Cette lumière qui éclaire le monde de Dieu

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Chapelle de la chartreuse de La Valsainte  (Suisse)

Quelle est cette vie divine qui nous habite ? Nous ne pourrons jamais l’expliquer totalement ici-bas mais nous essayons quand même d’en parler … et nous faisons bien, car cet effort indique combien cette réalité nous intéresse. Laissons dom Guillerand lever le voile un tant soit peu sur ce mystère, alors qu’il utilise (dans un sermon à ses frères chartreux) des comparaisons qui donnent quelque idée de cette réalité :

« Entrez dans cette chapelle en pleine nuit ; tout ce que vous voyez d’habitude est là, l’autel et ses ornements, les statues, les tableaux, les bancs, la disposition des choses, mais vous ne les apercevez pas. Il manque la lumière. Pressez le bouton électrique et en un instant ils vous apparaissent. La lumière fait voir ce qui est.  La lumière nous met en rapport avec les choses ; la lumière physique nous met en rapport avec les choses corporelles, la lumière de l’intelligence, de la raison, nous met en rapport avec les vérités de l’ordre naturel. Il existe une lumière plus haute qui nous met en rapport avec le monde supérieur, surnaturel, qui est le monde de Dieu.

La grâce, c’est cette lumière qui éclaire, pour une âme, le monde de Dieu, qui montre ce qu’il est, sa vérité, sa bonté, son amour, sa sagesse et sa puissance, toutes ses perfections qu’il contemple lui-même, qui le ravissent éternellement, que nous contemplerons un jour en lui et qui nous raviront à jamais. L’âme qui vit vraiment la vie de grâce voit Dieu ; elle le voit en tout, elle le voit partout, elle le découvre dans les hommes, dans les choses, dans les événements, elle ne voit que lui. Saint Paul de la Croix, un soir de printemps, se promène dans la campagne, il traverse les champs de luzerne en fleurs, son âme s’élève de ces beautés naturelles à la Beauté infinie de Celui qui les a faites, qui les fait à chaque instant, il s’arrête, il tombe en extase, il y reste longtemps, perdu en Dieu, emporté et ravi par la divine lumière de grâce. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 9 s)

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Où trouver repos et sécurité?

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L’homme moderne est souvent fasciné par les biens qui l’entourent mais il lui arrive des moments où tout semble s’éteindre … quitte à se retrouver seul, face à lui-même;  le choc  peut être brutal. Désemparé, où peut-il trouver  repos et sécurité? La grâce du chrétien est précisément d’avoir trouvée cette sécurité, même si la conscience de la posséder est trop souvent obscurcie  par sa propre négligence. Voici comment s’exprime à ce sujet saint Bernard, docteur de l’Église et expert de l’union au Christ:

« Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur? Je m’y sens d’autant plus protégé que son salut est plus puissant. L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges; je ne tombe pas, car je suis campé sur un roc solide. J’ai commis quelque grave péché; ma conscience se trouble, mais elle ne perd pas courage, puisque je me souviens des plaies du Seigneur, qui a été transpercé à cause de mes fautes. Rien n’est à ce point voué à la mort que la mort du Christ ne puisse le libérer. Dès que je pense à cette médecine si forte et efficace, la pire des maladies ne m’effraie plus. (…)

Tout mon mérite, c’est donc la pitié du Seigneur, et je ne manquerai pas de mérite tant que la pitié ne lui fera pas défaut. Si les miséricordes de Dieu se multiplient, mes mérites seront nombreux. Mais qu’arrivera-t-il si j’ai à me reprocher quantité de fautes? Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé. Et si la bonté du Seigneur s’étend de toujours à toujours, de mon côté je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur. Est-ce là ma justice? Seigneur, je ferai mémoire de ta seule justice, car c’est elle ma justice, puisque pour moi tu es devenu justice de Dieu. » (Homélie sur le Cantique des Cantiques, 61, 3-5)

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La vraie vie est toujours cachée

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Frère chartreux au travail  (Grande Chartreuse)

Nous pensons vivre en nous agitant à gauche et à droite … mais la vraie vie se situe à une profondeur très éloignée des apparences. Pour nous en parler, dom Guillerand (cet expert de la vie cloîtrée) va nous citer l’exemple de Jésus dont la vie cachée à Nazareth s’étendit sur trente ans environ:

« Dieu est un Dieu caché. Il n’aime pas ce qui attire l’attention des hommes. Il veut cette attention, il ne veut pas les moyens par lesquels on l’obtient communément. Il ne se montrera, il ne parlera, il n’aura une action publique que pendant un temps relativement très court, un dixième seulement de sa vie, trois ans sur trente-trois. Pendant ces trois années, il se cachera et se taira bien souvent encore, il laissera tomber dans l’oubli la plus grande partie de ses actes et de ses paroles, il trouvera le moyen de faire de sa vie publique une manifestation nouvelle de son amour de la vie cachée.

La vraie vie, en effet, est toujours cachée. La vie publique n’est que la vie cachée qui se découvre. La vie publique, si elle n’est pas cela, n’est qu’un trompe-l’œil. Elle se fait prendre pour ce qu’elle n’est pas; c’est de l’agitation, c’est-à-dire de la vie en surface. La vie est essentiellement du mouvement en profondeur; ce mouvement, qu’il se traduise en dehors ou reste au fond, est vie; il est vie parce qu’il est action vraie et non pas seulement agitation. Jésus sous le voile des longues années  de soumission silencieuse et obscure, était le Rédempteur inaperçu mais réel des hommes. La vie cachée a eu un résultat. L’Évangile l’exprime encore d’un seul mot: « Il croissait » (Luc 2, 52). La soumission de Jésus (à ses parents) le fait naître. C’est, en effet, le résultat de la vie; la vie se développe. Si à une certaine heure de notre existence la croissance cesse, c’est parce que les forces de vie ne dépassent plus les forces de mort et que dans la lutte elles s’équilibrent mutuellement au lieu de se vaincre. (…)

La mort était née d’une révolte (celle d’Adam). La vie renaissait d’une soumission (celle de Jésus). La divine obéissance de Jésus à Nazareth replaçait l’homme dans l’ordre primitif, et la vie coulait en lui avec cet ordre. La vie publique elle-même ne dira que cela. Elle l’expliquera en mots, après que la vie cachée l’aura formulé en actes; et les mots seront compris seulement parce que les actes en auront été l’explication préalable. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 77 s)

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Prière privée ou prière publique?

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En tant qu’ermite urbain, ma vie de prière revêt une grande importance puisqu’elle est la raison d’être de mon style de vie. Se pose alors la question: qu’en est-il de ma pratique religieuse, de mes liens avec l’Église locale? Peut-on vivre sur terre séparé de l’Église ou tout au moins éloigné de sa vie sacramentelle? La réponse est évidente: NON. Dans l’ordre actuel des choses, le Christ s’associe toujours l’Église, son Épouse bien-aimée, qui l’invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel. Voici comment s’exprime à ce sujet le concile Vatican II:

« Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe; dans la personne du ministre, car « celui qui s’offre maintenant par le ministère des prêtres, est celui-là même qui s’offrit alors lui-même sur la croix. » Il est présent surtout sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que, lorsque quelqu’un baptise, c’est lui qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis: Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. (…) Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu’oeuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est une action sacrée par excellence, dont nulle autre action de l’Église ne peut égaler l’efficacité au même titre et au même degré. » (Constitution sur la Liturgie, 7)

Donc, si ma prière privée est importante et digne de louange, il n’en demeure pas moins que tout doit se faire en liaison avec l’Église locale qui est comme la garante de l’authenticité de mon charisme. Gloire soit à Dieu et à son ineffable Providence qui a tout prévu pour que chaque croyant puisse s’épanouir dans le Corps mystique du Christ. Amen!

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Le recueillement comme refuge …

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Saint Bruno  (fondateur des Chartreux)

Qui dit recueillement dit concentration … mais aussi repos ! Repos de l’âme donc, non pour s’endormir mais pour jouir davantage d’un objet contemplé. Si les moines, malgré leur retrait du monde, sentent le besoin de briser leur routine pour prendre quelques heures de recueillement, à plus forte raison les gens du monde doivent-ils faire de même. Écoutons les sages conseils de ce chartreux, expert en contemplation, qu’est dom Augustin Guillerand :

« Dieu nous ménage à chacun quelques journées de recueillement plus profond, qui sont très bienfaisantes et très douces. Même en religion, derrière les murs si complètement clos au monde, nous avons besoin de cela. Le simple mouvement de la vie use les énergies de l’âme, et le ressort spirituel arriverait peu à peu à se détendre, s’il n’était de temps en temps retendu. C’est une des faiblesses de notre nature qu’il est bon de connaître et d’avouer. Cela nous met dans la vérité. Nous comprenons mieux la misère de notre pauvre être amoindri par la faute originelle. (…)

C’est en Jésus que nous trouvons de plus en plus la paix et la joie. « Je puis tout en celui qui me rend fort ». La confiance en Lui forme dans nos âmes comme une retraite cachée qui nous abrite et nous garde contre tous les coups de la vie. Rien ne peut nous atteindre là. Les plus grandes épreuves sont toujours du créé, par conséquent du fini et du passager, et Jésus est toujours l’Incréé, c’est-à-dire l’Immuable et l’Infini. (…) En croyant à la bonté de Dieu, nous participons à Dieu qui est la Source et le Modèle. Et alors nous voyons les choses sous un angle tout nouveau, infiniment consolant et simple. Nous les voyons; nous ne les comprenons pas … croire est un acte qui nous unit à l’activité de Celui auquel nous croyons; et quand Celui-là est l’Intelligence infinie, croire est une participation à cette intelligence, c’est donc infiniment intelligent. Voilà pourquoi la prière et la foi nous sont un refuge contre tout. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 236 s)

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Prier avant d’agir

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« Mais au préalable, tout le bien que tu entreprends de faire, demande-lui, par une prière très instante, qu’il lui plaise de le parfaire » (Prologue de la Règle de saint Benoît). Ce sage conseil du patriarche des moines occidentaux m’a toujours suivi depuis mon noviciat chez les Trappistes (milieu des années cinquante); j’en récolte aujourd’hui les nombreux fruits.

Crier vers Dieu lorsque ça va mal peut-être un réflexe humain … crier vers Dieu quand ça va bien n’est plus un réflexe humain mais une prière de foi et d’humilité. Notre vie chrétienne sur terre est un perpétuel combat, tantôt contre soi-même tantôt contre les autres, ce qui exige l’aide d’en haut. Les auteurs spirituels ne s’y sont pas trompés … nous avons besoin de nous référer à Dieu en tout temps.

Ce qui est vrai dans la vie ordinaire l’est plus encore dans le domaine des médias sociaux où, au dire du Pape François, le bien se mélange au mal et où les attaques abondent contre la religion en général et contre l’Église en particulier. Que faire en tant que personne raisonnable et  en tant que témoin de la foi chrétienne?

« Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai placé des veilleurs; ni de jour ni de nuit ils ne doivent se taire », ces paroles du prophète  Isaïe s’appliquent à tout internaute qui a à cœur de répondre à sa vocation chrétienne ou tout simplement humaine. Personnellement, je ne m’assieds jamais devant mon ordi sans avoir fait une petite prière qui m’habilite à témoigner de la vérité selon mes capacités. « Ce n’est pas vous qui parlerez, dit Jésus, mais l’Esprit de votre Père parlera en vous ». Non seulement nos opinions doivent-elles être exprimées avec clarté et, quelquefois,  avec un certain courage …  mais  nos attitudes charitables non moins que nos silences respectueux doivent  également être  au rendez-vous. Que saint François de Sales, admirable de lucidité et de bonté dans ses controverses , nous soit toujours un exemple lumineux.

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Chanter les merveilles de Dieu est un devoir !

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En 1928, dom Augustin Guillerand, chartreux de la Valsainte (Suisse), rédigeait pour l’une de ses sœurs, dont la mauvaise santé retenait souvent loin de l’église paroissiale, une sorte de méditation sur la messe et les vêpres ; ainsi, pensait-il, la malade pourrait participer spirituellement aux offices du dimanche. En voici un extrait qui, je l’espère, pourra nous donner le goût de célébrer les merveilles du Seigneur :

« La terre est le pays de la foi qui prépare la vision. Croyez cela, croyez avec tout votre cœur, croyez et aimez, et déjà dans les parts profondes de vous-mêmes, vous serez unis à la louange éternelle que se donnent mutuellement les Trois qui ne font qu’Un. (…)

Seigneur, je vous découvre dans les créatures que vous avez faites et je vous trouve dans les événements que vous dirigez. Tout cela est merveille de votre tendresse. Vous avez multiplié des merveilles pour le peuple juif et vous lui avez accordé des privilèges uniques. La délivrance d’Égypte, la manne du désert, la Loi et l’Alliance tout à fait spéciales, dont vous l’avez honoré, réclament sa reconnaissance et sa louange. (…) Depuis la venue de mon Seigneur Jésus, le peuple élu c’est nous, ce sont les fidèles et les magnificences du divin amour se continuant sous une forme plus belle encore. Le rachat, la libération d’une tyrannie très dure, l’aliment céleste, la victoire sur nos passions, la conquête de la terre de nos âmes, l’accord avec vous, toutes ces merveilles de l’Ancienne Loi, vous les avez renouvelées en notre faveur. Les chanter, vous en bénir est un devoir. Il m’est doux de consacrer ma soirée du dimanche à l’accomplir. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 142 s)

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Un Chartreux nous parle du Baptême de Jésus

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Chartreuse de la Valsainte (Suisse)

Parlant du Baptême de Jésus, voici ce qu’en disait dom Augustin Guillerand (†1945), moine chartreux et écrivain spirituel, dans son commentaire sur l’évangile de Jean. À noter la propension de l’auteur à utiliser l’image de la lumière en parlant de chacune des Personnes de la Trinité … comme si l’éblouissement du mystère l’empêchait d’y voir autre chose :

« La présentation de Jésus par Jean le Baptiste est de toute beauté et de toute profondeur. La Lumière vraie éclaire magnifiquement son témoin. Dans ce simple Galiléen qui pouvait être d’assez pauvre mine elle lui montre le Sauveur du monde. «Voilà celui qui ôte le péché du monde».

Les Juifs avaient, grâce à la Révélation, une juste idée du péché et de ses conséquences. Toute la Bible est l’expression de cette idée. Le Désiré des nations était celui qui secouerait ce joug, et ce qu’on attendait de lui était avant tout cette libération. Le péché avait éteint dans l’âme humaine cette clarté vraie qui montrait la vraie vie et qui la faisait couler de Dieu en elle. Dieu était là, il continuait de communiquer son Être, il restait le Créateur mais il ne donnait plus sa Vie (qui est de connaître et d’aimer). Il n’était plus Père, il n’engendrait plus dans l’âme son Verbe, il ne répandait plus en elle son Esprit d’amour. L’âme ne le connaissait plus dans la lumière de ce Verbe, elle ne l’aimait plus dans cet Esprit d’amour ; elle n’était plus animée dans ce souffle qui chasse les ténèbres. Elle était animée d’un autre souffle, éclairée d’une autre lumière, elle n’était plus l’enfant de Dieu, elle était l’esclave du péché.

Le Rédempteur attendu devait secouer ce joug, rétablir le contact avec la Lumière et refaire de l’homme un fils de lumière. Et Jean, témoin de la Lumière, disait aux hommes qui attendaient depuis si longtemps : «Voilà celui qui ôte le péché. Voilà la grande lumière, la Lumière qui est la Vérité et la Vie, la Lumière qui montre l’Amour, le don de Dieu à l’âme.»

Comment Jean a-t-il pris contact avec cette lumière ? Comment s’est-elle manifestée à lui pour qu’ensuite il nous la manifeste ?  «J’ai vu l’Esprit Saint sous forme de colombe qui descendait sur lui et s’y reposait.» Jean a vu une colombe et dans cette colombe l’Esprit Saint ; il l’a vu descendre du Ciel et se reposer sur la tête de Celui qui venait pour être baptisé. Jean a reconnu l’Agneau qui ôte les péchés du monde dans l’éclat d’une lumière, et cette lumière est la Lumière exilée du monde depuis le péché. La Lumière repose sur la tête de Celui qui est là pour recevoir son baptême. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 136 s)

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Un ami fidèle n’a pas de prix!

 

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Notre cœur est fait pour aimer et … être aimé. Mais que de déceptions en ce domaine tout au long de la vie! N’allons pas croire que les vrais amis sont facilement repérables (à la façon de Facebook). Voici ce qu’en écrivait un vieux sage qui vivait environ 200 ans avant Jésus Christ:

« La parole agréable attire de nombreux amis, le langage aimable attire de nombreuses gentillesses. De bonnes relations, tu peux en avoir avec beaucoup de monde; mais des conseillers? n’en choisis qu’un seul entre mille! Si tu veux acquérir un ami, acquiers-le en le mettant à l’épreuve; n’aie pas trop vite confiance en lui.

Il y a celui qui est ton ami quand cela lui convient, mais qui ne reste pas avec toi au jour de la détresse. Il y a celui qui d’ami se transforme en ennemi. et qui va divulguer, pour ta confusion, ce qui l’oppose à toi. Il y a celui qui est ton ami pour partager tes repas, mais qui ne reste pas avec toi au jour de la détresse. Quand tout va bien pour toi, il est comme un autre toi-même et commande avec assurance à tes domestiques; mais si tu deviens pauvre, il est contre toi, et il se cache pour t’éviter. Tes ennemis, tiens-les à distance; avec tes amis, sois sur tes gardes.

Un ami fidèle, c’est un refuge assuré, celui qui le trouve a trouvé un trésor. Un ami fidèle n’a pas de prix, sa valeur est inestimable. Un ami fidèle est un élixir de vie que découvriront ceux qui craignent le Seigneur. Celui qui craint le Seigneur choisit bien ses amis, car son compagnon lui ressemblera. » (Ben Sira le Sage 6, 5-17)

Avouons que Ben Sira met la barre un peu haute … Néanmoins, nous aurons compris que l’alter ego, l’autre nous-même, ne se trouve, en dernière analyse, qu’en la personne de Jésus Christ.  « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime».

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La véritable amitié

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Promenade hebdomadaire  (Grande Chartreuse, France)

Dans notre société sur-médiatisée où la simple allusion d’amour devient vite suspecte de sexualité refoulée, il n’est pas facile de parler d’amitié pure et désintéressée. Et pourtant, même si l’amitié idéale n’existe pas, il n’est pas sans intérêt d’entendre un moine chartreux nous entretenir de ce thème. Dom Guillerand s’adresse ici à un jeune correspondant, probablement l’un de ses neveux :

« Pour franchir le seuil de l’amitié n’oublie pas que la condition première et essentielle est le renoncement; la poursuite désintéressée du bien de ton ami, de ses avantages, de ses intérêts, de ses joies.

Rappelle-toi également que l’amitié idéale n’existe pas et n’est pas nécessaire. La vie ne nous apporte jamais tout ce que nous rêvons. Il faut envisager la vie réelle. Or le réel est que nous avons tous des défauts, beaucoup plus que nous ne pensons. Et nous nous faisons souffrir les uns les autres avec ces défauts. Nous devons nous aimer malgré ces défauts ; et si nous nous aimons vraiment, nous devons tendre à les corriger dans nos amis. C’est à cette condition là que l’amitié mérite son nom et joue son rôle. Tant qu’elle ne le fait pas, elle demeure camaraderie.

La vraie amitié a certainement existé et existera toujours. Mais je crois qu’elle est assez rare ; et de nos jours plus encore peut-être. Car elle est le contraire de l’égoïsme qui est très fréquent. L’égoïste ne s’occupe que de soi, et, à l’opposé, l’ami laisse couler toute son âme dans l’âme d’un autre pour que les deux n’en fassent qu’une. Ce seuil, si les circonstances le permettent, il faut le franchir sans crainte. Les avantages sont incomparablement supérieurs aux inconvénients. Laisse tomber sans les voir les faiblesses, les défauts, tout ce qui est inhérent à la vie réelle, et tu en retireras un grand bénéfice. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 276)

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