
Il s’est levé d’entre les morts,
Le Fils de Dieu, notre frère.
Il s’est levé libre et vainqueur ;
Il a saisi notre destin
Au cœur du sien
Pour le remplir de sa lumière.
(Hymne liturgique)

Il s’est levé d’entre les morts,
Le Fils de Dieu, notre frère.
Il s’est levé libre et vainqueur ;
Il a saisi notre destin
Au cœur du sien
Pour le remplir de sa lumière.
(Hymne liturgique)

Les Jours Saints nous font contempler Jésus dans sa Passion et nous nous mettons souvent à envier ceux et celles qui ont eut la grâce d’assister en personne à ce drame central de notre foi chrétienne. Qu’aurions-nous fait à leur place? Aurions-nous été de ceux qui se réjouissaient de la disparition d’un importun? de ceux qui en étaient scandalisés? ou de ceux et celles qui, sans trop comprendre, lui conservaient leur amour? Et nous nous mettons peut-être à envier les Apôtres ou autres intervenants comme Simon de Cyrène, Joseph d’Arimathie, les saintes femmes et aussi, pourquoi pas, le malfaiteur repenti qui était crucifié près de Lui. Écoutons brièvement un théologien du 4e siècle, docteur de l’Église, nous expliquer l’attitude à adopter face au Crucifié:
« Acceptons tout pour le Christ; par nos souffrances, imitons sa passion; par notre sang honorons son sang; montons vers la croix avec ferveur. Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix et suis-le. Si tu es crucifié avec lui, comme le malfaiteur, reconnais, comme cet homme juste, qu’il est Dieu. Si lui-même a été compté parmi les pécheurs à cause de toi et de ton péché, toi, deviens un homme juste à cause de lui. En te crucifiant, adore celui qui a été crucifié à cause de toi, et tire quelque profit de ta méchanceté même; achète le salut au prix de la mort; entre au Paradis avec Jésus, pour comprendre de quels biens tu étais exclu. Contemple les merveilles qui sont là, et laisse mourir au-dehors, avec ses blasphèmes, celui qui l’injuriait.
Si tu es Joseph d’Arimathie, réclame le corps à celui qui l’a fait mettre en croix; que ton souci soit le rachat du monde. Si tu es Nicodème, cet adorateur nocturne de Dieu, mets-le au tombeau avec les parfums. Si tu es une des saintes femmes, l’une ou l’autre Marie, si tu es Salomé ou Jeanne, va le pleurer de grand matin. Sois la première à voir la pierre enlevée, à voir peut-être les anges, et Jésus lui-même. »
(Homélie de saint Grégoire de Nazianze pour la Pâque, PG 36, 653-656)

Le tableau de la Dernière cène par Salvador Dali a ceci de remarquable qu’il fait le lien entre le repas du soir et l’évènement du lendemain. Ce qui aurait pu n’être qu’un dernier repas entre amis est ainsi représenté comme une annonce du mystère qui va se dérouler dans les prochaines vingt-quatre heures. À bien y penser, c’est là tout l’essentiel de l’Eucharistie, ce sacrement que Jésus a institué pour être le mémorial de sa mort.
« Ceci est mon corps qui va être donné pour vous; faites-ceci en mémoire de moi » (Luc 22,19). Jésus donne à ses apôtres et à leurs successeurs le commandement de refaire ce repas périodiquement afin de garder en mémoire qu’il est mort pour chacun et chacune d’entre nous. Mais il y a plus. En distribuant la coupe de vin à la fin du repas, il ajoute une précision importante: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous » (Luc 22,20). Une «nouvelle» alliance, par rapport à celle contractée au Sinaï entre Dieu et le peuple juif. Moïse avait alors prit la moitié du sang de la victime pour en asperger les deux contractants, soit Dieu (représenté par l’autel) et le peuple, en ajoutant : « Ceci est le sang de l’alliance que Dieu a conclue avec vous …» (Exode 24,8). « Nouvelle » alliance, donc, car la mort de Jésus nous introduit dans une nouvelle relation avec Dieu, relation visant à nous introduire non plus dans un quelconque petit pays méditerranéen mais bien dans un état d’union ineffable et éternelle avec Celui qui se déclare être notre Père !
Le sacrement de l’Eucharistie, tout sublime qu’il puisse être, n’enlève rien cependant à la beauté du geste que Jésus va posé sur la Croix : le Fils de Dieu s’y offre totalement à son Père dans un acte d’amour qui fait écho à sa relation éternelle avec lui (le Verbe se donne au Père, le Père se donne au Verbe et de ce mouvement d’amour naît l’Esprit Saint). Cette offrande éternelle actualisée au Calvaire (et réactualisée à chaque messe) devient donc pour nous source et modèle de notre propre vie chrétienne : » Je vous exhorte donc frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. » (Romains 12, 1). Il y a là un grand mystère d’amour qui dépasse les mots, mais qui se dévoile mystérieusement à ceux et celles qui y communient régulièrement.
Ne rougissons pas de l’Eucharistie, c’est une faveur inouïe de la part de Dieu qui s’y fait assimilable et dont nous ne saisirons toutes les retombées que dans l’Éternité !

