Croire au bien en nous, et dans les autres!

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Monastère de la Grande-Chartreuse (en Isère, France)

Dom Augustin Guillerand a vécu ses dernières années à la Grande-Chartreuse, maison-mère de son Ordre, non loin de Grenoble. Voici ce qu’il écrivait à un ami concernant la connaissance de soi et la juste mesure à observer dans ce domaine:

« Nous sommes meilleurs que nous ne pensons, et les autres aussi. Il existe une juste mesure assez difficile à trouver entre l’optimisme qui ne voit que le bien et le pessimisme qui ne voit que le mal; c’est qu’il y a du bien et du mal mêlés dans l’œuvre divine. Le mal est plus visible que le bien parce qu’il est en surface, mais le bien l’emporte en définitive. Quand on a l’occasion de parler intimement  avec une personne, on est toujours favorablement surpris; elle est meilleure qu’on ne croyait. Croyons donc au bien en nous et croyons au bien dans les autres. Ce sont là des vues divines. Le monde était affreusement mauvais quand Jésus est venu et ce mal ne l’a pas arrêté.

Il faut donc que nous n’ayons plus peur ni de nous-mêmes ni des autres. Il faut regarder la vie réelle en face. C’est ce regard profond et prolongé qui nous donnera Dieu, car Dieu est au fond de tout. Tout est parce qu’il l’a voulu ou permis. Et si le mal permis par Dieu nous effraie, disons-nous qu’au fond de ce mal il y a un bien, et c’est ce bien qui est voulu. Je puis donc dire, même en pensant au mal, qu’un vouloir de Dieu se cache au fond de tout. C’est ce vouloir que nous cherchons. Nous souffrons de ne pas le trouver autant que nous le voudrions. Cette souffrance est noble. Remercions Dieu de l’avoir déposée au fond de notre cœur comme un appel de lui à nous et de nous à lui.

Mais consolons-nous; il y a un remède, c’est la foi vraie. Il existe une foi qui adhère aux vérités avec la seule intelligence et il en est une autre qui adhère avec le cœur. La première ne suffit pas, elle est froide et distante ; elle n’unit pas, elle nous laisse loin de Dieu et vides. La deuxième nous comble parce qu’elle fait l’union. Cette foi vraie et vivante est comme une prise de possession de Dieu. Il devient nôtre, il devient l’Hôte aimé de l’âme. Et l’âme,  dégagée des choses, n’a plus qu’à se tourner vers lui par une pensée aimante pour réaliser l’intimité rêvée.

Voilà il me semble où Dieu nous appelle. On n’y arrive qu’après un long voyage qui nous sépare des créatures et de nous-mêmes. Nous aurons le courage d’accomplir ce long et dur parcours, et nous connaîtrons la joie du terme atteint. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 221s)

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Réflexions d’un moine chartreux

Avec la pandémie récente, il est difficile de ne pas se retrouver dans une situation de moine chartreux : confinement, silence et ample temps pour réfléchir sur l’avenir. Belle occasion d’écouter dom Augustin Guillerand qui invite ses correspondants à méditer sur le vrai silence et sur l’éventualité de la mort :

LETTRE À UN AMI SUR LE SILENCE

« Notre silence n’est pas le vide et la mort ; il doit au contraire se rapprocher et nous rapprocher de la vie pleine. Nous nous taisons parce que les paroles, dont nos âmes désirent vivre, ne s’expriment pas en mots de la terre. Vous savez que ce que les lèvres cartusiennes ne prononcent pas, ou ce que nos plumes n’ont pas le temps d’écrire, nous le disons à Dieu pour ceux que nous aimons. Notre silence n’est pas un recueillement de mort, c’est le recueillement d’un sanctuaire. Nos maisons et nos âmes sont occupées par quelqu’un : « Le Maître est là, et il te demande. » Il est le patron, il a droit à tout; il nous prend nos heures, les unes après les autres, et il les remplit.

Le silence n’est pas l’oubli. Nous croyons et nous nous efforçons de vivre cela en Chartreuse. Votre souvenir a donc rempli ces mois de long silence et il s’est traduit dans cette parole intime, qui ne rompt pas le silence, mais lui donne valeur et vie. Le silence et le souvenir s’accordent très bien ensemble. Nous savons que le silence n’est pas vide ; il est au contraire essentiellement plein, et c’est une Plénitude où l’on parle. Les paroles qui sortent de l’agitation et du bruit sont nécessairement superficielles. Le fond d’un être doit être occupé par le silence, et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression.
Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et de nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure et qu’on le trouve infailliblement si on y réside soi-même.

