Jésus et sa grande Mission

En cette fête du Baptême de Jésus, fête qui commémore une démarche apparemment énigmatique  de la part du Seigneur et qui signale le début de son ministère publique, il convient de lever le voile sur le sens probable de cet événement.

Dans la liturgie juive, le Jour de l’Expiation («Yom Kippour») était l’occasion pour le peuple de confesser ses péchés commis durant l’année et de les faire imputer, par le Grand Prêtre, à un bouc choisi à cet effet, lequel était par la suite envoyé au désert, repaire traditionnel des démons … le rite du Bouc émissaire!  Ce rite juif a préparé les futurs chrétiens à mieux comprendre la démarche de Jésus, qui à l’âge de trente ans quitta son village de Nazareth pour aller  recevoir un baptême de pénitence des mains d’un prophète appelé Jean. La première réaction de ce dernier, qui le connaissait bien, fut de refuser; puis, après insistance de Jésus (« Laisse faire pour l’instant, c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice » Matthieu 3, 15 ), il finit par accepter.  Le lendemain, ce même prophète désignait Jésus publiquement comme étant « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29). Comment Jean en est-il arrivé à affirmer si rapidement une telle vérité si ce n’est grâce à une explication fournie par Jésus  lui faisant comprendre que sa mission  était de prendre sur lui les péchés du monde entier. Jésus, bouc émissaire, était donc destiné à expier et à effacer par sa mort rédemptrice tous les péchés possibles. Ce baptême de pénitence, reçu en notre nom, dévoilait ainsi sa convenance.

Dans cette démarche historique, Jésus se présente également comme le nouveau Jacob qui, on le sait, réussit à obtenir de son père Isaac, rendu aveugle par l’âge, la bénédiction destinée à son frère aîné Ésaü en empruntant subrepticement les vêtements de ce dernier. Belle prophétie de cette démarche vicariale du Verbe éternel qui endossa notre humanité pour accomplir sa mission; mission tout à fait spéciale qui n’était pas tellement de recevoir une bénédiction que « de se faire malédiction », comme l’affirmera saint Paul aux chrétiens de Galatie (3, 13); démarche néanmoins qui fut pleinement agréée par le Père qui le lui signifia ainsi « Tu es mon Fils bien-aimé; tu as toute ma faveur » (Luc 3, 22) .

Finalement, il est intéressant de noter que ce baptême de Jésus dans l’eau du Jourdain fut immédiatement suivi d’un deuxième, tout aussi important, celui dans l’Esprit Saint: « Au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sur lui…» Luc 3, 21 S’emparant de lui à la façon des anciens prophètes (« la main du Seigneur Dieu s’abattit sur moi » Ezéchiel 8, 1), cet Esprit l’envoya au désert pour y être tenté par le diable; lutte initiale qui laissa prévoir un ministère des plus mouvementés. De retour en Galilée, et toujours sous la mouvance de l’Esprit, le Maître y commença son ministère et, de passage à la synagogue de Nazareth, n’hésita pas à faire allusion à ce moment privilégié en s’appliquant le texte d’Isaïe « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres » (Luc 4, 18).

Bouc émissaire donc, mais aussi nouveau Jacob et messie envoyé par Dieu … que de richesses spirituelles renfermées dans cet événement singulier que fut le baptême de Jésus au Jourdain!

Publié dans Amour, Évangile, Baptême, Compassion, Détachement, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Incarnation, Jésus, Ministère, Mystère, Rédemption, Solidarité, Tentation, Trinité | Tagué , , , , , , | Un commentaire

Pourquoi si peu de croyants près de la Crèche?

christmas-nativity-scene-shepherds-wise-me-and-large-bethlehem-star_rb-uzogme_thumbnail-full01

La fête de l’Épiphanie nous rappelle chaque année la visite des Mages à Bethléem. Un peu à l’image d’aujourd’hui, elles semblent peu nombreuses les personnes qui recherchent vraiment le Seigneur. Est-ce que l’appel de Dieu serait sélectif? Dom Augustin Guillerand s’attarde à cette problématique toujours actuelle et y apporte une réponse éclairante:

