Préparation à la prière

Église de la chartreuse San Jose (Argentine)

La proximité du début du Carême (dans sept jours), m’incite à vous transmettre un magnifique texte de dom Guillerand sur la préparation à la prière … car qu’est-ce que le Carême sinon une période de l’année où l’on s’efforce de se rapprocher de Dieu. Et comment le faire avec profit sinon par d’humbles prières où l’on reconnaît son néant ? D’où, incidemment, la référence de notre éminent chartreux à « la paix des âmes tombées, quand, relevées par Dieu, elles se trouvent en sa présence ». Écoutons-le :

« La prière est comme un face à face avec Dieu. Une âme ne prie que si elle se tourne vers lui ; elle prie tant qu’elle reste ainsi tournée; elle cesse de prier quand elle se détourne. La préparation à la prière est donc le mouvement qui nous détourne de tout ce qui n’est pas Dieu et nous tourne vers lui. De là, ce beau mot qui définit essentiellement la prière et qui en précise le mouvement : la prière est une ascension, une élévation. On se prépare à prier quand on se détache du créé et qu’on s’élève jusqu’au Créateur.

La pensée essentielle d’où naît ce détachement est celle de notre néant. De là, le mot profond du Sauveur : « Celui qui s’abaisse s’élève » (Matthieu 23,12; Luc 18, 14). De là, sa vie terrestre faite d’un abaissement continuel et de plus en plus profond. Saint Bernard n’hésite pas à dire : « Cela nous met face à face ». De là, la paix des âmes tombées, quand, relevées par Dieu, elles se trouvent en sa présence. L’abîme reconnu, confessé, c’est en ce fond qu’elles le trouvent. Elles le trouvent parce qu’il se montre. Le seul obstacle est le moi. L’aveu de notre misère l’abat; le moi abattu, le miroir est pur et Dieu y engendre son image. L’âme est toute pleine de ces traits qui se fondent dans la divine Harmonie et la Beauté parfaite. Tout cet ensemble de perfections qui feront notre ravissement sans fin, l’âme dégagée et élevée au-dessus d’elle-même en reproduit l’image, devient image à son tour, fait ce que l’Être fait, participe à ce qu’Il est.

C’est ce qu’explique Notre-Seigneur dans cette parole capitale du Sermon sur la montagne et que toutes les considérations humaines sur la prière répètent sans fin et sans en atteindre la riche plénitude : « Quand vous prierez, entrez dans la demeure intime de votre âme, et là, après avoir bien fermé la porte, parlez à votre Père qui vous voit en ces profondeurs secrètes, et dites-lui : Notre Père qui êtes aux cieux … ». La présence à soi-même, la foi en Celui qui en est le fond secret et s’y donne, le silence de tout ce qui n’est pas lui pour être tout à lui, voilà la préparation à la prière. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 39 s)

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La dévotion et les dévotions, selon dom Guillerand

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Dévotions ou dévotion, sentiment ou volonté. Une chose en effet est d’avoir un certain attrait pour telle ou telle prière, comme par exemple la récitation du chapelet, une autre d’avoir « le désir de se livrer promptement à ce qui concerne le service de Dieu », désir qui est à la base de la vie chrétienne. Cette définition de la dévotion, qui nous vient de saint Thomas d’Aquin (II-II, quest.82, art.1), est également à la base du commentaire qui suit et que nous livre avec beaucoup de finesse cet éminent chartreux qu’est dom Augustin Guillerand :

« La dévotion est affaire de volonté. La volonté fait l’être, elle est l’être. On est dans la mesure où l’on veut ; et on est ce qu’on veut. Et c’est pourquoi Dieu seul est juge d’une âme et d’une vie; seul il voit dedans. Les effets extérieurs du vouloir peuvent être nuls, et cela pendant longtemps; les hommes, qui ne voient que ces dehors, jugent sévèrement; Dieu, qui va jusqu’à l’intime où l’on aime, répond à cet amour par l’amour. Dieu sait que les résultats extérieurs peuvent être dangereux, il les refuse ; il se réserve ainsi des âmes dans le secret sanctuaire où on le trouve : « Prie ton Père qui te voit dans le secret » (Matthieu 6,6).

