fin qu’à sa mort, vers 3h de l’après-midi. Les malfaiteurs, quant à eux, ont-ils été attachés à leur croix avec des cordes? Impossible de le savoir, mais leur facilité apparente de converser ainsi que la nécessité de leur fracturer les jambes pour hâter leur mort semblent l’indiquer.

Mort ignominieuse du Messie, mystère insondable de souffrances de toutes sortes: pourquoi devait-il en être ainsi? C’est ce que nous verrons dans quelques jours, le Vendredi Saint!

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L’ambivalence des démonstrations populaires

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Vos mains me tendent les rameaux
pour l’heure du triomphe:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi blesserez-vous mon front
de ronce et de roseaux,
en vous moquant ?

Je viens monté sur un ânon,
en signe de ma gloire:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi me ferez-vous sortir
au rang des malfaiteurs,
et des maudits ?

Voici que s’ouvrent pour le Roi
les portes de la Ville:
Hosanna ! Béni sois-tu, Seigneur !
Pourquoi fermerez-vous sur moi
la pierre du tombeau
dans le jardin ?

(Didier Rimaud)

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En cette fête du 25 mars

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L’Angelus   (Jean-François Millet, 1859)

Plus j’avance en âge, plus je tends à simplifier ma vie de prière en me concentrant sur certaines données de la Foi qui résument l’essentiel de notre religion. Le mystère de l’Incarnation du Verbe, fêté le 25 mars, est l’une de ces vérités. Et je suis choyé car l’Église nous invite à souligner ce mystère trois fois par jour! Vous aurez compris qu’il s’agit de cette dévotion appelée l’Angélus, si bien représentée par le peintre français Jean-François Millet, et autrefois annoncée publiquement par le tintement de la cloche paroissiale à 6h, midi et 18h.
Permettez-moi de vous partager brièvement ma récitation personnelle, laquelle entend souligner l’aspect trinitaire de cette dévotion :

1. L’ange du Seigneur annonça à Marie, et elle conçut du Saint Esprit:
Honneur à vous, Père, qui avez décrété l’Incarnation rédemptrice du Verbe comme sommet de la révélation de votre amour pour nous. « Je vous salue Marie … »

2. Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole:
Honneur à vous, Esprit Saint, qui avez fait en Marie un chef d’œuvre d’humilité et avez opéré en elle la merveille de l’Incarnation. « Je vous salue Marie … »

3. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous:
Honneur à vous, Jésus Verbe éternel, qui vous êtes abaissé pour nous relever, et qui avez souffert la passion et la mort pour nous obtenir la vie éternelle. « Je vous salue Marie … »

Priez pour nous sainte Mère de Dieu. R/ Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.

Prions: Répandez, Seigneur, votre grâce dans nos âmes; afin qu’ayant connu, par le message de l’ange, l’Incarnation du Christ votre Fils, nous soyons conduits par sa passion et par sa croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus Christ, notre Seigneur. Amen.

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Fin du commentaire du Prologue (Jean 1, 14)

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Intéressant de noter que dom Guillerand termine son commentaire avec le verset 14, alors que le Prologue se poursuit jusqu’au verset 18. Pour quelle raison ? Probablement parce que, de son temps (et depuis des siècles), tout prêtre catholique récitait cette version abrégée du Prologue (appelée « dernier évangile ») à la toute fin de la messe latine. Cette récitation quotidienne aura contribué à en faire, dans son esprit, un tout complet en lui-même.

Et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique

(Jean 1, 14)

« L’âme se donne parce qu’elle voit l’Amour qui se donne, comme le Verbe se donne à son Père parce qu’il voit le Père qui se donne, pour faire comme lui : « Il fait de même ». Elle voit l’Amour dans les détachements du Verbe incarné. Elle le voit s’élevant au-dessus de tout le créé, brisant tout lien, s’en dégageant, emporté par le seul souci de son Père. Dans ce mouvement qui l’emporte elle reconnaît le mouvement du Principe qui le lui communique : « Et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique ». (…)

Vivre, c’est voir la gloire du Fils unique dans la chair; cette gloire, c’est de reproduire le Père qui le donne : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3, 16). Vivre, c’est voir ce don du Père et du Fils dans la chair où celui-ci s’est incarné et se donne. Mais on ne le voit que si on l’accueille et le possède en soi ; c’est lui qui doit voir en nous ; il y voit s’il y est, si nous avons son Esprit d’amour, si nous nous donnons comme il se donne, si nous nous arrachons comme lui à tous les liens de la chair et de la vie naturelle humaine. Il ne l’a prise que pour s’immoler. Cette vie est ténèbres enveloppant la Lumière. La Lumière brille si elle brise cette enveloppe. Les âmes qui voient et qui vivent sont les âmes qui ont consenti ce brisement. Brisement total: car la Lumière est au fond ; elle est toute grâce et toute vérité : « plein de grâce et de vérité ». Elle est l’Amour et elle l’exprime. Mais cette expression se cache dans les ténèbres, et les ténèbres la masquent si elles ne sont dissipées.

CONCLUSION

Tel est ce Prologue de saint Jean, cette présentation large de toute la doctrine que cet évangile développera. Tous les discours et tous les récits qu’il contient y sont en germe. En eux il faut retrouver les lignes du Prologue, et dans le Prologue les développements de l’évangile. En tous parle la voix divine qui dit : « J’éclaire et j’aime. J’éclaire mon amour ; je révèle que mon Être c’est d’aimer et de se donner. Quiconque entend cela me connaît, me voit. Il reçoit en lui mes traits ; il devient mon image, et en moi il voit le Père ». J’aurais pu me contenter d’écrire cette dernière phrase. Elle dit tout ; mais elle ne représentait pas au début ce qu’elle exprime maintenant à mon esprit cependant si court. Ainsi se lève en nous la lumière, par petites touches successives dont la suivante ne semble rien ajouter à la précédente, et dont l’ensemble sera néanmoins l’ineffable splendeur de ma vie éternelle.

Il ne faut donc ni cesser d’écrire, ni cesser de méditer, de regarder, de tendre mon âme vers la Lumière vraie qui sans cesse se donne, accueillir ce qu’elle donne, quand et comme elle se donne. Le temps successif prépare la durée stable ; les mouvements répétés s’achèvent dans le mouvement qui persiste. Je fais des exercices ; j’apprends à voir et à vivre. Tout effort est un pas vers la vérité même et la vraie vie. Ceux-là seuls y arrivent qui se résignent à cette marche et qui ont le courage de recommencer. Je ne regrette pas les heures consacrées à écrire ces pages, si j’ai compris la nécessité de ce courage et la valeur pratique de ces recommencements.

L. J. C. (Laudetur Jesus Christus) 17 septembre 1942. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 124 ss)

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