« Notre existence terrestre est une perpétuelle invitation de Dieu à venir à lui, et dans chacun des évènements la composant nous pouvons reconnaître un signe du ciel. Ce qui manque, c’est la foi discernant ce signe et sachant découvrir la tendresse infinie sous les apparences créées dont elle s’enveloppe. Dieu parle toujours, mais nous ne l’entendons presque jamais. Pourquoi si peu d’hommes ont-ils aperçu l’étoile d’Orient? Pourquoi si peu ont-ils entendu le chant des anges? Parce que Dieu n’a pas fait briller pour les uns son astre miraculeux? ou pour les autres retentir ses harmonies célestes? Évidemment non; Dieu s’est offert à tous et ne désire rien tant que de se donner à tous. Mais il ne s’impose pas. Seuls les yeux qui s’ouvrent, les cœurs qui se livrent peuvent le contempler et l’accueillir. Et seuls s’ouvrent à ses clartés les yeux sachant, quand il faut, se fermer aux vaines lumières, comme seuls se livrent à ses tendresses les cœurs sachant se refuser aux sollicitations des créatures. Les développements de vie se font peu à peu, par étapes successives et ces étapes sont des renoncements.

Ces renoncements créés ne vont pas sans sacrifice. Quels efforts ont dû consentir les rois mages pour entreprendre le voyage les amenant aux pieds du divin Roi? Nous ne les connaissons pas avec précision. Nous n’en devinons que quelques-uns. À coup sûr, ils ont été énormes; on ne voyageait pas alors en train de luxe, il fallait du temps, des préparatifs compliqués, toute une organisation très lourde; on s’exposait à des dangers. Sur la seule indication d’un astre inaccoutumé, les mages ont affronté tout cela. Il fallait qu’à l’appel extérieur Dieu joignît des invitations intimes bien pressantes et que ce double effort de sollicitations divines rencontrât des âmes généreuses et bien croyantes. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 72)

Publié dans Adoration, Écriture, Contemplation, Conversion, Désir de Dieu, Détachement, Dieu, Incarnation, Monde, Société, Temps présent, vie moderne | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Fête de la Theotokos

i-grande-121028-icone-media-10x15-vierge-de-tendresse-de-vladimir-xiie.net_1_-c1e60

Depuis la réforme liturgique, sous le pape Paul VI, le 1er janvier (jour octave de Noël) est devenu jour de « Sainte Marie, Mère de Dieu ». En effet, il importe de souligner en ce temps liturgique le rôle indispensable de Marie dans la naissance du Verbe incarné. Nous rejoignons ainsi nos frères orthodoxes qui aiment honorer la Vierge sous l’appellation grecque de Theotokos (littéralement, celle qui engendre Dieu). Mère, non pas de la divinité mais de l’humanité de Jésus ! Étant donné qu’il n’y a en lui qu’une seule Personne divine unissant les deux natures, la Vierge acquiert par le fait même le titre de Mère du Verbe incarné ou Mère de Dieu. Ce titre aura fait couler beaucoup d’encre au 5e siècle et susciter de nombreuses discussions pour finalement provoquer un concile œcuménique (Concile d’Éphèse, 431) qui déposera Nestorius, patriarche de Constantinople, qui s’opposait à un telle appellation.

Dans une exhortation apostolique, le saint pape Paul VI n’hésite pas à affirmer que la dévotion mariale est un lieu commun où peuvent se retrouver la plupart des chrétiens: « Les catholiques rejoignent leurs frères des Églises orthodoxes, où la dévotion à la Vierge revêt des formes hautement lyriques et profondément doctrinales dans la vénération très aimante de la glorieuse «Theotokos» et dans les acclamations à Celle qui est «l’Espérance des chrétiens». Ils rejoignent aussi les Anglicans dont les théologiens classiques ont jadis mis en lumière la solide base scripturaire du culte rendu à la Mère de Notre-Seigneur, et dont les théologiens actuels soulignent davantage l’importance de la place que Marie occupe dans la vie chrétienne. Ils rejoignent aussi leurs frères des Églises Réformées, dans lesquelles fleurit avec vigueur l’amour des Saintes Écritures, quand ils proclament les louanges de Dieu avec les paroles mêmes de la Vierge.» (Marialis Cultus, no 32).

