Que verrons-nous?

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Alpha et Oméga   (première et dernière lettre de l’alphabet grec)

« Je veux voir Dieu! » … voilà le cri qui jaillit du cœur de tout chrétien digne de ce nom. Dieu est le commencement et la fin de toutes choses (l’alpha et l’oméga, en termes techniques). Or justement, ce Dieu est tellement grand et nous sommes tellement petits qu’il nous faudra passer par le Verbe, l’image par excellence de Dieu, pour contempler le Père. Voici comment saint Augustin, dans une homélie, décrit cette contemplation qui nous intéresse au plus haut point:

« Saint Pierre dit à notre adresse: Pour confirmer notre certitude, nous avons la parole des prophètes; vous avez raison de fixer votre attention sur elle. comme sur une lampe brillant dans l’obscurité, jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs. Quand notre Seigneur Jésus Christ viendra … alors, avec la présence d’une telle lumière du jour, les lampes ne seront plus nécessaires. Toutes les Écritures nous seront retirées, alors qu’elles brillaient pour nous comme des lampes dans la nuit de ce monde, pour que nous ne demeurions pas dans l’obscurité. Quand tout cela aura disparu, puisque nous n’aurons plus besoin de cette lumière, pas plus que des hommes de Dieu qui nous la procuraient … que verrons-nous?

Que l’Évangile nous le dise: Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Tu recevais quelques gouttes de rosée; tu viendras à la source. Un rayon parvenait jusqu’à ton cœur  plein de ténèbres à travers des détours et des souterrains; tu verras la lumière elle-même à découvert et tu seras purifié pour être capable de la voir et de la porter. Mes bien-aimés, dit saint Jean, dès maintenant nous sommes fils de Dieu; mais ce que nous serons n’apparaît pas encore clairement. Nous le savons; lorsque le Fils de Dieu apparaîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.

Je sens que vos cœurs s’élèvent avec moi vers les hauteurs; mais le corps, sujet à la corruption, appesanti l’âme; cette habitation terrestre rabaisse l’esprit aux mille pensées. Je vais déposer ce livre, vous allez partir et chacun de vous rentrera chez soi. Il nous a été bon de communier dans la lumière, il nous a été bon de nous réjouir, il nous a été bon d’être dans l’allégresse. Mais en nous éloignant les uns des autres, ne nous éloignons pas de Lui. »    (Homélie sur l’évangile de Jean, CCL 36, 321-323)

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Sommes-nous là?

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La fin de l’année liturgique nous présente toujours cette espérance d’être un jour en présence de Dieu et de jouir de sa vision … c’est le but avidement recherché par tous ceux et celles qui ont pris le message de Jésus au sérieux. Les contemplatifs s’efforcent dès ici-bas de se préparer à cette connaissance céleste en se purifiant de tout obstacle qui pourrait assombrir cette espérance. Écoutons notre mentor en ce domaine, dom Augustin Guillerand, qui, en bon Chartreux, expérimente déjà des éléments de cette vision béatifique et commente merveilleusement les chapitres 4 et 5 de l’Apocalypse de saint Jean :

« Les élus sont là, en face du trône, en face de Celui qui l’occupe et qui est l’Être, la Lumière et la Vie  (…)  mais nous, sommes-nous là? Sommes-nous « devant le trône de Dieu ? »  N’y a-t-il pas d’autres trônes ? Avons-nous abattu toutes les idoles ? Le sang de l’Agneau, le sacrifice total sans réserve, a-t-il tout purifié ? Le regard pleinement détaché est-il concentré sur l’objet unique ? Toutes les cordes de nos harpes, toutes les puissances de notre être sont-elles accordées, vibrent-elles de la seule note, la note d’amour ? Lui offrons-nous toutes nos couronnes, tout ce que nous avons d’être, de qualités, de mérites ?