L’approche de la Semaine Sainte nous invite à mettre de côté nos activités pour consacrer plus de temps à la contemplation du Crucifié. Et c’est très bien ainsi, car le Carême ne revient qu’une fois par année. Subsiste néanmoins le risque de minimiser notre service terrestre des hommes comme étant très secondaire … Or, nous ne sommes pas, pour la plupart d’entre nous, voués à la contemplation pure à l’exemple des moines et des moniales. Voici comment s’exprime le magistère de l’Église en traitant de la transformation du monde par les chrétiens:
« Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est fait chair et est venu habiter la terre des hommes. Homme parfait, il est entré dans l’histoire du monde, l’assumant et la récapitulant en lui. Lui-même nous révèle que Dieu est amour et nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de la charité. À ceux qui croient en l’amour divin, il apporte la certitude que la route de la charité est ouverte à tous les hommes, que l’effort pour instaurer une fraternité universelle n’est pas vain.
Jésus nous avertit aussi que cet amour ne doit pas seulement être recherché par des actions d’éclat, mais avant tout dans le quotidien de la vie. En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, il nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde mettent sur les épaules de ceux qui recherchent la justice et la paix. (…) Sans doute, les dons de l’Esprit sont divers; il appelle les uns à témoigner ouvertement du désir de la demeure céleste et à garder vivant ce témoignage dans la famille humaine; et il appelle les autres à se vouer au service terrestre des hommes, en préparant par leur ministère la matière du royaume des cieux. Mais de tous il fait des personnes libres pour que, renonçant à l’amour égoïste et rassemblant toutes les énergies terrestres au service de la vie humaine, elles s’élancent vers cet avenir où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu. » (Concile Vatican II, L’Église dans le monde de ce temps, 37-38)
Conclusion: il nous faut donner des mains à notre foi. Notre effort de Carême ne s’arrête pas avec la Semaine Sainte mais il doit se poursuivre au delà … pour la transformation de notre société!

L’entrée en Carême nous a présenté le séjour de Jésus au désert et ses démêlés avec le Prince de ce monde. Même après l’avoir vaincu quelques années plus tard, au Calvaire, le Christ ne cesse de l’affronter sur terre pour consolider son Église. Derrière nos combats personnels, il ne faut donc jamais perdre de vue ce Tentateur qui, dans un dernier effort désespéré, essaie par tous les moyens de nous affaiblir. « Votre adversaire, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » écrivait saint Pierre (1 P 5,8). Et saint Paul de préciser : « Ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, … les Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes » (Éphésiens 6,12). À son fidèle disciple, Timothée, l’Apôtre déclare sans ambages: « L’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s’attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques » (1 Tm 4,1).
Serions-nous rendus dans ces «derniers temps» ? Toujours est-il qu’on ne peut ignorer la dégradation actuelle de notre société qui va s’accélérant : attaques répétées contre la famille (union libre, limitation des naissances, avortement, divorce, mariage pour tous), contre la personne (homosexualité, transgenre, suicide assisté, exaltation des droits en oubliant les devoirs). Et que dire des efforts finement dissimulés pour restreindre la liberté religieuse, liberté d’opinion, etc.. Quant à la situation politique, il suffit de prendre un peu de recul pour discerner, selon l’affirmation du Pape François, une mise en place d’éléments propices à une troisième guerre mondiale. Rien de bien rassurant !
Néanmoins, malgré cette lutte à mort engagée à la suite de Jésus, l’Église conserve une invincible espérance : Satan, déjà vaincu, n’a plus qu’un pouvoir limité. La fin des temps verra sa défaite définitive et celle de tous ses auxiliaires. Sursum corda (en haut les cœurs) !

Chant des Laudes, à la Grande Chartreuse (France)
L’être humain est le représentant de toute la création face à Dieu. C’est à lui que revient la tâche de faire remonter au Créateur l’action de grâce de tout ce qui existe. Voici comment s’exprimait à ce sujet dom Augustin Guillerand, dans un schéma de conférence destinée à ses confrères mais que la mort l’a empêché de prononcer :
« Dieu est la source de tout ce qui existe. Le monde est comme son être répandu hors de lui-même, comme un trop-plein : le monde est son oeuvre, le ciel et la terre, la lumière et les grands astres qui la répandent, la terre et tout ce qui la constitue. (…) Un grand savant, malheureusement incrédule, était un jour reçu à l’Académie française. Celui qui le recevait énumérait toutes les découvertes qu’il avait faites ; l’énumération était très longue … Cependant, après avoir terminé de les rapporter, le Directeur ajoutait justement et malicieusement : «Il est vrai, Monsieur, vous n’avez pas encore fait un brin d’herbe!»
Dieu a fait, lui, tous les brins d’herbe et toutes les fleurs, et tous les astres qui emplissent l’univers. Il est le seul principe, il en est l’auteur, il en est le conservateur … je pourrais continuer longuement sur ce terrain, des jours et des jours, des semaines, sans épuiser la question. C’est ce que nous chantons sans cesse dans nos Offices, la nuit, principalement aux Laudes. Nous répétons sans fin : « Bénissez le Seigneur, toutes les œuvres du Seigneur … Chantez à Dieu, toute la terre … Poussez des cris de joie vers le Seigneur, habitants de la terre … ».
(Écrits spirituels, tome 2, page 35s)

Grand cloître (Grande Chartreuse, France)
Le séjour de Jésus au désert a toujours inspiré certains croyants à rechercher dans la solitude une certaine communion avec soi-même et avec Dieu. Encore faut-il être de vrais chercheurs … et non des misogynes ou des fuyards de responsabilités. Dom Augustin Guillerand traite de ce «silence cartusien» alors qu’il écrit à un confrère vivant dans un autre monastère :
« La vie en chartreuse repose sur un fond de silence, que vous connaissez et que vous aimez. C’est en ce fond que naît pour chacun de nous Celui qui est la Parole éternelle. Toute notre vocation est là : écouter Celui qui engendre cette Parole, et en vivre. La Parole procède du silence, et nous nous efforçons de l’atteindre en son Principe. C’est que le silence dont il s’agit n’est pas un vide et un néant, c’est au contraire l’Être en sa plénitude féconde. Voilà pourquoi il engendre et voilà pourquoi nous nous taisons.
Je ne sais où j’ai lu que les livres valent plus par ce qu’ils ne disent pas, que par ce qu’ils disent. Le lecteur est comme celui qui regarde un horizon ; il cherche, par delà les lignes qu’il voit, des perspectives qu’il devine à peine, et qui l’attirent précisément par leur mystère qui n’est que pressenti. Les ouvrages qu’on aime, sont les ouvrages qui font penser. On y cherche le silence d’où ces paroles sont nées. Ce silence, ce sont les profondeurs d’âme, que les mots ne peuvent traduire, parce qu’elles sont plus grandes qu’eux ; c’est ce qu’il y a d’immense, d’éternel et de divin en nous. »
(Écrits spirituels, tome 2, page 255)

« Bien que Jésus t’ait racheté au Calvaire sans ton aide, par contre il ne te sauvera pas sans ta collaboration ». Ces paroles éclairantes de saint Augustin m’ont toujours été un phare dans ma vie spirituelle … sage équilibre entre le Salut totalement gratuit d’une part, et l’effort personnel à fournir d’autre part. Car la vie éternelle ne nous est pas imposée mais proposée; ce qui suppose une acceptation personnelle, une collaboration ! Dans cette optique, le jeûne, si familier à tout bon moine, est également recommandé par la Bible et la Tradition à toute personne désireuse de s’approcher de Dieu. Jésus lui-même l’a pratiqué au désert avant de le proposer à ses disciples conjointement à la prière et à l’aumône: trois moyens de progresser dans notre vie d’enfant de Dieu en améliorant nos relations tant avec Dieu (prière) qu’avec nous-même (jeûne) et avec le prochain (aumône).
En ce carême 2023, permettez-moi de m’attarder sur ce qui me semble prioritaire: la prière ! En ces temps d’incertitudes et de scandales de toutes sortes (surtout au niveau ecclésial), notre vision de Dieu risque d’en être sinon oblitérée du moins drôlement affectée. Quelle image avons-nous de Dieu ? Sévère, mielleuse, anodine ? La qualité de notre prière dépend de la réponse qu’on apporte à cette question !
« Seigneur, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de répulsion pour aucune de tes œuvres; tu fermes les yeux sur les péchés des hommes: tu les invites à la pénitence, et tu leur pardonnes, car tu es le Seigneur notre Dieu » . Cette belle et réconfortante image de Dieu est tirée de la Sagesse (chap. 11), livre biblique écrit environ 50 ans avant notre ère. Dans sa prédication, le Seigneur Jésus a bien voulu développer cette image du médecin en déclarant qu’il était venu dans le monde « non pour les bien-portants mais pour les pécheurs ». En mourant sur la Croix, il a comme signé dans son sang cette lettre d’amour que le Père lui avait confiée pour nous: DIEU AIME L’HUMANITÉ. De toute éternité, le décret divin de la création n’avait finalement d’autre but que de révéler, par l’Incarnation rédemptrice, cet amour miséricordieux du Père. Voici comment l’Église résume, pour sa part, ce rôle salvifique de Jésus: « En naissant parmi les hommes, Jésus les appelle à renaître; en souffrant sa passion, il a supprimé nos fautes; par sa résurrection d’entre les morts, il donne accès à la vie éternelle, et par son ascension auprès de toi, notre Père, il nous ouvre le Ciel » (4e préface des dimanches ordinaires).
Reliés par le baptême à ce Père miséricordieux, nous ne pouvons que désirer nous détacher de tout ce qui n’est pas Lui … et c’est là le sens de l’entrainement au combat spirituel que nous avons entrepris la semaine dernière. Puissent nos jeûnes, nos prières et nos aumônes témoigner de notre désir de collaborer à notre sanctification. Encore une fois, bon Carême !

Cloître de la chartreuse Notre-Dame de Medianeira (Brésil)
Dans les écrits du Nouveau Testament, les textes abondent concernant la prière et plus particulièrement le soin qu’il faut y apporter. Pour dom Guillerand, la persévérance dans la prière est le fruit de la confiance en Dieu. Écoutons ce qu’il a à nous dire à ce sujet :
« Ici-bas, Dieu ne se refuse jamais, mais il se cache souvent. Il aime qu’on le poursuive, qu’on sache l’attendre, lui faire confiance, demander sans recevoir, recommencer longtemps des efforts qui semblent ne rien obtenir. Il aime la persévérance dans la prière.
La persévérance est le fruit de la confiance. La confiance dans nos rapports avec Dieu est la forme la plus authentique de l’amour. Elle est fille de la foi. Elle suppose une idée juste de lui. L’âme confiante a dû développer en elle la connaissance de ces perfections divines qui, pratiquement, se confondent avec l’Être divin et l’Amour infini, mais qui, pour nous, en sont comme les rayons tamisés à travers le prisme des créatures. Que de méditations et de lectures il faut pour que ces perfections deviennent en nous des idées présentes, vivantes, agissantes, qui surgissent dès qu’on en a besoin, dans les pires ténèbres, et illuminent une route difficile !
Seuls ceux qui aiment (ceux qu’occupe et soutient l’Esprit d’amour) ont le courage de cette étude sans cesse reprise et sans cesse à reprendre. Tout en procède. Elle est la source féconde qui coule dans l’âme et, dans les aridités, prépare les floraisons du printemps et les cueillettes d’automne : « Ayez confiance » redit sans fin le divin Maître en son Évangile, et sans fin aussi au cœur de l’âme qu’Il aime. «Le salut est à celui qui aura persévéré jusqu’à la fin ». Pourquoi l’Amour se fait-il ainsi attendre ? Parce qu’il est l’Amour et qu’il veut l’amour. L’amour qui ne sait pas attendre n’est pas amour. Aimer c’est se donner; ce n’est pas seulement une minute de vie ni une part de forces. L’Amour est don de soi total et veut don de soi total. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 26 s)

La proximité du début du Carême (dans quatre jours), m’incite à vous transmettre un magnifique texte de dom Guillerand sur la préparation à la prière … car qu’est-ce que le Carême sinon une période de l’année où l’on s’efforce de se rapprocher de Dieu. Et comment le faire avec profit sinon par d’humbles prières où l’on reconnaît son néant ? D’où, incidemment, la référence de notre éminent chartreux à « la paix des âmes tombées », quand, relevées par Dieu, elles se trouvent en sa présence ». Écoutons-le :
« La prière est comme un face à face avec Dieu. Une âme ne prie que si elle se tourne vers lui; elle prie tant qu’elle reste ainsi tournée; elle cesse de prier quand elle se détourne. La préparation à la prière est donc le mouvement qui nous détourne de tout ce qui n’est pas Dieu et nous tourne vers lui. De là, ce beau mot qui définit essentiellement la prière et qui en précise le mouvement: la prière est une ascension, une élévation. On se prépare à prier quand on se détache du créé et qu’on s’élève jusqu’au Créateur.
La pensée essentielle d’où naît ce détachement est celle de notre néant. De là, le mot profond du Sauveur: « Celui qui s’abaisse s’élève » (Matthieu 23,12; Luc 18, 14). De là, sa vie terrestre faite d’un abaissement continuel et de plus en plus profond. Saint Bernard n’hésite pas à dire: « Cela nous met face à face ». De là, la paix des âmes tombées, quand, relevées par Dieu, elles se trouvent en sa présence. L’abîme reconnu, confessé, c’est en ce fond qu’elles le trouvent. Elles le trouvent parce qu’il se montre. Le seul obstacle est le moi. L’aveu de notre misère l’abat; le moi abattu, le miroir est pur et Dieu y engendre son image. L’âme est toute pleine de ces traits qui se fondent dans la divine Harmonie et la Beauté parfaite. Tout cet ensemble de perfections qui feront notre ravissement sans fin, l’âme dégagée et élevée au-dessus d’elle-même en reproduit l’image, devient image à son tour, fait ce que l’Être fait, participe à ce qu’Il est.
C’est ce qu’explique Notre-Seigneur dans cette parole capitale du Sermon sur la montagne et que toutes les considérations humaines sur la prière répètent sans fin et sans en atteindre la riche plénitude: « Quand vous prierez, entrez dans la demeure intime de votre âme, et là, après avoir bien fermé la porte, parlez à votre Père qui vous voit en ces profondeurs secrètes, et dites-lui: Notre Père qui êtes aux cieux … ». La présence à soi-même, la foi en Celui qui en est le fond secret et s’y donne, le silence de tout ce qui n’est pas lui pour être tout à lui, voilà la préparation à la prière. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 39 s)