Un moine chartreux nous parle de Pierre

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 Jean-Paul II à la Chartreuse Serra San Bruno (1984)

Dans son commentaire du quatrième évangile, le chartreux dom Augustin Guillerand s’arrête sur la première rencontre entre Jésus et Simon, frère d’André, et il s’exprime ainsi :

« Jésus le regarda et lui dit : Tu es Simon … tu t’appelleras Pierre. » (Jean 1,42) C’est ce divin regard qui lui découvrit ce que recouvraient les dehors peut-être assez vulgaires de celui qu’on lui amenait. Qu’étaient ces dehors ? Nous n’avons aucune indication à cet égard. Il en est de même de tous ces hommes sur qui devait s’élever un nouveau monde … et même du Maître qui en est le fondement. Les apparences ne comptent pas pour Dieu, sinon un certain reflet du dedans spirituel qui se reflète en elles, mais qu’un premier regard perçoit rarement. Jésus avait certainement cette intuition qui dans l’aspect extérieur devine l’intérieur ; mais il avait surtout le regard spirituel et profond qui d’un coup pénètre jusqu’au fond. Pour lui, ce Galiléen, simple, un peu frustre, assez semblable aux autres  au premier abord, n’est pas seulement une nature riche de possibilités, généreuse, capable de se donner sans réserve, apte aux affaires et au commandement, un chef, c’est surtout la pierre solide, résistante, inébranlable, qui traversera les siècles, qui affrontera toutes les poussées et triomphera de tous les coups, c’est l’homme en qui il peut (…) répandre sa vérité et son amour. Et il met tout cela dans un nom d’où toute provenance charnelle disparaît, un nom nouveau qui vient tout droit de Dieu et qui le voue à lui : « Tu t’appelleras Pierre. »

Cette transformation de nom, qui correspond à une nouvelle forme et à un nouvel être, est spéciale à Pierre. (…) Les conséquences d’un tel acte dépassent tout ce que l’histoire nous en peut dire ; l’éternité  seule pourra les manifester. Ainsi avec Jésus, tout ce qu’il dit et fait a un retentissement infini. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 154 s)

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Une prière qui dit tout

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En nous donnant le Notre Père, Jésus nous a donné la prière par excellence! Voici comment nous l’explique, en termes brefs mais combien éclairants, ce grand docteur que fut saint Augustin d’Hippone au 5e siècle. Un commentaire qui, soit-dit en passant, complète à merveille ce que nous confiait récemment dom Augustin Guillerand à ce sujet:

« Les paroles nous sont nécessaires, à nous, afin de nous rappeler et de nous faire voir ce que nous devons demander. Ne croyons pas que ce soit afin de renseigner le Seigneur ou de le fléchir. Ainsi, lorsque nous disons: Que ton nom soit sanctifié, c’est nous-mêmes que nous exhortons à désirer que son nom, qui est toujours saint, soit tenu pour saint chez les hommes aussi, c’est-à-dire ne soit pas méprisé, ce qui profite aux hommes et non pas à Dieu.

Et lorsque nous disons: Que ton règne vienne, alors qu’il viendra certainement, que nous le voulions ou non, nous excitons notre désir de ce règne, afin qu’il vienne pour nous, et que nous obtenions d’y régner.

Quand nous disons: Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, c’est pour nous que nous demandons une telle obéissance, afin que sa volonté soit faite en nous comme elle est faite au ciel par ses anges.

Quand nous disons: Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, aujourd’hui signifie dans le temps présent. Ou bien nous demandons d’avoir ce qu’il faut en désignant le tout par la partie la meilleure, qui est le pain; ou bien nous demandons le sacrement des croyants qui nous est nécessaire dans le temps présent pour obtenir non pas le bonheur dans ce temps, mais le bonheur éternel.

Quand nous disons: Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, nous rappelons à nous-mêmes et ce que nous demandons et ce que nous devons faire pour être exaucés.