Nous devons trouver un jour un nom écrit dans le ciel ; ce nom sera le nom commun du Père, auquel, par nos actes, nous aurons donné la forme personnelle et unique qui sera notre nom propre ; ce nom brillera sur nos fronts pour l’éternité ; c’est ce nom que Jésus dit : « Je connais mes brebis nommément par leur nom propre » ; c’est ce nom, prononcé par cette voix divine qui nous fera tressaillir d’allégresse éternelle. Or de ce nom, il n’apparaîtra au ciel seulement que ce que nous aurons écrit en lui et par lui … Puissions-nous ne plus écrire que des mots qui demeurent ; pour cela, écrivons-les devant le trône de notre Père céleste, pour sa gloire avec et dans le sang de l’Agneau. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 52 ss)

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Il faut savoir attendre …

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La vie chrétienne est essentiellement faite d’attentes de toutes sortes car le processus de conversion commencé au baptême demande du temps … beaucoup de temps! On n’y peut rien car c’est ainsi que la Providence en a décidé: l’image de Dieu dans l’homme ne peut être rétablie qu’au prix d’une longue collaboration à l’action du Christ Sauveur. « Si le Christ t’a racheté au Calvaire sans ton aide, disait saint Augustin, par contre il ne te sauvera pas sans ta collaboration ». Cette longue collaboration s’impose pour pouvoir séparer le vrai du faux, le disciple authentique du disciple superficiel, l’ami sincère de l’ami intéressé.

Nous voilà donc obligés de patienter! Ce problème n’est pas nouveau car dès l’Ancien Testament les justes désiraient être immédiatement récompensés de leurs peines. Les premiers chrétiens n’étaient pas tellement différents: la vue des persécutions les horrifiaient car ils y voyaient les impies triompher dans leurs desseins maléfiques. Et nous? Comment voyons-nous les actes terroristes de nos jours??

Voici comment s’exprime à ce sujet, dans une homélie, un ecclésiastique du 2e siècle: « Il ne faut pas non plus laisser troubler notre esprit parce que nous voyons les méchants dans la richesse , et les serviteurs de Dieu dans l’angoisse. Ayons la foi, mes frères et mes sœurs: le combat que nous menons est l’épreuve que nous impose le Dieu vivant, et nous luttons dans la vie présente pour être couronnés dans celle qui vient. Parmi les justes, aucun n’a recueilli un fruit précoce; il faut savoir attendre. Si Dieu donnait immédiatement aux hommes justes leur récompense, ce serait bientôt un marché que nous pratiquerions, et non le culte de Dieu. Nous aurions l’apparence de la justice en recherchant non pas la religion mais notre profit. Et c’est pourquoi le jugement divin frappe la personne qui n’est pas vraiment juste et l’accable d’entraves. Au Dieu unique et invisible, au Père de vérité qui nous a envoyé le Sauveur pour nous conduire vers l’immortalité, qui nous a manifesté par lui la vérité et la vie céleste, à Lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »  (Homélie d’un  anonyme du 2e siècle, PA 1, 206-210)

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Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !

« Tu ne peux m’abandonner à la mort «  (Ps.16/17)

Notre vie sur terre n’est pas éternelle ! Un jour ou l’autre il nous faudra bien nous rendre à l’évidence. Il existe deux réactions possibles face à la mort : ou bien on l’accepte ou bien on ne l’accepte pas ; c’est aussi simple que ça.

Les chrétiens, de par leurs convictions profondes, y voient un passage vers Celui qui s’est révélé à eux ; les non-croyants, eux, craignent la mort ou s’efforcent de l’enrober de mille manières. Il faut bien avouer que les croyants n’ont pas bonne presse aujourd’hui car les guerres engendrent une atmosphère de suspicion voire de condamnation des religions. « Il faut alors, dit le Pape François, regarder les valeurs positives que celles-ci engendrent et qui sont des sources d’espérance. » Notre religion chrétienne transpire l’espérance car elle est toute tournée vers la vie d’union au Christ ressuscité, vainqueur de la mort !

«Nu je suis sorti du sein de ma mère et nu j’y retournerai», avouait le saint homme Job. C’est ainsi que les ordres monastiques, acceptant cette parole de sagesse, l’ont traduite en un rituel funéraire empreint de simplicité, sans fard ni aucune prétention. Le moine chartreux est donc enterré dans la plus grande simplicité, sans embaumement et sans tombe ! La mort y est vue comme un passage vers un Dieu juste et bon : « Ma chair elle-même repose en confiance, dit le psalmiste, tu ne peux m’abandonner à la mort.»

La BONTÉ de Dieu, voilà la pierre de touche qui justifie une telle approche de la mort chrétienne. « Dieu est bon, disait le saint pape Paul VI, non seulement en lui-même; Dieu est bon pour nous. Il nous aime, nous cherche, pense à nous, nous connaît, nous inspire et nous attend. » Oui, joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !

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Jésus se dresse contre les faux théologiens !