Il est clair que les conditions de leur vie ne permettent pas à tous de réaliser ce recueillement comme en Chartreuse. Ne craignons pas néanmoins, dans la mesure du possible, de nous réserver quelques instants, très courts s’il le faut, pour nous recueillir et donner quelques minutes à Celui qui demeure en nous, qui y parle silencieusement, et qui nous invite à venir l’écouter. » (Écrits Spirituels, tome 2, page 254 ss)

CONFIANCE DEVANT LA MORT QUI VIENT

« Je te renouvelle l’assurance de ma pleine confiance que cette heure sonnera. Quand ? Comment ? Je n’en sais rien. C’est le secret de Dieu ; il en a beaucoup, non moins que de miséricorde. Il a des façons très mystérieuses de retourner les âmes et de les ramener à lui. Il faut savoir s’en remettre à lui, attendre ses moments qui sont les bons, attendre en se taisant et en priant, sans gâter le travail qui s’accomplit sous terre en voulant le réaliser en surface quand il doit s’accomplir souterrainement.

Il faut avouer que Dieu n’est pas pressé … et que nous le sommes beaucoup. Il faut avouer aussi que cela se comprend. Notre temps est court et le sien très long. Mais il nous offre d’allonger le nôtre en entrant dans le sien, et de faire « de la vie éternelle » avec nos pauvres jours qui s’envolent si vite. »  (ibidem, page 263)

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Petits enfants, gardez-vous des idoles!

Le mot « idole » peut être compris de diverses manières:

  1. Dans le domaine des religions, l’idole est synonyme de «faux dieux» (dieux des païens) à l’opposé du Dieu unique des Juifs, des Chrétiens ou des Musulmans. Dans l’Ancien Testament, le terme idole pouvait également désigner toute représentation sculptée du vrai Dieu.
  2. Dans le domaine séculier contemporain, l’idole désigne souvent une personne qui sert de faux modèle à une partie de la population (ou même à une génération). Cette idole peut être incarnée par une vedette de cinéma, de la chanson ou encore du monde sportif.
  3. Dans le domaine de la vie spirituelle, (et c’est celui qui nous intéresse!) l’idole représente tout ce qui nous empêche de servir le Seigneur. « Petits enfants, gardez-vous des idoles » recommande saint Jean aux lecteurs/trices de sa première lettre (1 Jean 5, 21). L’apôtre avait sans doute en vue l’enseignement des antichrists de son temps, source d’erreurs et d’esclavages de toutes sortes. En effet, dès qu’on cesse de servir le Seigneur, on devient vite esclave de nombreux maîtres: l’argent, la cupidité, la sensualité, le culte du corps, l’exhibitionnisme, le narcissisme, et j’en passe! Derrière ces vices qui sont idolâtriques se cache une méconnaissance du Dieu unique qui seul mérite notre confiance.

Dans un réquisitoire terrible, saint Paul dénonce le péché universel des hommes qui, au lieu de reconnaître le Créateur à travers sa création, ont changé la gloire de Dieu contre une représentation de ses créatures (statues divinisées ou fresques lubriques) alors que l’apôtre y voit la source de leur déchéance: « C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes: leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature; les hommes de même, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l’infamie d’homme à homme et recevant en leur personne le juste salaire de leur égarement » (Romains 1, 26-27). Quant aux conséquences spirituelles et à long terme de ces passions avilissantes, elles ne sont pas moins terribles: « Ne vous y trompez pas! Ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les dépravés, ni les sodomites … n’hériteront du Royaume de Dieu » (1 Corinthiens 6, 9). L’absence de religion ne peut que conduire l’homme moderne à sa perte!

Petits enfants, gardez-vous des idoles!  Un travail quotidien et de tout instant s’impose donc à nous, chrétiens! Puisse notre société se réveiller de sa torpeur et de son matérialisme ambiant et se reprendre en mains. Puisse l’Église redevenir un phare dans un monde enténébré qui cherche la vérité comme à tâtons. Tâche impossible? Rêve irréalisable? Qu’en dit le Christ? « Vous êtes le sel de la terre … la lumière du monde » (Matthieu 5, 13) et « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde! » (Jean 16, 33).