N’ayons donc aucune crainte de célébrer Marie, aujourd’hui, sous le titre de Mère de Dieu. Qu’elle nous obtienne de commencer la nouvelle année dans la joie toute spirituelle de la vie en Christ et dans la reconnaissance d’être destinés, comme elle, a jouir un jour de l’éternité bienheureuse !

Publié dans Adoration, Église, Dévotion mariale, Dieu, Foi, Incarnation, Jésus, Joie, Liturgie, Marie, Orthodoxie, Spiritualité, Tradition, Trinité, Verbe, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Noël ou le divin détachement

Annunciation-to-the-Shepherds

Dans sa méditation sur le mystère de Noël, dom Guillerand en tire une merveilleuse leçon sur le détachement des biens de ce monde: « Le petit enfant de la crèche affirme la grandeur du Père en renonçant à toute satisfaction pour le glorifier ». Écoutons encore une fois ce chartreux à la parole éclairante:

« Notre grandeur est de participer à la vie de Dieu et posséder son héritage. Tout ce qui n’est pas lui est trop petit pour nous. Unis à lui, nous sommes comblés; en possession de tous les biens créés, nous restons vides. Soumis à lui, nous sommes libres; attachés à la créature, nous sommes esclaves. Le détachement, c’est la libération. L’âme détachée a brisé ses chaînes et, comme l’oiseau, elle monte dans l’air pur qui est sa patrie. C’était le chant de Jésus dans la crèche: « Gloire à Dieu sur les hauteurs et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Trop faible pour en faire retentir les airs, il confie à ses ministres le soin de le jeter aux échos de la colline bénie. Gloire à Dieu! Paix aux hommes! les deux formules et les deux réalités qu’elles expriment, Jésus vient de les réunir après de longs siècles de séparation. Depuis la faute originelle Dieu et l’homme étaient ennemis, ils s’opposaient au lieu de s’accorder. Dieu ne trouvait plus dans l’homme la gloire qu’il en attend; l’homme ne prenait plus en Dieu le bonheur et la paix que seul il peut lui procurer. Le ciel et la terre étaient deux royaumes en guerre, au lieu d’être un commun foyer.

Jésus vient; il est du ciel et il est de la terre; il est Dieu et il est homme. Il est le lien les unissant, il est l’amour les rapprochant, il est la vie naissant de ces rapports rétablis. (…) En lui, il y a Celui qui est adorable et tout ce qui lui doit l’adoration. S’il adore, toute la création s’incline avec lui devant Dieu, et il est le Dieu devant lequel elle s’incline. Ainsi Dieu a sa gloire et l’homme est pacifié. Il apparaît supérieur à tout, plus estimé et plus aimé que tout. Ce petit enfant qui, pour le glorifier renonce à toute satisfaction, affirme sa grandeur. Il renonce à tout parce qu’il le croit plus grand que tout. L’homme a la paix, est pleinement content; en revenant à Dieu, celui-ci le comble. Il n’a plus de désir l’agitant et l’attirant en sens divers. Une seule pensée, un seul désir l’occupent: Dieu. Détaché de tout, il possède le Tout.

Noël, c’est donc le divin détachement séparant de la créature et unissant au Créateur; et Jésus est l’Être unique dans lequel Créateur et créature se sont unis pour nous montrer la réalisation de cet idéal. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 68 ss)

Publié dans Adoration, Amour, Évangile, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Cieux, Contemplation, Désir de Dieu, Détachement, Dieu Père, Incarnation, Jésus, Joie, Kartusija, Kloster, Paix, Paysage, Révélation, Verbe | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Quelle famille !

Avatar de moinillonCarnet d'un ermite urbain

th (3)

 Dans nos familles actuelles, les jeunes n’ont souvent qu’un seul désir: prendre leur envol le plus tôt possible et vivre leur vie à leur façon. Mais il se trouve parfois des situations qui invitent à retarder ce départ.

La vie cachée du Verbe de Dieu sur terre m’a toujours intrigué, ne fut-ce que par sa durée: 30 ans sur 33 ans d’existence terrestre. Chez ses contemporains juifs, le jeune homme prenait femme vers l’âge de 16-18 ans et s’adonnait à  un métier quelconque pour gagner son pain et celui de sa petite famille. Avoir trente ans était donc vu, à l’époque, comme déjà avancé en âge. Pourquoi Jésus a-t-il consacré les 9/10 de sa vie à Nazareth? Voici une humble tentative de réponse: remplir ses obligations de soutien familial!