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Chartreuse de Portes (France)

Contempler Jésus crucifié, c’est contempler le résultat de son opposition à la fausse théologie des Pharisiens. Ces derniers avaient réussi à subjuguer le peuple juif en multipliant les préceptes secondaires de la Loi quitte à laisser de côté l’essentiel :  la connaissance de Dieu ! Mais dans le Plan divin, la croix de Jésus est devenue le moyen providentiel pour nous octroyer l’Esprit de vérité, Esprit seul capable de révéler le vrai visage du Père. Laissons à dom Augustin Guillerand le soin de nous le rappeler à l’occasion de son commentaire sur l’évangile de saint Jean :

« Les Pharisiens se dressent contre Jésus parce que Jésus se dresse contre eux. Pour eux, le fond du débat c’est l’opposition du Maître à leurs vues propres ; ils ont ajouté à la Loi des prescriptions de détail qui ont pris, à leurs yeux, une importance capitale parce qu’elles sont «leurs» prescriptions. Le peuple en les observant leur est soumis; et c’est tout ce qu’ils veulent. Notre-Seigneur vient précisément pour écarter ce rideau créé et mettre les hommes en rapport avec Dieu directement ; il ne vient pas détruire la Loi ni les prescriptions qui sont de Dieu, mais seulement ce qui est de l’homme, et prétend prendre la place réservée à Dieu.

Lui-même est avec Dieu dans un rapport direct qu’il a nettement affirmé. Il a dit : « Je puis guérir au jour du Sabbat parce que le Sabbat qui est un commandement de Dieu ne lie pas mon activité et que mon activité ne fait qu’un avec la sienne. Mon Père opère sans trêve, et je puis opérer sans cesse, comme lui. » S’il dit vrai, s’il est l’égal de Dieu, son action le rend indépendant des Pharisiens ; elle est supérieure à tout ce qui a été ajouté à la Loi et à la Loi même.

Les Pharisiens ne peuvent le tolérer. On comprend que la lutte s’engage, qu’elle devienne lutte à mort. Mais nul alors ne peut prévoir que celui qui y perdra la vie la trouvera, et de la mort surgira vivant, et juge des vivants et des morts. Ce que nul ne peut prévoir, Jésus l’affirme sans nul souci, comme à son ordinaire, d’être compris, suivi, ou méconnu, attaqué, contredit … et enfin vaincu. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 258 s)

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Deux hommes à l’origine du genre humain?

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Création d’Adam  (par Michel-Ange)

Deux hommes? Attention, ne m’attribuez pas trop vite une relecture « hoministe » de la création du genre humain! Je ne fais que reprendre une expression utilisée par un saint évêque de Ravenne, au 5e siècle, pour expliquer la nouvelle naissance qu’est le baptême. Voici comment ce Père de l’Église traduit sa pensée:

« Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain: Adam et le Christ. Deux hommes égaux quant au corps, mais inégaux en mérite; vraiment tout à fait semblables par l’agencement de leurs membres, mais vraiment tout à fait dissemblables par leur origine. Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie; le dernier est un être spirituel qui donne la vie.

Le premier a été créé par le dernier de qui il a reçu l’âme qui le ferait vivre; il a été formé par son Créateur; et celui-ci n’attendait pas que la vie lui soit donnée par un autre, puisque c’est lui seul qui donne la vie à tous. Le premier est modelé d’un limon très vil; le dernier est né du sein très noble de la Vierge Marie; chez l’un, la terre se transforme en chair; chez l’autre, la chair est élevée jusqu’à Dieu. (…)

Comment des hommes dont la naissance n’est pas céleste pourront-ils devenir célestes? C’est pour cela, mes frères, que l’Esprit Saint féconde le sein de la source virginale du baptême en y introduisant sa lumière; ainsi, des hommes terrestres, que leur extraction du limon de la terre avait introduits dans une condition misérable, sont enfantés à la vie du ciel et ramenés à la ressemblance de leur auteur. (…) Puisque Dieu nous a adoptés pour ses fils, réalisons une image parfaite par une ressemblance parfaite avec notre Créateur: non par la gloire (qu’il est seul à posséder) mais par l’innocence, la simplicité, la douceur, la patience, l’humilité, la miséricorde, la concorde, puisque c’est pas ces vertus qu’il a daigné venir et demeurer en communion avec nous. »

( Saint Pierre Chrysologue, Homélie sur l’ancien et le nouvel Adam, PL 52, 520-521)

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Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

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En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens décédés, et spécialement pour ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort? de la prière pour les défunts? de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout par le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Gardons-nous cependant d’en faire une fournaise en bonne et due forme … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous purifiant jusqu’à ce qu’il parvienne à nous enflammer d’amour.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de ces fidèles. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait plus un mort mais un vivant. Et, comme le remarque le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

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L’essentielle beauté des splendeurs éphémères

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Fin de saison

À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

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Écrire ou ne pas écrire?