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Vivre en ermitage

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« Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience. »                        (Statuts de l’Ordre des Chartreux, chapitre 6)

La vie en ermitage n’est pas réservée aux seuls membres d’un ordre contemplatif, elle est également pratiquée de plus en plus par des chrétiens et des chrétiennes vivant dans le monde,  même en milieu urbain. Les santés ne sont plus ce qu’elles étaient au 19e siècle; l’austérité des ordres religieux empêche une foule de gens d’y entrer mais l’appel à la prière et au silence demeure bien vivant. Dieu n’est pas réservé à quelques uns mais il est  offert à  tous!

En tant qu’ermite urbain, j’ai senti dès le départ la nécessité  de me ménager non seulement un environnement silencieux qui puisse répondre à mes besoins de lecture et de prière mais aussi de me donner un horaire quotidien afin de bien répartir les diverses activités en vue d’équilibrer les besoins du corps et de l’esprit: une âme saine dans un corps sain! Mais peut-être que le plus important, surtout pour un néophyte , est de pouvoir compter sur une spiritualité qui a fait ses preuves: pensons à la spiritualité bénédictine, carmélitaine, franciscaine ou encore à celle des Chartreux. Personne ne peut s’improviser «ermite». Les présomptueux se sont souvent retrouvés dans la peau de personnes dévotes plus ou moins cinglées!

Ceci étant dit, la vie contemplative demeurera toujours «la meilleur part», la perle précieuse pour l’obtention de laquelle il faut tout sacrifier . Car, comme le dit si bien la suite du texte cité plus haut « Ici, on s’adonne à un loisir sans oisiveté et on s’immobilise en une tranquille activité. Ici, pour le labeur du combat, Dieu donne à ses lutteurs la récompense désirée: une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit Saint

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Dieu en moi et moi en Lui

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Le confinement, imposé actuellement, attise en plusieurs de nous la faim eucharistique … et à bon droit! Nous ne pouvons vivre très longtemps comme chrétiens sans réunions fraternelles, sans pouvoir écouter ensemble la Parole de Dieu et participer à la Fraction du pain. « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 56). Si l’Eucharistie nous unit au Christ, elle nous unit également à tous nos frères et sœurs du monde entier et sert ainsi à bâtir l’Église; « l’Église vit de l’Eucharistie » selon la belle expression de saint Jean-Paul II dans sa dernière encyclique (Ecclesia de Eucharistia, 2003).

CECI ÉTANT DIT, il serait faux de penser que l’absence de l’Eucharistie nous enlève tout moyen de vivre en Église et d’expérimenter l’union au Christ. Rappelons-nous les premiers siècles de l’ère chrétienne, siècles de persécutions sanglantes alors que les réunions liturgiques étaient rarissimes mais où la vie chrétienne battait son plein. Et que dire des ermites qui, par la suite, peuplèrent les déserts d’Égypte et de Syrie dans un isolement quasi complet, sans autre secours spirituel que la prière quotidienne! Le même évangéliste saint Jean, si loquace quant à l’importance de l’Eucharistie, n’est-il pas celui qui rapporte également cette autre affirmation de Jésus: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23)? Ainsi la foi seule, même sans l’Eucharistie (dont elle est par ailleurs le cœur), peut devenir un moyen de contemplation et d’union à Dieu. C’est dans le cadre de cette foi que Jésus ressuscité affirmait aux disciples: « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28, 20).

D’autres aspects de la vie chrétienne (tels les œuvres de charité) pourraient également être ajoutés comme preuves, mais pour l’instant retenons que notre confinement actuel, loin d’être synonyme d’absence de Dieu, peut devenir au contraire une merveilleuse occasion d’expérimenter cette présence tant par la prière que par divers renoncements: silence, lectures, réflexions, autant de grâces offertes pour notre avancement spirituel. Aux mordus de spiritualité monastique, j’ajouterai en guise de conclusion cette citation des Statuts de l’Ordre des Chartreux: « Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de joie divine à qui les aime, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience » (chapitre 6). Merveilleux!  Voici donc l’occasion rêvée pour faire une telle expérience!

