
À un correspondant qui s’efforce de vivre le moment présent, dom Guillerand offre quelques conseils pour le rassurer sur la rectitude de son cheminement. Voici ce qu’il lui écrit :
« Nous ne sommes obligés tous qu’à une seule chose: à bien employer le temps et les forces dont nous disposons. On réalise ainsi sa destinée, et nul n’est tenu à autre chose.
La conscience aussi actualisée que possible de ce que nous sommes et de ce que nous faisons, la concentration de tout l’être sur l’acte présent font la valeur d’un homme et en assurent le développement.
Quand on a compris cela et quand on a le courage de le vivre, quand tranquillement, sans surtension (mais avec la tension dont on est actuellement capable) on se ramasse pour se mettre en plein dans ce que l’on fait, on vit sa pleine vie.
Cette pleine vie n’est pas nécessairement celle d’un grand homme. C’est celle d’un homme: et tout est là. Être grand ou petit ne dépend pas de nous. Réaliser l’être que nous avons dépend de nous à chaque minute, et c’est de cette réalisation continue qu’est fait un homme.
Poursuivez votre route, vous êtes sur la bonne voie; donnez-vous à ce que vous faites, sans souvenir d’hier, sans souci de demain, tout à aujourd’hui et à l’instant de ce jour qui est vôtre … et qui bientôt ne le sera plus. »
(Écrits spirituels, tome 2, page 267)








Que ta volonté soit faite …
Soyons clairs! Personne ne peut empêcher Dieu de faire ce qu’il veut … mais parce que le diable empêche nos pensées et nos actes d’obéir à Dieu en tout, nous prions et demandons que la Volonté de Dieu se fasse en nous. Personne ne peut compter sur ses propres forces et c’est pourquoi notre appui réside dans la bonté et la miséricorde de Dieu. Mais de fait, à quoi rime concrètement cette si importante Volonté de Dieu? Écoutons la réponse de saint Cyprien († 258):
« La Volonté de Dieu, c’est ce que le Christ a fait et enseigné: l’humilité dans la conduite, la fermeté dans la foi, la retenue dans les paroles, la justice dans les actions, la miséricorde dans les œuvres, la rectitude dans les mœurs; être incapable de faire du mal, mais pouvoir le tolérer quand on en est victime, garder la paix avec les frères, chérir le Seigneur de tout son cœur, aimer en lui le Père, et craindre Dieu, ne préférer absolument rien au Christ, car lui-même n’a rien préféré à nous; s’attacher inébranlablement à son amour; se tenir à sa croix avec force et confiance; quand il faut lutter pour son nom et son honneur, montrer de la constance dans notre confession de foi; montrer, sous la torture, cette confiance qui soutient notre combat et, dans la mort, cette persévérance qui nous obtient la couronne. C’est cela, vouloir être héritier avec le Christ, c’est cela obéir au précepte de Dieu, c’est cela, accomplir la volonté de Dieu. » ( Commentaire sur la Prière du Seigneur, 13-15)
Retenons deux choses: tout d’abord l’accent mis sur l’amour de Jésus (saint Benoît va reprendre textuellement, dans sa Règle des monastères, la phrase Ne préférer absolument rien au Christ), puis la préparation au martyr, mise en garde si importante aux chrétiens et chrétiennes des premiers siècles … et de tous les temps!
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