32aMoine dans sa cellule  (Grande Chartreuse)

Les vocations sont diverses: certains ont le don de lire, d’autres d’écrire. Jeune, je n’aimais pas écrire; plus vieux, je me limitais à écrire selon les besoins de l’heure. Ce n’est que très tard dans la vie que j’ai découvert l’importance de mettre sur papier ce qui me mijotait dans la tête. J’y ai découvert une forme de thérapie pour guérir mes blessures intérieures et remettre en perspective certains éléments de ma vie. L’écriture m’est devenu une façon de creuser mes convictions et d’acquérir une certaine maturité. Je me suis aperçu que l’important n’est pas tellement de multiplier mes connaissances mais plutôt d’approfondir celles que je possède déjà. Les poètes le savent tout naturellement!

C’est en ce sens, que l’Ordre des Chartreux invite ses moines à écrire non en vue d’être lus ou applaudis (ils ne peuvent publier quoique ce soit durant leur vie) mais plutôt pour mieux se comprendre et comprendre le Mystère qu’ils vivent. La plupart détruisent leurs écrits avant de mourir; certains par bonheur n’y arrivent pas complètement et c’est ainsi que nous sont parvenus les textes sublimes de dom Augustin Guillerand  (entré au monastère de la Valsainte, en Suisse, en 1916 et décédé à la Grande Chartreuse en 1945).

Non loin de chez moi habite, dans une résidence pour personnes âgées, un vieux confrère dans le sacerdoce qui a prêché durant toute sa vie. Nonagénaire avancé et pouvant à peine se déplacer, il met sa joie à afficher sur le babillard chaque semaine une réflexion sur l’évangile du dimanche … un ministère qui le rempli de joie et d’une légitime satisfaction. La parole écrite n’est pas moins importante que la parole verbale. La magie du verbe fait la joie des poètes … puissions-nous, en écrivant, mettre un peu de poésie dans nos vies.

Au sujet de dom Augustin Guillerand, voir  https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Guillerand

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Vous avez dit … mystères lumineux?

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En cette fête de saint Jean-Paul II (22 octobre), et en ce mois du Rosaire, permettez-moi de revenir sur sa lettre apostolique (publiée le 16 octobre 2002) traitant  de l’utilité de la récitation du Rosaire et de l’instauration de cinq nouveaux mystères  soit les mystères lumineux.

En écrivant ce document intitulé « Rosarium Virginis Mariae », le Pape ne faisait qu’imiter ses prédécesseurs, notamment Léon XIII et Paul VI, en encourageant cette dévotion mariale qui se présente comme un résumé de l’évangile, une façon de contempler le Christ à travers les différentes étapes de sa vie; d’où les quinze mystères (5 joyeux, 5 douloureux et 5 glorieux) pour un total de 150  «Je vous salue Marie». Mais voici le hic … cette récitation traditionnelle, présentée souvent comme le bréviaire des laïcs par comparaison aux 150 psaumes récités par les clercs, avait omis une partie importante de l’existence terrestre de Jésus soit son ministère public: des mystères joyeux on passait  immédiatement aux mystères douloureux!

En instaurant cinq nouveaux mystères, Jean-Paul II n’a voulu que rétablir le message de Jésus au cœur de cette dévotion mariale et compléter ainsi le cycle des mystères de sa vie. Voici donc la liste des choix arrêtés:

  1. Le baptême de Jésus au Jourdain   (Matthieu 3, 13-17)
  2. Les noces de Cana   (Jean 2, 1-12)
  3. La proclamation du Royaume et l’invitation à la conversion  (Marc 1, 15)
  4. La transfiguration du Christ sur la montagne  (Luc 9, 28-36)
  5. L’institution de l’Eucharistie   (Matthieu 26, 26)

Malgré les réticences de certains dévots (et dévotes) qui se voyaient bousculés dans leur récitation quotidienne, la très grande majorité des Catholiques fut unanime à accepter avec enthousiasme cet ajout papal. La canonisation subséquente de Jean-Paul II ne put que renforcer le bien-fondé de cette initiative appelée à vivifier encore davantage notre contemplation du Christ dans ses différents mystères.

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