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La messe qu’est la vie chrétienne

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En 1928, dom Augustin Guillerand affirmait déjà dans ses écrits l’existence du sacerdoce commun des fidèles qui sera explicité et mis à l’honneur par le Concile Vatican II. Dans son dernier chapitre de Liturgie d’âme (écrit, faut-il le rappeler, pour sa sœur âgée et impotente), ce moine chartreux conclut sa longue méditation sur la messe en des termes des plus consolants pour tout baptisé qui aspire à l’union transformante en Jésus :

« Seigneur Jésus, cette fois je suis au terme. Le terme, c’est vous et je vous possède. Je n’ai plus qu’à demeurer : « Demeurez en moi, demeurez dans mon amour, demeurez unis à moi comme la branche de vigne au cep qui la porte et la nourrit … » (Jean 15, 4), avez-vous dit à vos apôtres après la première communion du Cénacle. Vous me le redites ; et rien ne m’est plus doux que cette invitation à ne plus vous quitter. Dans cette union continue, en effet, c’est ma vie entière qui devient une messe. À tout instant, en tout lieu et en toute circonstance je puis m’offrir à vous, m’immoler avec vous et pour vous, communier à vos pensées et à vos sentiments, et me transformer peu à peu en vous. C’est la Messe éternelle : elle est le but de l’autre.

Dans le secret du tabernacle vous vous offrez à votre Père dans l’anéantissement des saintes espèces, dans le silence et trop souvent l’oubli indifférent des âmes. Vous vous immolez aussi dans le sanctuaire de nos âmes. Toute âme chrétienne est prêtre ; c’est l’Esprit Saint lui-même qui l’affirme dans nos Saints Livres (1 Pierre 2, 9). Elle possède en dedans d’elle-même un autel et son Dieu. Elle peut l’offrir et l’immoler. Et quand elle le fait, c’est elle-même qu’elle offre et qu’elle immole, car elle ne fait plus qu’un avec son Dieu : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, celui-là demeure en moi et moi en lui » (Jean 6, 57). Hélas ! je ne sais pas croire et vivre cette réalité. Je ne sais pas assister à ma Messe d’âme ! Je ne sais pas le faire, mais je puis l’apprendre. La vie de la terre n’est qu’un apprentissage. Vous vous êtes fait mon Maître pour m’enseigner la vraie vie et l’union éternelle.

Ce que vous faites au tabernacle, ce que vous avez fait durant les trente-trois années de votre existence terrestre, je le ferai un jour avec vous et comme vous. Éternellement nous nous offrirons et nous nous unirons au Père dans la plénitude reposée d’un amour définitif et ce sera la Messe du ciel. En attendant, je consens à n’être qu’une élève et une apprentie, souvent distraite et gâchant beaucoup de ces minutes avec lesquelles je pourrais faire des trésors et de l’éternité. Je ne me découragerai pas, je reprendrai chaque jour et mille fois par jour la marche vers vous, qui est aussi la marche avec vous. Le secret de la victoire, c’est la continuité. C’est notre façon à nous d’imiter votre éternité et d’y entrer un jour. « Demeurez en nous » signifie cela : il ne s’agit pas encore de la permanence du ciel, mais de l’exercice et de la lutte qui la préparent. La victoire est belle, mais la bataille doit l’acheter.

Je me battrai donc, je me battrai avec vous contre moi. Je briserai peu à peu toutes ces résistances de ma nature déchue qui s’opposent à notre union. Je ferai la conquête de mon être pour vous le donner. Je soumettrai ma sensibilité à ma raison et ma raison à votre raison. Je construirai ainsi une belle demeure ordonnée, pacifiée, dont vous serez le Maître. Les sacrifices quotidiens dont j’achèterai cette paix divine seront la Messe de ma vie et l’union qui les couronnera sera la communion éternelle du ciel ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 133 s)

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AVIS aux intéressé(e)s:  le début de la parution de cet opuscule de dom Guillerand sur mon blogue se trouve en date du 13 novembre 2019; elle se poursuit chaque mercredi pour se conclure aujourd’hui.

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Nous ne faisons plus qu’un!