Rappelons-nous que la situation conjugale de Marie et de Joseph était non seulement spéciale mais … unique! Joseph, homme juste, ne pouvait que…

Voir l’article original 323 mots de plus

Publié dans Dieu | Laisser un commentaire

Aujourd’hui, dans notre chair …

OIP(3)

« Aujourd’hui, dans notre chair est entré Jésus

pour unir en lui les hommes qui l’ont attendu,

et Marie, à genoux, l’offre à son Père:

Gloire à Dieu et paix sur terre, alléluia! »

(Hymne de la Fête)

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

À tous et à toutes, un saint et joyeux Noël!

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Publié dans Adoration, Amour, Évangile, Contemplation, Désir de Dieu, Dévotion mariale, Dieu, Dieu Père, Foi, Incarnation, Jésus, Joie, Marie, Paix, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Une fête souriante et joyeuse

1c

Chartreuse sous la neige ( Chartreuse de Portes, Ain, France)

 En cette avant-veille de Noël, voici comment cette fête traditionnelle est vue par un chartreux, dom Augustin Guillerand. Avec son regard particulier, tout spirituel, ce moine s’y révèle  tout autant que le mystère qu’il contemple:

« Noël est la fête souriante et douce par excellence. Le charme d’un berceau l’enveloppe d’une atmosphère qui attire et épanouit. Les cœurs s’ouvrent devant cet enfant sachant déjà la vie et ses peines, et qui ne craint pas de les affronter pour nous. Son âme toute fraîche renouvelle les nôtres. Les années éternelles  ayant précédé sa naissance ne l’ont pas vieilli; il a l’expérience de tout ce qui a été, il connaît tout ce qui sera et il est jeune comme une fleur qui s’ouvre. Il a la jeunesse de ce qui ne passe pas, la jeunesse de l’éternel présent. Du haut de cette jeunesse, comme d’un sommet infini, il donne le mouvement des choses et il leur communique sa paix. Vues par lui, elles sont toutes belles et bonnes. Vues en lui, elles apparaissent toutes revêtues de cette douceur et de cette beauté. (…)

Noël est la fête de la joie: « Je vous annonce une grande joie » (Luc 2,10) dit l’ange aux bergers. Cette joie a traversé l’histoire, et elle est restée attachée à cet anniversaire. La joie de Noël n’est pas l’absence de peine. Il y a quelque chose de mieux que de supprimer la souffrance, c’est de l’utiliser. Le grand art de Dieu consiste à tout faire servir à ses desseins. Il est la joie infinie et il fait la joie, même avec de la douleur. Voilà pourquoi l’épreuve entoure le divin berceau; la pauvreté, l’indifférence, le mépris, la haine, la persécution et l’exil accueillent ce nouveau-né; ce ne sont pas des ennemis qui le dominent, ce sont des serviteurs répondant à ses appels et exécutant ses ordres.

Trente ans plus tard, du haut de la montagne des béatitudes, devant des foules immenses et devant le genre humain tout entier présent à sa pensée, il criera son étrange secret: «Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux les doux, bienheureux ceux qui pleurent, ceux que l’on persécute ….». Bethléem et l’humble berceau sont ces paroles vécues avant d’être prononcées. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 67 s)

Publié dans Adoration, Amour, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Humilité, Incarnation, Jésus, Joie, Kartusija, Kloster, Liturgie, Marie, Paysage, Recueillement, Sainte Famille, Souffrance, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Miséricorde divine ou l’Amour dans les ténèbres

lumi-re-du-ciel

Dans sa belle méditation sur la Louange à la divine Miséricorde, dom Augustin Guillerand en arrive à préciser le lien entre l’Amour en Dieu (l’Être même du divin) et cette forme d’amour envers les créatures que nous appelons « Miséricorde ». En ce temps de l’Avent, écoutons ce chartreux nous décrire à sa façon la venue du Sauveur sur terre :