Quand nous disons: Ne nous soumets pas à la tentation, nous rappelons à nous-mêmes ce qu’il faut demander: que nous ne consentions pas à une tentation trompeuse, ou que nous ne fléchissions pas sous une tentation accablante, parce que nous serions privés du secours divin.

Lorsque nous disons: Délivre-nous du Mal, nous rappelons à nous-mêmes qu’il ne faut pas nous croire établis dans ce lieu où nous n’aurons plus à souffrir aucun mal. Et cette demande placée en dernier lieu dans la prière du Seigneur a une telle ampleur que le chrétien soumis à n’importe quelle épreuve exprime sa plainte par elle, verse des larmes par elle, commence par elle, s’y attarde, et termine par elle sa prière. Nous avions besoin de ces paroles pour confier les réalités elles-mêmes à notre mémoire. »

(Lettre de saint Augustin à Proba sur la prière, L. 130, 11,21-12,22)

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Car éternel est son amour !

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Depuis la révolution sexuelle des années soixante, de nombreux catholiques se sont éloignés de la pratique religieuse vu leur situation matrimoniale irrégulière ; d’autres se sont laissé aller à une méfiance exagérée envers une Église qui leur paraissait déconnectée ; d’autres encore sont tombés dans la drogue et toutes sortes d’addictions entraînant un éloignement certain de la vie chrétienne. Dans une société permissive où l’avortement, l’orientation sexuelle, le suicide assisté et l’éducation scolaire ouverte à tout vent deviennent monnaie courante, les jeunes, surtout ceux qui souffrent de l’absence parentale, n’arrivent plus à se retrouver. Que de blessés de la vie !

Dieu aurait-il tourné le dos à ses brebis égarées ? Malgré les apparences contraires, la réponse est un NON retentissant ! « L’appel et les dons de Dieu sont sans repentance », affirme clairement l’apôtre Paul (Romains 11, 29), car rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est, rappelons-nous, un amour ÉTERNEL. « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit … même s’il s’en trouvait une, moi je ne t’oublierai jamais » (Isaïe 49, 15). Le Créateur nous a aimé jusqu’à mourir pour nous, en Jésus son Fils bien-aimé. Cette offrande de Jésus sur la croix demeure un sommet dans l’histoire du salut et rien ne saurait effacer ce pardon général offert à tous les humains. Hélas, encore trop de chrétiens croulent sous le poids de leurs fautes en oubliant que leurs nombreux péchés sont déjà pardonnés. Car si le Seigneur a demandé à Pierre de pardonner à son frère 70 fois 7 fois (c’est-à-dire toujours), à plus forte raison doit-il lui-même pratiquer ce qu’il recommande ! Rappelons-nous également que l’Église de Vatican II nous a fait passer d’une pratique pénitentielle tatillonne et culpabilisante à une rencontre plus relaxe où le confesseur confirme souvent l’état pardonné du pénitent repenti. La démarche devient ainsi  moins fébrile et plus mature !

« À vous qui cherchez Dieu, vie et bonheur » (Psaume 69, 33). La religion chrétienne est une religion de libération et de joie, une religion qui espère contre toute espérance car elle n’est pas fondée sur la perfection de la créature mais sur celle de Dieu : un Père extraordinaire dont l’amour est éternel !

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Rendez au Seigneur la gloire de son Nom !

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La nature automnale est un moyen gracieusement fourni pour entrer en contemplation, une contemplation joyeuse du Dieu créateur : « les arbres des forêts dansent de joie » et « la campagne tout entière est en fête » (psaume 95/96). « C’est le Seigneur qui a fait les cieux », dit le même psaume, « devant lui, splendeur et majesté », d’où la consigne donnée : « Rendez au Seigneur la gloire de son Nom ».

Et voilà … comment pouvons-nous rendre à Dieu la gloire de son Nom ? Jeune moine, je me suis souvent posé la question. Bien sûr, la plus belle louange est notre vie de fidélité chrétienne… mais, cela mis à part, comment verbaliser dans l’instant présent cette réponse à Dieu ? La Bible nous parle de bénédictions et de louanges : deux concepts souvent pris indistinctement l’un pour l’autre mais qui, pourtant, méritent d’être précisés. La bénédiction remercie Dieu alors que la louange proclame sa grandeur. Je béni Dieu de m’avoir donné la santé, je le loue de me faire voir sa force et sa grandeur. La bénédiction suppose donc un bienfait reçu alors que la louange suppose plutôt la prise de conscience des attributs divins (force, grandeur, beauté, etc.).

Me promenant dans le parc-nature qui avoisine mon logement, je peux donc admirer la beauté du feuillage automnal et y voir un rayon de la clarté divine … je le loue de sa grandeur et de sa sagesse. Mais je peux aussi le remercier de me permettre une telle sortie et une telle expérience … je le béni alors de sa bonté envers moi. Ma louange vient de ma connaissance et ma bénédiction de mon affectivité ; c’est donc tout mon être qui rend gloire à Dieu.

REMARQUE IMPORTANTE : «bénir» (du latin bene-dicere, dire du bien) se dit tantôt de Dieu, tantôt de la créature. Lorsque Dieu bénit, sa parole produit un effet mais lorsque la créature bénit Dieu, sa parole ne peut rien effectuer hormis le remercier. Ainsi, Dieu a béni Abraham et lui a donné d’avoir un fils dans sa vieillesse ; Abraham, par contre, en bénissant Dieu ne fait que le remercier. Voilà la différence de sens qu’il ne faut jamais oublier. Une exception importante : celle du prêtre qui bénit ! Agissant au nom de Dieu, le prêtre peut lui aussi bénir une personne ou un objet et produire un changement : soit en appelant sur la personne la faveur divine, soit en attribuant à l’objet (chapelet, médaille, etc.) un caractère religieux qu’il n’avait pas. Mais retenons que, ce faisant, le prêtre ne fait qu’agir au nom de Dieu et participe alors à son pouvoir.

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Ces Papes qui DÉRANGENT !

Léon XIII  (1878 – 1903)                                              François  (2013 –     )

Ma vie d’ermite urbain ne se déroule pas en vase clos mais dans le monde d’aujourd’hui. En tant que catholique, je ne puis faire abstraction de l’Église dans laquelle je vis … de ses joies et de ses problèmes. Comme tout internaute, je suis bombardé quotidiennement de fake news, surtout en ce qui concerne le pape François : pape qui donnerait plus d’importance à l’immigration et à l’environnement qu’à la religion, pape hérétique qui serait ouvert à toutes les erreurs modernes, pape qui voudrait annuler le célibat des prêtres, etc. etc. Qu’en est-il vraiment de tout ça ?

Il y a 2000 ans, un jeune prophète juif dérangeait ses coreligionnaires en leur enjoignant d’aimer leurs ennemis (à l’encontre de plusieurs psaumes qui imploraient la vengeance divine). L’apôtre Pierre dérangeait lui aussi ses frères de Jérusalem en fraternisant avec des païens, des non-circoncis (Actes 11, 1-18). Au cours de l’histoire, on a vu des saints papes (Léon le Grand et Grégoire le Grand, 4e et 5e siècle) quitter leurs occupations ordinaires et prendre les moyens nécessaires pour défendre la ville de Rome contre l’invasion des Barbares. Au 16e siècle, le pape saint Pie V incita les pays catholiques d’Europe à se liguer contre une imminente invasion turque ; ce qu’ils firent victorieusement à la bataille de Lépante, en 1571. Et pourtant, que de critiques de la part des bien-pensants qui voyaient d’un mauvais œil toute action papale hors de la sacristie. 

À la fin du 19e siècle, face à la montée d’une industrialisation sauvage qui asservissait les classes les plus pauvres, le pape Léon XIII écrivit une encyclique sur la question ouvrière  » Rerum novarum « . Comme le fait remarquer Lucio Brunelli (Oss. Rom. 2019, n. 43), aucun pape avant lui n’avait consacré un document magistériel solennel à une question socio-économique. Aux catholiques de l’époque, il a pu paraître étrange de lire dans une encyclique des recommandations sur la nécessité d’un salaire minimum, d’une limite à l’horaire de travail et de conditions plus décentes pour le travail des enfants (en 1891, en effet, on pouvait légalement faire travailler des enfants de 10 ans). Il faudra attendre 20 ans après Rerum novarum pour que la loi fixe à 8 heures la limite maximum d’une journée de travail. Léon XIII était loin d’être un pape révolutionnaire mais cela lui valut néanmoins d’être étiqueté par certains de « Pape socialiste « .

La sauvegarde de la création peut apparaître aujourd’hui moins dramatique que la question ouvrière au 19e siècle, mais (toujours selon Brunelli) les effets des catastrophes environnementales et des changements climatiques bouleversent déjà la vie de millions de personnes sur la planète. Déjà, en 1990, saint Jean-Paul II signalait les signes avant-coureurs de nouveaux phénomènes climatiques préoccupants ; et le pape Benoît XVI, dans un discours en 2011, affirmait sans ambages que « quelque chose ne va pas dans nos relations avec la nature ». Pourquoi Laudato si ? Pourquoi le pape François s’occupe-t-il des changements climatiques, de biodiversité, de plastique et d’Amazonie ? Si l’Église se taisait, elle pourrait être appelée un jour à rendre compte de ses silences, non pas au tribunal des médias, mais sûrement à celui de sa conscience. La voix de l’Église est une voix humble, politiquement impuissante mais objectivement libre et crédible. Remercions Dieu de nous avoir donné, en François, un pape éclairé, courageux et fidèle à sa mission de Pasteur universel.

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Une tâche pas facile, avouons-le !

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Les temps où nous vivons ne sont pas de tout repos. Réfugié dans mon ermitage, j’essaie néanmoins de vibrer avec ceux et celles qui m’entourent. Je vous fais grâce de tous les soubresauts de notre société actuelle (que vous connaissez mieux que moi) mais j’attire votre attention, encore une fois, sur la tâche surhumaine du pape actuel qui s’efforce de mener à bon port la barque de Pierre. Quel est son rôle dans l’Église d’aujourd’hui ?

Le rôle du pape dans l’Église est double : tout d’abord, aimer le Christ de tout son cœur et dans une mesure qui surpasse celle des autres évêques : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? » demandait le Ressuscité à Pierre (Jean 21, 15) ; et puis ensuite aimer les fidèles à lui confiés en se dévouant chaque jour à leur bien-être, surtout spirituel. Le rôle global du pape, de tout pape, est donc de paître l’Église universelle dans l’amour total et dans l’oubli de soi.

Il fut un temps où l’on voyait le Souverain Pontife comme au sommet d’une pyramide, alors que les évêques étaient perçus comme ses lieutenants : vision fausse de l’Église qui fut définitivement écartée par le concile Vatican II. D’ailleurs, la simple lecture des évangiles et surtout des Actes nous montre clairement la vie collégiale des Apôtres. Le Synode sur la synodalité dans l’Église, toujours en cours, en est un très bel exemple. Et tant pis pour ces nostalgiques qui demeurent attachés à cette vieille notion d’Église autoritaire et pyramidale. Pour ceux qui fréquentent les médias sociaux, tel Facebook, il n’est pas rare de rencontrer des groupuscules de catholiques qui mettent en doute ou même critiquent ouvertement l’action du Pape François, certains se réclamant des Lefebvristes, d’autres opposant superficiellement les deux rites de la liturgie (l’ancien et le nouveau) pour en déduire l’invalidité de l’un par rapport à l’autre ; d’autres enfin ne prêtant attention qu’aux «secrets» des diverses apparitions de la Vierge (ou révélations de supposées visionnaires) pour en déduire injustement des reproches envers  l’Église actuelle.

Dans une société aux mille visages, nous sommes donc appelés à revoir les fondements de notre foi personnelle afin de pouvoir justifier publiquement l’espérance qui nous habite. Le rôle du Pape, dans ce domaine,  est primordial en nous confirmant dans la foi des Apôtres. Sa fonction pastorale s’exerce quotidiennement dans ses multiples interventions, discours ou gestes, qui nourrissent nos besoins de connaître la volonté de Dieu sur nous et en notre temps. Même si son charisme d’infaillibilité n’est pas toujours en cause, il ne nous est pas permis d’ignorer ses paroles qui n’ont pour but que d’aider les disciples que nous sommes à se nourrir de la saine doctrine … « pais mes brebis! » (Jean 21, 16 ).

Avouons-le, dans une société de plus en plus individualiste, l’obéissance à toute autorité ne sera jamais facile. L’Église, forcément composée d’hommes et femmes de notre temps, ne saurait être dispensée de soubresauts. Puissions-nous, néanmoins, nous souvenir en ces moments difficiles des paroles du Seigneur à ses Apôtres : « Qui vous écoute m’écoute » (Luc 10, 16). Oui, souvenons-nous de ceux qui nous dirigent, acceptons leurs directives et imitons leur générosité au service de la Foi.

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Le dimanche comme remède à l’oubli de Dieu

 

En 1928, dom Augustin Guillerand, jeune prêtre français entré depuis quelques années à la chartreuse de La Valsainte (Suisse), écrivit un opuscule Liturgie d’âme à l’intention de sa sœur, personne âgée et infirme qui ne pouvait plus se rendre à l’église. Son intention était de l’aider à s’unir aux Offices célébrées ce jour-là à la paroisse. Voici, pour aujourd’hui, un extrait de l’avant-propos qui traite de l’importance du dimanche, jour consacré au Seigneur:

« Le Dimanche est le jour du Seigneur. Le Maître, qui a fait les choses mobiles et le mouvement que le temps mesure, s’est réservé ce jour-là. Il aurait pu se les réserver tous: toute la durée des choses et toutes les choses qui durent lui appartiennent. Il a limité ses exigences à une journée par semaine. (…) À côté de quelques âmes pour qui Dieu est le compagnon aimé, qui peuple tous les lieux et anime toutes les choses, combien malheureusement pour qui il est le grand méconnu et le grand oublié. Le Dimanche est le remède à cette misère. (…) Le Père rappelle qu’il est le Maître; et le Dimanche est son bien réservé.

Par delà l’ordre du Maître, les doux appels du Père retentissent et invitent les âmes à des relations plus nombreuses et plus étroites. Lectures privées, cérémonies publiques, récitations du chapelet, chant des Vêpres, salut et bénédictions du Saint-Sacrement, ce sont autant de moyens que l’Église offre ou recommande à ses fidèles pour que la journée du Dimanche soit vraiment une journée passée à l’église, foyer  de notre Père des cieux. 

Ce ne sont pas les seuls. Chaque âme peut en découvrir, en préférer, en employer d’autres qu’elle trouve plus efficaces et plus doux. Sur ce point nulle obligation. Après l’assistance à la Sainte Messe, tout ce qui fait penser à Dieu, tout ce qui dirige vers lui le mouvement de nos cœurs, tout ce qui l’honore, tout ce qui le fait aimer et régner en nous, tout cela est bon, tout cela est occupation dominicale. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 105 s)

 

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La sanctification du dimanche

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Les juifs ont leur sabbat, les chrétiens ont leur dimanche, les musulmans ont leur vendredi et les athées … leur week-end. Si tous ressentent le besoin d’un repos hebdomadaire, certains y ajoutent une note d’action de grâces envers le Créateur, grand responsable de la vie sur terre. En quoi le dimanche, pour nous chrétiens, revêt-il une si grande importance ? L’assistance à la messe dominicale suffit-elle à observer le troisième commandement de Dieu ? Comment sanctifier le dimanche ? Autant de questions qui exigent des réponses claires et concrètes. Pour ce faire, voici comment s’exprime un texte ecclésiastique qui fait autorité :

450. Pourquoi Dieu a-t-il « béni le jour du sabbat et déclaré saint » (Exode 20, 11) ?

Le jour du sabbat, on fait mémoire du repos de Dieu le septième jour de la création, comme aussi de la libération d’Israël de l’esclavage de l’Égypte et de l’Alliance établie par Dieu avec son peuple.

451. Comment se comporte Jésus par rapport au sabbat ?

Jésus reconnaît la sainteté du sabbat et, avec son autorité divine, il en donne l’interprétation authentique : « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » (Marc 2, 27).

452. Pour quel motif, pour les chrétiens, le dimanche a-t-il été substitué au sabbat ?

Le dimanche est le jour de la résurrection du Christ. Comme « premier jour de la semaine »(Marc 6, 2), il rappelle la première création ; comme « huitième jour », jour qui suit le sabbat, il signifie la nouvelle création inaugurée par la résurrection du Christ. Ainsi, il est devenu pour les chrétiens le premier de tous les jours et de toutes les fêtes : le jour du Seigneur, qui, dans sa Pâque, porte à son achèvement le sabbat juif et annonce le repos éternel de l’homme en Dieu.

453. Comment sanctifie-t-on le dimanche ?

Les chrétiens sanctifient le dimanche et les autres fêtes de précepte en participant à l’Eucharistie du Seigneur et en s’abstenant aussi des activités qui empêchent de rendre le culte à Dieu, qui troublent la joie propre au jour du Seigneur et la nécessaire détente de l’esprit et du corps. Peuvent être accomplies ce jour-là les activités liées aux nécessités familiales ou aux services de grande utilité sociale, à condition qu’elles ne constituent pas des habitudes préjudiciables à la sanctification du dimanche, ni à la vie de famille ou à la santé.

454. Pourquoi la reconnaissance civile du dimanche comme jour festif est-elle importante ?

Pour que soit donnée à tous la possibilité effective de jouir d’un repos suffisant et d’un temps libre permettant de cultiver la vie religieuse, familiale, culturelle et sociale ; de disposer d’un temps propice à la méditation, à la réflexion, au silence et à l’étude ; de se consacrer aux bonnes oeuvres, en particulier au profit des malades et des personnes âgées.

(Compendium du Catéchisme de l’Église catholique)

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Près de la croix se tenait Marie

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Au lendemain de la Croix glorieuse (14 septembre), nous faisons mémoire des douleurs de Marie, douleurs qui trouvèrent leur point culminant au pied de la Croix. Le danger, pour nous, est peut-être d’en rester là, à une vision d’empathie maternelle qui ignore les profondeurs de son union spirituelle au Christ. Écoutons à ce sujet, et avec profit, le bref commentaire qu’en fait notre cher moine chartreux, dom Augustin Guillerand :

« Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère » (Jean 19, 25). Saint Jean use beaucoup de l’imparfait, le temps imprécis qui déborde du temps successif dans la durée éternelle et semble participer des deux. Les savants me donneront de ce fait des raisons savantes. J’aime mieux les raisons simples et contemplatives qui seules sont à la hauteur d’une âme comme saint Jean. « Stabat … elle se tenait », elle restait là, longtemps; elle prolongeait, elle soutenait ce regard, et ce regard la soutenait. Elle n’avait pas d’autres soutien, et il suffisait pendant les heures longues et cruelles. Étaient-elles vraiment longues et cruelles, ces heures ? Oui, indiciblement; et pourtant douces et brèves à la fois, car elle était unie.

Étrange mystère auquel je me heurte à chaque instant, quand je me place moi-même en face d’eux: des souffrances sans nom ! Une joie plus profonde encore ! Jamais leur union n’a été plus complète et profonde, et intimement douce. Elle est la résultante de tant de choses, de tant d’actes et de tant d’heures d’amour ! J’ose à peine y songer. Je vois se lever dans ma pensée ces années qui ont précédé l’Incarnation … puis celles qui ont suivi le temps de gestation où il est vraiment à elle seule. Saint Joseph même, oui, saint Joseph même, ne soupçonne pas la céleste présence. Puis les trente-trois années de l’existence terrestre. Tout a tendu là, à ce stabat pour elle et à cette croix pour Jésus. C’est le sommet de leur vie commune ici-bas. Ils l’ont gravi lentement ensemble … lentement, c’est-à-dire au pas de Dieu qui n’est ni lent ni rapide, mais juste.

Et maintenant encore, immobiles l’un et l’autre, lui fixé sur la croix, elle sur son Crucifié, ils sont dans le mouvement, ils redisent leur « fiat » commun qui a accordé leurs âmes au long de leurs jours. « Elle se tenait là » debout et unie, debout parce qu’unie, toute droite dans le vouloir divin qui est la rectitude infinie, forte de sa force. Je ne puis rien ajouter: je sens tellement que toute son âme est là, dans ce vouloir qui les lie ensemble et à leur Principe … et que tout est là ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 95 s)

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PRIÈRE DE MARIE : croire et approfondir !

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« Elle gardait toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (Luc 2,19)

Dans un monde bruyant où les communications sont en progression exponentielle, il semble difficile sinon impossible de s’arrêter pour prendre le temps de réfléchir. Et pourtant … même au 21e siècle, l’homme demeure un « être pensant ».

Au plan de la foi, le croyant ne peut se dispenser de réfléchir, de méditer sur les vérités révélées qui lui dévoilent sa destinée éternelle. Voici ce qu’en disait un prêtre anglican du 19e siècle, destiné lui-même (une fois converti au catholicisme) à jouer un rôle important au sein de l’Église catholique :

« La foi de Marie ne s’est pas contentée d’acquiescer aux desseins et aux révélations de Dieu: elle les méditait, comme dit le texte. Lors de leur arrivée, les bergers lui dirent avoir vu des anges au moment de la nativité; l’un d’eux leur avait annoncé que l’enfant blotti dans les bras de Marie « était le Sauveur, le Christ Seigneur » (Luc 2,11) . Alors que chacun s’étonnait, Marie, elle, « gardait toutes ces choses, les méditant dans son cœur ». Plus tard, lorsque son Fils, le Sauveur, eut douze ans et qu’il la quitta un moment pour le service de son Père, c’est avec surprise qu’elle le retrouva dans le Temple au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Marie s’étant tournée vers lui, il voulut bien justifier sa conduite. Alors, nous dit-on à nouveau, « sa mère gardait toutes ces choses  dans son cœur » (Luc 2,51). De même, aux noces de Cana, sa foi devança le premier miracle de Jésus, car elle dit aux serviteurs: « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jean 2,5).

Ainsi, la Vierge Marie est notre modèle dans la foi, tant pour accueillir que pour approfondir la divine Vérité. Il ne lui suffit pas de l’accepter, elle s’y arrête; non seulement elle la possède, mais elle en fait usage; consentir, pour elle, demeure insuffisant, elle développe sa foi. Soumettre sa raison ne suffit pas, mais elle raisonne sa foi; non pas à la manière de Zacharie, en raisonnant d’abord pour croire ensuite, mais en commençant par croire, pour ensuite, par amour et révérence, raisonner sur ce qu’elle a cru. Ainsi, symboliserait-elle pour nous, non seulement la foi des simples, mais aussi celle des docteurs de l’Église qui ont à approfondir, à bien considérer, à préciser tout autant qu’à proclamer l’Évangile. »

(Saint John Henry Newman, Fête de la Purification, 1843)

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