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À l’exemple de saint Pierre qui, témoin de la transfiguration de Jésus sur la montagne, voulait prolonger ce moment de grâce, dom Guillerand se livre à de semblables sentiments lorsqu’il en arrive à commenter la communion eucharistique. « Gardez-moi » se rencontre plusieurs fois dans la prière qu’il met sur les lèvres de sa sœur âgée. Lisons attentivement cette avant-dernière méditation de son opuscule  Liturgie d’âme alors qu’il nous ouvre son cœur de façon tout à fait spéciale :

« Seigneur Jésus, votre immolation m’a réaccordée avec Dieu ; elle m’a fait rentrer dans la grande paix infinie de son sein; je vous y rejoins, vous le Fils unique qui l’emplissez à jamais. Maintenant plus rien ne s’oppose à notre union. Mes fautes passées, mes faiblesses présentes et mes craintes à venir ne m’arrêtent pas et ne m’effrayent pas. Sans doute, je ne suis pas digne de vous recevoir, mais vous n’avez qu’un mot à dire pour opérer guérison complète. Vous êtes meilleur que je ne suis mauvaise et plus fort que je ne suis faible. Vous êtes le Créateur, c’est-à-dire Celui qui fait quelque chose de rien ; c’est votre privilège de travailler sur le néant ; c’est là qu’éclate votre Toute-Puissance. Est-ce pour cela que vous avez permis la chute première et que vous permettez encore tant de fautes quotidiennes ? Le néant révolté est plus complet que le néant créé ; le relever est plus glorieux … et vous êtes le Rédempteur.

« Venez à moi … et je vous referai » (Matthieu 11, 28). Votre appel d’amour couvre la voix de ma misère. Je vous écoute ; je viens ! Je vous suis par delà les apparences, dans la Vérité. Je vais à vous jusqu’à l’extrême anéantissement de ma vie propre et de mon égoïsme étroit, et je trouve la vraie vie et le véritable amour. Je trouve mon moi divin, ma physionomie éternelle, mes traits d’enfant de Dieu. Je trouve cela en vous. Le péché avait recouvert ces traits d’un masque hideux à l’image du diable. C’est ce masque que j’ai rejeté en vous rejoignant dans le sacrifice. Je croyais me perdre et mourir : je tuais en moi la mort et je gagnais la vie. Me voilà refaite, ressuscitée, recréée. L’œuvre de votre amour rédempteur est accomplie en moi.

Maintenant, gardez-moi. Que votre Corps me conserve dans la vie éternelle. Gardez-moi avec vous dans l’immolation et le sacrifice. La mort m’a quittée ; je l’ai, en vous accueillant, mise dehors. Mais elle m’entoure encore ; Satan vaincu n’a pas abandonné la lutte. Il est la haine ; la haine ne désarme pas … Gardez-moi ! Vous êtes dans mon âme un germe de vie éternelle ; vous voulez devenir fleur épanouie et à jamais féconde. Vous voulez vivre et c’est là ma vie, car nous ne faisons plus qu’un. Gardez-moi, cela veut dire : gardez-vous en moi, vivez en moi, croissez en moi, prenez en moi toute votre taille, tout ce développement que le Père a contemplé et aimé de toute éternité et qu’il attend pour me faire place au foyer.

En attendant, gardez-moi dans ce foyer intime qu’il possède au plus profond de moi-même ; gardez-moi dans un regard de plus en plus habituel et aimant sur lui qui me regarde si constamment et si tendrement. N’est-ce pas cela la vie éternelle, votre vie à vous et sa vie à lui, dans la grande union de votre amour qui vous lie si intimement que vous ne faites plus qu’un seul et même Dieu ?

Seigneur, je crois, je vois, je sens que c’est là le terme rêvé par votre tendresse et que je n’ai qu’à m’y tenir, à apprendre à m’y tenir. C’est le foyer, c’est la patrie, c’est le sein infini d’où je suis sortie, où je rentre avec vous. Que votre Corps sacré me garde là, dans la vie éternelle et dans le sacrifice qui la procure et la protège ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 131 s)

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La sainte nuit qui s’illumine

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Voici la nuit,

La sainte nuit qui s’illumine,

Et rien n’existe hormis Jésus,

Hormis Jésus où tout culmine:

En s’arrachant à nos tombeaux,

Dieu conduisait au jour nouveau

La Terre où il était vaincu.

(Didier Rimaud)

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Clou devenu clef … pour m’ouvrir au mystère!