« Je t’ai aimé d’un amour éternel, c’est pourquoi je t’ai attiré vers moi par miséricorde » (Jérémie 31,3). Comme vous savez bien, ô mon Dieu, exprimer les nuances ! En vous il n’y a qu’amour, et je ne l’avais pas remarqué encore avec assez de netteté. La Miséricorde n’est que le reflet de cet amour quand sa lumière traverse la zone d’ombre dont le péché nous a enveloppés. La Miséricorde, c’est le mouvement de la lumière dans les ténèbres. «La lumière luit dans les ténèbres » (Jean 1, 5). Elle est venue les illuminer ; elle a quitté son royaume pour les visiter et les refaire à votre image rayonnante ; elle est venue parce qu’elle est l’amour ; elle procède de l’amour ; elle en est le rayon éclatant « candor lucis aeternae » (Sagesse 7, 26). Elle a besoin de se répandre, de se communiquer, de rayonner. Elle porte en elle ce besoin parce qu’elle est née du sein paternel d’où procède ce mouvement. Les ténèbres où elle ne brille pas l’attirent, sollicitent ce besoin; un appel semble en sortir qui lui crie : « Viens en nous ». Cet appel est irrésistible pour elle ; il correspond tellement à ce besoin essentiel de son être qu’elle en sort, qu’elle jaillit, qu’elle s’élance, qu’elle fait ce pas de géant sur la route qui s’ouvre devant elle : « Il s’élance comme un géant pour courir sa carrière » (Psaume 18, 6). Elle devient la Lumière qui se donne aux ténèbres, qui luit dans les ténèbres : et c’est la Miséricorde, l’amour de Celui qui est pour ce qui n’est pas.

Celui qui est peut donner au néant le pouvoir de se donner comme il se donne lui-même, librement et par amour : c’est le privilège de l’homme, la liberté. L’homme peut correspondre à l’Amour ou le refuser. S’il correspond, il s’unit à lui, ne fait qu’un avec lui, partage sa vie et sa grandeur. S’il le refuse, il reste en lui-même, en son néant, mais dans un néant qui aurait pu s’unir à l’Être, qui était appelé à le faire, qui était pourvu de puissances pour s’en emparer et en jouir, et qui a manqué sa destinée, donc tout en lui est manqué, déçu, ruiné. Et c’est là proprement la misère que la divine Miséricorde a voulu secourir. Et c’est là aussi que s’accordent ces deux sœurs que nous ne savons pas assez associer : la Miséricorde et la Justice. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 82 s)

Publié dans Adoration, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Dieu, Dieu Père, Foi, Incarnation, Jésus, Kartusija, Kloster, Miséricorde, Rédemption, Spiritualité, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , , | 3 commentaires

La divine Miséricorde, selon un chartreux

6dfff7d7f66ee75c9ce7f1ec48d0a7f6.1000x727x1

La contemplation de la Passion de Jésus a toujours été un moment fort dans la vie de prière de tout chrétien et, principalement, de tout contemplatif. Dom Guillerand, ce chartreux si éminemment spirituel, n’y échappe pas ! Voici donc sa réaction au mystère du Christ souffrant et à celui non moins important des conséquences dans l’âme de son disciple :

« La Miséricorde, vue du Calvaire, demanderait, pour être qualifiée, un qualificatif qui n’existe pas : il faudrait exprimer ce Dieu qui meurt (il est essentiellement inexprimable), il faudrait sonder l’abîme qui sépare ces deux mots : Dieu et mourir. Il faudrait aussi sonder cette mort et toutes les circonstances dont Celui qui mourait a voulu se parer, simples accidents sans doute, et plus accessibles que l’être qui meurt et que la mort d’un tel être, mais qui n’en dépassent pas moins l’imagination. Il faudrait savoir toute la capacité de sentir, et par conséquent de souffrir, de cet organisme dont tout, littéralement tout, a été brisé, froissé, pressé comme un raisin bien mûr pour en exprimer tout le suc; il faudrait donc connaître l’âme qui l’animait et en laquelle retentissait tous ces coups. Là encore, là comme toujours, il faut s’arrêter. Des perspectives sans fin de torture physique et de martyre moral s’allongent devant mon regard et semblent le défier, défier mon courage à les regarder comme il faudrait. Des âmes saintes l’ont fait, n’ont fait que cela, et, au terme de leur contemplation, ont déclaré: « Nous n’avons même pas entrevu le seuil de cet abîme. »