Pourtant il faut tendre à l’effort ; il est requis, car l’amour est dans l’effort. Effort calme et tranquille, non pour se réserver à soi-même, mais au contraire pour se donner en plein, car tout excès diminue et sépare de Celui qui est Ordre et Mesure. Il faut aimer Dieu avec modération, pour l’aimer sans  mesure. La modération est la mesure de Dieu. Ce que Dieu veut, c’est le don de soi; quand on a rien, on se donne en ne donnant rien. Si, à ces heures-là, on veut à tout prix donner quelque chose, on ne se donne pas et on se sépare.

Le secret de Marie, le secret de la sainte Famille est là, dans cette simplicité calme et mesurée. Ils faisaient ce que faisaient les autres, mais dans tout ce qu’ils faisaient, ils se donnaient pleinement. Ce don était le mouvement en eux de l’Esprit d’amour. Celui-ci les possédait et les menait entièrement. C’est à cette docilité que doit tendre une âme. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 65)

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Vivre coupés de l’Église locale ?

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La pandémie actuelle nous a obligés, bien malgré nous, à vivre éloignés de nos rencontres paroissiales habituelles. Serait-ce là une nouvelle façon de vivre notre baptême ? Notre prière personnelle est-elle appelée à prendre le pas sur la prière liturgique ? En tant qu’ermite urbain, ma vie de prière revêt une grande importance puisqu’elle est la raison d’être de mon style de vie. Se pose alors la question: qu’en est-il de ma pratique religieuse, de mes liens avec l’Église locale? Peut-on vivre sur terre séparé de l’Église ou tout au moins éloigné de la vie sacramentelle? La réponse est évidemment NON. Dans l’ordre actuel des choses, le Christ s’associe toujours l’Église, son Épouse bien-aimée, qui l’invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel. Voici comment s’exprime à ce sujet le concile Vatican II:

« Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe; dans la personne du ministre, car « celui qui s’offre maintenant par le ministère des prêtres, est celui-là même qui s’offrit alors lui-même sur la croix. » Il est présent surtout sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que, lorsque quelqu’un baptise, c’est lui qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis: Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. (…) Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu’oeuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est une action sacrée par excellence, dont nulle autre action de l’Église ne peut égaler l’efficacité au même titre et au même degré. » (Constitution sur la Liturgie, 7)

Il s’en suit que si ma prière personnelle est importante et digne de louange, il n’en demeure pas moins que tout doit se faire en liaison avec l’Église locale qui est comme la garante de l’authenticité de mon charisme. Ma prière est une chose, la prière officielle ou liturgique de l’Église en est une autre car cette dernière est une  » action sacrée par excellence « . L’Église m’est nécessaire ! Gloire soit à Dieu et à son ineffable Providence qui a tout prévu pour que chaque croyant puisse s’épanouir dans le giron de cette communauté qu’est l’Église, Corps Mystique du Christ.

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JE SUIS DE RETOUR !

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Après trois semaines d’absence, il est bon de reprendre contact avec mes frères et sœurs de WordPress.

Trois semaines d’enfer et de paradis: tout d’abord, une infection malicieuse de mon ordi qui m’en a fait perdre le contrôle; puis la décision radicale de tout perdre et de remplacer mon fidèle serviteur de 10 ans par un ordi  » tout-en-un  » plus performant. Temps de repos également pour un jeune vieillard de 87 ans … temps plus que bienvenu et fort bien utilisé pour opérer un certain délestage d’occupations nobles mais encombrantes. Enfin, temps de rattrapage au niveau d’entretien d’ermitage laissé trop longtemps à l’abandon.

Que Dieu bénisse ce retour au travail apostolique.  » La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le Maître pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson  » (Luc 10, 2).

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Pas toujours facile de prier … selon un Chartreux

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Personnellement, j’aime beaucoup prier le chapelet mais il m’arrive souvent, hélas, de tomber dans une certaine routine. Thomas d’Aquin se plaignait de réciter les psaumes sans pouvoir toujours se concentrer sur les mots. Beaucoup veulent prier mais peu y arrivent car les distractions rencontrées s’avèrent trop souvent des obstacles insurmontables. S’il y a des distractions bénignes il y a aussi des distractions beaucoup plus graves : les premières viennent d’un esprit peu attentif alors que les secondes sont le résultat d’un cœur tiède. Voici le commentaire d’un moine chartreux, dom Guillerand, concernant ces deux genres d’obstacles à la prière :

« La répétition quotidienne, et souvent plus que quotidienne, des même actes et des mêmes formules est un danger. L’habitude devient aisément routine. La prière n’est plus que mouvement de machine que nulle intervention de l’esprit ou du cœur n’anime. Les lèvres seules sont en face de Dieu qui est esprit et qui veut nous communiquer sa vie spirituelle. Pendant qu’elles se remuent sans pensée, l’imagination nous emporte sur mille chemins, et c’est avec toutes sortes de personnes, de choses, surtout avec nous-mêmes, que nous conversons. L’attention fléchit parce que l’amour manque, et la prière qui devrait nous embraser ne fait qu’ajouter au fossé que la négligence creuse peu à peu entre Dieu et nous. Inattention née de froideur, froideur engendrée par l’ignorance, nous glissons ainsi, plus vite hélas qu’on le pense, sur les pentes de la tiédeur au bout desquelles peut se trouver la mort.

Ce qui importe toutefois, c’est l’attention du vouloir plus que celle de l’esprit. Cette dernière nous est souvent impossible mais il est des prières distraites qui ravissent le cœur de Dieu. Quand nous faisons effort pour nous mettre et tenir en face de Dieu et que des dispositions du corps ou de l’âme nous arrachent sans cesse malgré nous au regard et au souvenir de cette présence aimée, quand cette impuissance torture notre désir de lui et que nous acceptons humblement cette torture, la distraction devient un moyen d’union exceptionnellement précieux et fort. Car tout se mesure à l’amour dans nos rapports avec Dieu ; et toute répulsion de l’âme à l’égard du créé pour s’unir à l’Incréé est amour.

L’attention aux mots que l’on prononce, aux gestes que l’on fait est bonne, à peu près toujours à conseiller. Par contre, l’attention à Dieu suffit toujours, est souvent préférable, parfois seule possible. L’essentiel est que la définition de la prière soit réalisée, que l’âme dégagée de ce qui se passe, se tourne et se tende vers le Père céleste, par quelque moyen et quelque chemin que ce soit. Dès qu’il y a contact, on prie ; si le contact est ardent, on prie excellemment. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 24 s)

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Double récompense pour les Mages

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Entreprendre un voyage, au temps du Christ, n’allait pas de soi. Les efforts consentis par les Mages pour suivre une étoile nous demeurent inconnus. Quoiqu’il en soit, notre ami dom Guillerand y voit, à bon droit, une source de mérites qui ne peut aller sans récompense devant Dieu. Écoutons-le :

« Quels efforts ont dû consentir les Mages pour entreprendre le voyage les amenant aux pieds du divin Roi ? Nous ne les connaissons pas avec précision. Nous n’en devinons que quelques-uns. A coup sûr, ils ont été énormes ; on ne voyageait pas alors en train de luxe, il fallait du temps, des préparatifs compliqués, toute une organisation très lourde ; on s’exposait à des dangers. Sur la seule indication d’un astre inaccoutumé, les Mages ont affronté tout cela. Il fallait qu’à l’appel extérieur Dieu joignît des invitations intimes bien pressantes et que ce double effort de sollicitations divines rencontrât des âmes bien généreuses et bien croyantes.

La récompense fut double, et le récit sacré a tenu à nous la décrire avec netteté. La première fut négative : elle consista à les garder des obstacles du voyage. Le grand obstacle fut le manque de foi de Jérusalem et des dirigeants juifs. A distance et avec l’habitude de lire ces récits, cela ne nous frappe plus. En fait, la surprise des Mages dut être formidable : cette naissance qui les avait mis en mouvement et pour un si grand voyage, elle n’avait pas même éveillé la curiosité des boutiquiers du pays, ni défrayé la conversation des blanchisseuses ! Indifférence complète ! Ignorance absolue à l’égard d’un événement devant soulever toutes les âmes et transformer le monde. Il est à peine croyable que devant cet état d’esprit de Jérusalem les Mages n’aient pas rebroussé chemin.

La seconde récompense est positive : c’est la vision de la lumière enfin accordée à une telle foi. L’étoile reparaît et se fait guide ; le ciel prend la direction effective du voyage. Alors, il n’y a plus qu’à marcher dans la clarté et la marche illuminée est très courte ; quelques heures consolées où leurs âmes sont soutenues et comme portées par la grâce, et le divin Soleil de justice se donne à contempler à ceux qui ont su lui garder confiance, malgré toutes les difficultés, tous les retards, toutes les éclipses. Le divin Soleil ne se donne lui-même que réduit et voilé. Même à ses pieds et quand on l’a rejoint, le regard de foi seul le découvre et s’en empare. Ce Roi n’est qu’un pauvre, ce Dieu n’est qu’un enfant, cette intelligence infinie est sans paroles, et la tendresse rayonnant de son cœur ne s’exprime qu’en cris et en vagissements inarticulés. Les Mages n’en sont pas plus troublés que par les périls du parcours, la longueur des chemins ou l’indifférence des Juifs. La Lumière brille en eux, leur faisant voir par delà les langes, le silence et le dénuement. L’étoile est entrée dans leur cœur et les éclaire de clartés nouvelles. Dieu resplendit à travers tout ce que les hommes méprisent. Rien ne leur paraît plus grand que ce mépris des mépris humains, et ils adorent ce Souverain Maître dans ce petit enfant à la merci des hommes et des choses.»

(Écrits spirituels tome 2, page 72 s)

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Cette longue marche vers la Vérité

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Comme tout bon juif de son temps, Paul de Tarse attendait avec impatience le Messie promis à Israël. Quelle ne fut pas sa surprise, une fois converti, de découvrir que le salut tant désiré n’était pas réservé uniquement aux fils de la Promesse mais à tout homme de bonne volonté. « Ce mystère resté caché depuis les siècles, écrivait-il aux païens convertis de Colosse, c’est le Christ parmi vous, l’espérance de la gloire! » (Colossiens 1, 26 s)

Si Dieu a entouré avec beaucoup d’affection, et durant de longs siècles, ce petit peuple de nomades descendant d’Abraham, c’est qu’il avait depuis toujours un plan merveilleux pour tous les peuples de la terre et même pour toute la création: « se réconcilier toutes choses par le Christ, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). La visite des Mages à Bethléem fut donc un avant-goût de cette future participation des peuples à l’héritage de bonheur promis à Israël. Et c’est pourquoi Paul nous invite « à rendre grâce au Père qui nous a appelés à avoir part à l’héritage des saints dans la lumière » (Col 1, 12).

Hélas! De même que beaucoup de coreligionnaires de Jésus ont refusé ce partage qui leur paraissait injuste, de même aujourd’hui (l’histoire tendant à se répéter) plusieurs chrétiens hésitent à élargir ce bonheur au reste du monde, pensant ainsi demeurer fidèles à l’enseignement du Christ ! Et c’est malheureusement la position de certains catholiques qui n’en finissent pas de critiquer le pape François pour son ouverture en matière d’œcuménisme et de relations avec les autres religions. Cette étroitesse d’esprit se rencontre spécialement, mais non uniquement, chez les nostalgiques du bon vieux temps (celui qui précéda Vatican II) alors qu’on avait de l’Église catholique une image de forteresse, séparée du monde et unique dépositaire de la Vérité.

Dieu merci, le Christ veille … lui qui est la tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église. Car ce Corps du Christ n’est pas une momie, toute belle dans son immobilité, mais un organisme vivant qui ne cesse de grandir et d’évoluer. Puissions-nous continuer de nous laisser conduire par ses représentants attitrés, nous réjouissant de l’instauration progressive du royaume du Christ, royaume global et universel, appelé à dépasser facilement et fort heureusement toutes nos attentes. Amen!

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Les catholiques et la dévotion mariale

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En ce 1er janvier, fête de Marie, Mère de Dieu, je voudrais réfléchir brièvement sur le rôle de la Vierge dans la vie de l’Église. Plus de 50 ans se sont écoulés depuis la tenue du Concile Vatican II, et il se trouve encore des catholiques pour mettre en doute le rôle de Marie dans la vie de l’Église. On sait que nos frères protestants acceptent difficilement notre dévotion mariale, lui opposant l’unique médiation du Christ comme Sauveur du monde. Or, dans la foulée d’un concile favorable aux relations œcuméniques, plusieurs de nos théologiens ont cru bien faire en minimisant non seulement le rôle de Marie mais également celui des saints dans notre vie spirituelle; et ce fut alors, comme on a pu le constater, une mise au rancart assez généralisée de tout ce qui sentait la « dévotion » … au profit, hélas, d’une cérébralisation de notre liturgie. Par ailleurs, à l’opposé de cette tendance, un petit nombre de catholiques continuent à attribuer à la Vierge Marie un rôle de médiation parallèle, sinon égale, à celui de son Fils ! Deux excès qui méritent d’être dénoncés. Voici donc un court extrait du document conciliaire sur l’Église (Lumen Gentium) qui traite clairement et définitivement de cette question :

« La bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’Avocate, d’Auxiliatrice, de Secourable, de Médiatrice. Mais il faut entendre cela de telle sorte que rien ne soit enlevé ni ajouté à la dignité et à l’efficacité du Christ, unique Médiateur.

En effet, aucune créature ne peut jamais être égalée au Verbe incarné, au Rédempteur. Mais, de même que le sacerdoce du Christ est participé de manières diverses soit par les ministres, soit par le peuple fidèle; de même que l’unique bonté de Dieu se répand réellement sur les créatures de diverses façons; ainsi l’unique médiation  du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite une coopération variée, participée différemment par les créatures, à partir d’une source unique.

Cette fonction subordonnée de Marie, l’Église la professe sans hésitation. Elle ne cesse d’en faire l’expérience et elle la présente avec ferveur à l’amour des fidèles, afin qu’ils s’appuient sur ce secours maternel pour s’unir plus profondément à notre Médiateur et Sauveur. »  (Lumen Gentium, no 62)

Fonction subordonnée mais fonction bien réelle … et c’est la raison pour laquelle les papes n’ont jamais hésité « à présenter avec ferveur cette fonction de Marie à l’amour des fidèles ». Les nombreux exemples qu’en donne le pape François ne dérougissent pas: prières mariales à Sainte-Marie-Majeure avant et après chacun de ses voyages, visites des principaux sanctuaires de la Vierge dans les pays visités, institution de nouvelles fêtes liturgiques, etc. Et que dire de ses allusions à l’efficacité de l’intercession des saints, comme celle de saint Joseph, qui illustrent à merveille les dires du Concile: « l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas mais suscite une coopération variée, participée différemment par les créatures, à partir d’une source unique ». Rendons grâce à Dieu pour ce ministère pontifical qui, malgré les vents contraires, nous rassure et nous confirme dans l’efficacité de l’intercession céleste de la Vierge et des saints.

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Trente années à Nazareth

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Dans nos familles actuelles, les jeunes n’ont souvent qu’un seul désir: prendre leur envol le plus tôt possible et vivre leur vie à leur façon. Mais il se trouve parfois des situations qui invitent à retarder ce départ. La fête de la Sainte Famille m’incite à réfléchir, aujourd’hui, sur la durée inhabituelle de cette première étape dans la vie de Jésus.

Étant donnée l’importance capitale de la mission terrestre du Verbe incarné, sa vie familiale à Nazareth m’a toujours intrigué, ne fut-ce que par sa durée: 30 ans sur 33 ans d’existence parmi nous. Chez ses contemporains juifs, le jeune homme prenait femme vers l’âge de 16-18 ans et s’adonnait à  un métier quelconque pour gagner son pain et celui de sa petite famille. Avoir trente ans était donc vu, à l’époque, comme déjà avancé en âge. Pourquoi Jésus a-t-il consacré les 9/10 de sa vie à Nazareth? Je vous soumets mon humble hypothèse: remplir ses obligations de soutien familial !

Rappelons-nous que la situation conjugale de Marie et de Joseph était non seulement spéciale mais unique! Joseph, homme juste, ne pouvait que respecter la virginité miraculeusement féconde de son épouse. Cette petite famille à trois, où régnait un immense amour, ne pouvait vivre repliée sur elle-même mais devait tôt ou tard s’ouvrir au partage. Et c’est probablement ce qui arriva avec la mort inopinée d’un des frères de Joseph (Clopas) qui laissait dans le besoin  son épouse Marie ainsi que ses enfants Jacques, Jude, et autres. Décès prématuré et peut-être prévisible dans cette famille où Joseph, lui-même, ne fera pas long feu. Quoiqu’il en soit, à la mort de son père adoptif, Jésus se sera donc retrouvé comme soutien d’une famille élargie. Dans les circonstances, il  fit évidemment le bon choix : se consacrer totalement aux besoins essentiels des siens. Le contraire aurait été une impiété manifeste! Ce n’est donc que rendu à l’âge de trente ans, alors que ses « frères et sœurs » pouvaient se prendre en main, qu’il quittera son entourage pour entreprendre sa grande Mission.

Soit dit en passant, remarquons qu’au pied de la croix de Jésus se trouvaient plusieurs femmes dont « sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19,25). Il est évident que la mère de Jésus ne pouvait avoir pour sœur biologique une femme portant le  même nom qu’elle (!) mais bien plutôt une belle-sœur  qui, de surcroit,  vivait avec elle depuis plusieurs années. Seraient ainsi résolues, à mon humble avis,  les difficultés soulevées par l’existence des « sœurs et frères de Jésus » ainsi que par la durée inhabituelle de la vie cachée du Messie.

La fête de la Sainte Famille de Nazareth nous rappelle donc que toute notre existence sur terre n’a de sens qu’en tant qu’enracinée dans ce phénomène qu’est l’amour humain : amour de dévouement, amour de respect de l’autre, amour d’oubli de soi. On comprend dès lors que Celui qui, appelé à proclamer haut et fort la primauté de l’amour de Dieu et du prochain, ait senti très tôt le besoin de vivre à fond cet amour familial, pâle image, mais image quand même, de cet Amour qui existe en Dieu et qui fera un jour notre bonheur !

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L’HEUREUSE NUIT

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« Voici la nuit,

L’heureuse nuit de Palestine,

Et rien n’existe hormis l’Enfant,

Hormis l’Enfant de vie divine;

En prenant chair de notre chair,

Dieu transformait tous nos déserts

En Terre d’immortels printemps. »

(Didier Rimaud)

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À tous et à chacun et chacune de vous : un JOYEUX et SAINT NOËL !

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