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Trop souvent, des croyants écrasés par leurs fautes cessent d’espérer en la miséricorde de Dieu! Saint Bernard, abbé de Clairvaux, nous invite à ne jamais perdre espérance: la contemplation de Jésus crucifié devrait suffire pour nous redonner courage. Écoutons-le:

« Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur? Je m’y sens d’autant plus protégé que son salut est plus puissant. L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges: je ne tombe pas, car je suis campé sur un roc solide. J’ai commis quelque grave péché: ma conscience se trouble, mais elle ne perd pas courage, puisque je me souviens des plaies du Seigneur, qui a été transpercé à cause de mes fautes. Rien n’est à ce point voué à la mort que la mort du Christ ne puisse le libérer. Dès que je pense à cette médecine si forte et efficace, la pire des maladies ne m’effraie plus.

Il se trompait donc, celui qui a dit (il s’agit du psalmiste): Mon péché est trop grand pour que j’en obtienne pardon. Il est vrai qu’il n’était pas un membre du Christ, et que les mérites du Christ ne le concernaient pas; il n’avait pas le droit de les revendiquer pour lui, comme un membre peut dire siens les biens de la tête.

Pour moi, ce qui me manque par ma faute, je le tire hardiment des entrailles du Seigneur, car la miséricorde y abonde, et elles sont percées d’assez de plaies pour que l’effusion se produise. Ils ont percé ses mains, ses pieds, et d’un coup de lance son côté. Par ces trous béants, je puis goûter le miel de ce roc et l’huile qui coule de la pierre très dure, c’est-à-dire goûter et voir combien le Seigneur est bon. Il formait des pensées de paix et je ne le savais pas. Qui, en effet, a connu la pensée du Seigneur? Qui a été son conseiller? Mais le clou qui pénètre en lui est devenu pour moi une clef qui m’ouvre le mystère de ses desseins. Comment ne pas voir à travers ces ouvertures? Les clous et les plaies crient que vraiment, en la personne du Christ, Dieu se réconcilie le monde. »

(Homélie sur le Cantique des Cantiques, Éd. cistercienne 2, 1957, 150-151)

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En souvenir d’un beau geste

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 Le tableau de la Dernière cène par Salvador Dali a ceci de remarquable qu’il fait le lien entre le repas du soir et l’évènement du lendemain. Ce qui aurait pu n’être qu’un dernier repas entre amis est ainsi représenté comme une annonce du mystère qui va se dérouler dans les prochaines vingt-quatre heures. C’est là tout l’essentiel de l’Eucharistie, ce sacrement que Jésus a institué pour être le mémorial de sa mort.

« Ceci est mon corps qui va être donné pour vous; faites-ceci en mémoire de moi » (Luc 22,19). Jésus donne à ses apôtres et à leurs successeurs le commandement de refaire ce repas périodiquement afin de garder en mémoire qu’il est mort sur la croix pour chacun et chacune d’entre nous. Mais il y a plus. En distribuant la coupe de vin à la fin du repas, il ajoute une précision importante: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous » (Luc 22,20). La «nouvelle» Alliance … par comparaison à l’ancienne contractée au Sinaï entre Dieu et le peuple juif. On se rappelle que Moïse avait alors prit la moitié du sang de la victime pour en asperger et l’autel (qui représentait Dieu) et le peuple en disant: « Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous …» (Exode 24,8). Bref, la mort de Jésus nous introduit donc dans une nouvelle relation avec le Créateur, une relation qui vise à nous introduire non plus dans un quelconque petit pays méditerranéen mais bien dans une union ineffable avec Celui qui se déclare notre Père … une union définitive et éternelle!

Cependant, le sacrement de l’Eucharistie, tout sublime qu’il puisse être, n’enlève rien à la beauté du geste que Jésus a posé sur la Croix. Au contraire, il en fait ressortir le caractère unique: le Fils de Dieu s’offre totalement à son Père dans un acte d’amour qui est l’écho de sa relation éternelle avec lui (le Verbe se donne au Père, le Père se donne au Verbe et de ce mouvement d’amour est produit l’Esprit Saint). Cette offrande éternelle ré-actualisée sur la Croix devient donc pour nous la source et le modèle de notre propre vie chrétienne. Il y a là un grand mystère d’amour qui ne peut s’expliquer par des mots mais qui se dévoile peu à peu à ceux et celles qui en vivent chaque jour.

Ne rougissons pas d’être chrétiens, c’est une faveur inouïe qui nous est faite de la part de Dieu et dont nous ne saisirons toute l’importance que dans l’Éternité!

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