Du Calvaire, la Miséricorde a répandu ses eaux sur tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, où elle les répand encore, et continuera de les répandre jusqu’à la fin du monde. Mais là encore, là toujours, le mystère se dresse devant moi, me défie, m’écrase. Comment pénétrer les merveilles opérées par la grâce dans une seule âme ? Je dois me résigner encore à confesser une impuissance dont chaque méditation accroît l’évidence et aviverait la douleur si elle n’était pas une louange à Dieu. Heureusement l’Écriture est là, avec ses mots pleins de tendre lumière et de consolation, ses mots qui disent presque tout sans le chercher, au moins tout ce que j’ai besoin de savoir. Je les méditerai peut-être un jour avec plus de détails: de cette source qui me semble si profonde, je pourrai entrevoir quelques-uns des ruisseaux qui arrosent la sainte Cité. Je n’en retiens en ce moment qu’un seul, mais si intensément tendre, et dont les syllabes mêmes ont été toujours pour mon âme comme une caresse de mère: « Je t’ai aimé d’un amour éternel, c’est pourquoi je t’ai attiré vers moi par miséricorde » (Jérémie 31,3). »

(Écrits spirituels, tome 1, page 81 s)

Publié dans Adoration, Amour, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Compassion, Contemplation, Dieu, Incarnation, Jésus, Kartusija, Kloster, Miséricorde, Rédemption, Souffrance | Tagué , , , , , , , , | 3 commentaires

Vivre ou exister?

Le confinement actuel nous oblige à une certaine inertie. Pour certains, habitués à se donner, c’est un véritable enfer; pour d’autres, repliés sur eux-mêmes, rien de bien spécial. Oscar Wilde aimait dire : « Vivre est la chose la plus rare; la plupart des gens se contente d’exister ». On pourrait ergoter longtemps sur toutes les nuances à apporter à cette affirmation dérangeante. N’empêche qu’il est permis de discerner deux groupes de personnes qui, aujourd’hui comme hier, se distinguent par leur comportement envers les autres: aimer ou ignorer, donner ou recevoir, servir ou être servi. Un peu à l’image de deux robinets dont l’un, très ordinaire, met sa joie à donner de l’eau, alors que l’autre, de luxe, se contente d’exister et d’être admiré.

Qui n’a pas rencontré, un jour ou l’autre, telle ou telle personne toute occupée d’elle-même, gentille, belle et avenante mais incapable d’empathie pour les autres. Durant ma longue vie de prêtre, j’en ai été souvent témoin et je les ai vues malheureusement vieillir dans un ratatinement de personnalité, tout à l’opposé de ce qu’elles paraissaient avoir: existences vides, caricatures d’elles-mêmes et surtout incapacité (du moins apparente) de se référer à des valeurs évangéliques, valeurs rarement approfondies. Elles existent mais ne semblent pas avoir vraiment vécu; elles peuvent quitter ce monde sans y laisser beaucoup de regrets.

Tout autre est la vie de ceux et celles qui se sont épanouis dans un amour sincère et qui en ont retiré le besoin de partager ce qu’ils avaient, même si leur bagage au départ était minime : oubli de soi, serviabilité, engagement familial ou social, et tributaires, souvent à leur insu, d’un approfondissement des valeurs évangéliques. Des robinets très humbles mais sur lesquels on peut compter lorsque le besoin d’eau se fait sentir; des êtres qui remplissent facilement des tâches de justice sociale comme allant de soi, sans y être obligés.

Vivre ou tout simplement exister? Ce temps de l’Avent 2020 nous offre le loisir de pouvoir nous regarder longuement dans le miroir de notre conscience et d’y chercher des réponses adéquates. « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » disait le Maître. Puissions-nous, à son image, vivre de cet esprit tout au long de notre existence et apprendre, dans le concret de la vie, qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir!

Publié dans Amour fraternel, Bonheur, Compassion, Dieu, Humilité, Jésus, Miséricorde, Solidarité, Temps présent, Travail, Vie éternelle, vie moderne | Tagué , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires