Concernant la condition du Ressuscité

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Nous connaissons les faits grâce aux récits évangéliques : le Christ ressuscité apparaît à Marie-Madeleine et aux saintes femmes, aux deux pèlerins d’Emmaüs, aux apôtres réunis au cénacle, à une foule de disciples sur une montagne en Galilée et à quelques apôtres en train de pêcher sur lac de Tibériade. Or, dans toutes et chacune d’entre elles, le Ressuscité n’est pas reconnaissable et doit s’identifier d’une façon ou d’une autre: par la voix (Marie-Madeleine), par la bénédiction du pain (pèlerins d’Emmaüs), par les cicatrices (apôtres au cénacle), par la pêche miraculeuse (au lac de Tibériade). De toute évidence, le Ressuscité n’a pas tenu à être reconnaissable par ses anciens traits physiques. Pourquoi?

Loin de moi la prétention d’apporter une quelconque réponse à ce mystère! Je ne puis que proposer une tentative d’explication qui me semble conforme au Plan de Dieu sur nous. Ce Plan, saint Paul nous en parle comme de la volonté de Dieu de tout réunir sous le Christ et dans le Christ (Éphésiens 1, 10). Avant de nous quitter visiblement, le Ressuscité nous rassura en disant: « Voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 20). Et nous savons que l’Esprit Saint prit la relève en vivant en chacun des baptisés et en les unissant les uns aux autres pour former un seul Corps. Nous sommes donc, depuis 2000 ans, dans un nouvel ordre des choses: le Christ est présent dans son Église mais d’une façon totalement différente du temps où il vivait en Galilée avec ses disciples. Dans une certaine mesure, la présence de Jésus se confond dès lors avec ses membres (« ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ») et aussi avec les chefs de communauté, « qui vous écoute m’écoute ». Que dire également de certains actes liturgiques où c’est le Christ qui prie, qui baptise, qui célèbre, qui pardonne ou qui prêche la bonne nouvelle.

Une fois ressuscité, le Christ n’a donc pas voulu se faire reconnaître de ses disciples par ses traits physiques mais bien par ses INTERVENTIONS suite à certains gestes: prière fervente exaucée (Marie-Madeleine), catéchèse et fraction du pain (pèlerins d’Emmaüs), effort communautaire (pêche miraculeuse), etc. Loin de nous priver de sa présence, il l’a étendue à la totalité de la vie ecclésiale. Un effort de foi nous est évidemment exigé mais celui-ci nous fait accéder à un niveau supérieur qui transcende aisément celui du plan humain d’avant la Résurrection. « Là ou deux ou trois disciples sont réunis en mon nom, je suis là au milieux d’eux ». Quelle consolation pour nous … mais aussi quelle responsabilité!

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Une réconciliation fondamentale

S’il existe une réconciliation profitable entre divers peuples d’un même pays ou entre deux pays en guerre, il en existe une autre tout autrement importante et fondamentale … celle entre la petite créature et son Créateur. Fondamentale, oui, et pourtant si souvent déficiente car « le cœur de l’homme est compliqué et malade » (Jérémie 17, 9). Divorce, avortement, homosexualité, suicide assisté, éducation scolaire déficiente, autant de tristesses devenues monnaie courante ; adultes et surtout jeunes (souffrant de l’absence parentale) n’arrivent plus à se retrouver. D’où nous viendra donc le bonheur auquel nous aspirons de toutes nos forces ? Dieu aurait-il tourné le dos à ses brebis égarées ?

Malgré toutes apparences contraires, la réponse est un NON retentissant ! « L’appel et les dons de Dieu sont sans repentance », affirme clairement l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome (11, 29). Rien ne peut nous séparer de l’amour éternel de Dieu : « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit … même s’il s’en trouvait une, moi je ne t’oublierai jamais » (Isaïe 49, 15). Dieu nous a aimé jusqu’à mourir pour nous, en Jésus son Fils bien-aimé. Cette offrande du Fils sur la croix demeure un sommet dans l’histoire de la Révélation et rien ne saurait effacer ce salut universel offert à tous les humains. Néanmoins, combien de chrétiens croulent sous le poids de leurs fautes en oubliant que leurs nombreux péchés sont virtuellement pardonnés par l’offrande du Christ au calvaire.

« À tout péché, miséricorde » … encore faut-il y croire et demander humblement cette miséricorde ! Prendre conscience de son péché est primordiale. Demander pardon est l’étape suivante : tout croyant peut le faire à tout moment et Dieu ne fait pas la sourde oreille. Quand j’étais jeune (avant Vatican II), l’Église avait la mauvaise habitude de nous prévenir que l’acte de contrition parfaite était rarissime et qu’il nous fallait absolument passer par le confessional. On nous parlait souvent de l’attrition (haine du péché) qui, unie à l’absolution du prêtre, suffisait pour nous rendre l’état de grâces ! Bien, mais j’ai connu des catholiques qui ont ainsi vécu de nombreuses années avec la seule haine du péché mais sans faire aucun acte de contrition parfaite, laissant ça aux « saints ». Ce qui expliquerait que la spiritualité du temps était plus axée sur la peur du péché que sur l’amour de Dieu et du prochain. Avec Vatican II (qui traita les catholiques comme des adultes), la démarche est devenue moins fébrile et plus mature : nous sommes donc passés d’une pratique pénitentielle tatillonne et culpabilisante à une rencontre plus relaxe où le confesseur ne fait souvent que confirmer l’état pardonné du pénitent déjà pleinement repenti. Mais, direz-vous, la contrition parfaite adressée à Dieu ne suffirait-elle donc pas ? Bonne question ! L’expérience nous apprend qu’il existe souvent dans notre vie personnelle des nœuds qui ne se dénouent que par une intervention sacerdotale (d’où l’importance d’une direction spirituelle minimale), sans oublier que notre combat n’est pas uniquement contre la chair et le sang …!

« Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Corinthiens 5, 20). Dans sa grande sagesse, l’Église nous demande de nous présenter au prêtre au moins une fois l’an pour obtenir l’assurance d’être en paix avec Dieu. Faisons cette démarche avec reconnaissance et profitons de ce temps de carême pour accomplir ce précepte ecclésiastique.

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La Passion du corps mystique du Christ

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L’identification des baptisés au Seigneur Jésus est l’une des plus grandes consolations qui puisse nous être donnée … en plus de constituer le fondement de notre espérance d’être un jour auprès de Lui. La célébration prochaine de la Mort et Résurrection du Christ ne se limite donc pas à un événement arrivé il y a 2000 ans, mais elle s’étend également aux souffrances et joies de tous les membres de son corps mystique, c’est-à-dire de l’Église ! En effet, « la passion du Christ est celle de tout son corps » aimait à dire saint Augustin. Pour nous en mieux convaincre, relisons brièvement ce que ce saint docteur affirme à ce sujet :

« Seigneur, j’ai crié vers toi, écoute-moi ! (psaume 140/141) Nous pouvons tous dire cela. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Christ qui le dit. Mais cela est dit davantage au nom de son corps ; car, lorsqu’il était ici-bas, il a prié son Père en portant notre chair, et c’est au nom de son corps qu’il a prié son Père. Tandis qu’il priait, de grosses gouttes de sang sortaient de tout son corps. C’est ce qui est écrit dans l’Évangile : Jésus priait avec plus d’insistance et il eut une sueur de sang. Ce sang qui jaillit de tout le corps, n’est-ce pas la souffrance des martyrs, qui appartient à toute l’Église ?

Seigneur je crie vers toi, écoute-moi ! Entends la voix de ma prière quand je crierai vers toi. Tu croyais, Jésus, avoir fini de crier quand tu disais: Seigneur, j’ai crié vers toi. Tu as crié, mais ne t’apaise pas encore. Si la détresse est finie, c’en est fini de crier ; mais si la détresse de l’Église et de ton corps se maintient jusqu’à la fin du monde, il ne faut pas dire seulement : J’ai crié vers toi, écoute-moi, mais aussi Entends la voix de ma prière quand je crierai vers toi.

Que ma prière, devant toi, s’élève comme un encens, et mes mains, comme le sacrifice du soir. Tout chrétien reconnaît que cela s’entend habituellement de son chef en personne. En effet, tandis que le jour déclinait, vers le soir, le Seigneur sur la croix donna sa vie pour la reprendre ; il ne l’a pas perdue contre sa volonté. Cependant, nous sommes représentés là aussi. Qu’est-ce qui a été cloué au gibet, sinon ce que le Seigneur a reçu de nous ? Et comment peut-il se faire que Dieu le Père délaisse et abandonne son Fils unique, qui n’est avec lui qu’un seul Dieu ? Cependant, en fixant notre faible nature sur la croix, puisque, selon l’Apôtre, l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui, c’est par la voix de cet homme qui est en nous qu’il a crié : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

(Homélie de saint Augustin sur le psaume 140, CCL 2028-2029)

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La folle du logis … et beaucoup plus !

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Le bien-fondé de notre imagination n’a pas à être démontré. Albert Einstein y voit même une preuve de la noblesse du cerveau humain : la créativité en dépend ! Mais bien que l’imagination fasse partie intégrante de notre vie intellectuelle, son contrôle est loin de nous être assuré. Dans ses écrits sur la prière, François de Sale parle souvent de l’imagination comme de « la folle du logis », car elle est souvent source féconde de distractions. La difficulté de se concentrer, hélas, est loin de constituer le seul méfait de cette faculté ; nos convoitises les plus secrètes peuvent devenir, grâce à elle, des réalités quasi palpables à l’exemple des tentations éprouvées par saint Antoine au désert. On se rappellera de lui cet épisode où, ayant discerné dans le sable l’empreinte d’un pied de femme, ce saint moine fut aussitôt assailli de pensées lascives, fruits de son imagination surchauffée.

Dans une nature saine et équilibrée, l’imagination joue un rôle important et essentiel ; dans une nature malade ou épuisée pour diverses raisons, elle peut s’avérer cause de dérapages non minimes. Que ce soit par maladie mentale ou maladie provenant d’addictions, cette « folle du logis » peut devenir complice de nos pires méfaits. Face aux idées compulsives et morbides, les auteurs spirituels ont toujours conseillé de « faire distraction » en s’adonnant à des travaux manuels. Ainsi, dans les déserts d’Égypte, les premiers ermites s’adonnaient-ils régulièrement à la fabrication de paniers d’osier pour fuir l’oisiveté. Ce qui explique d’ailleurs la devise des moines bénédictins : Ora et Labora (prie et travaille).

La solitude n’est donc pas à conseiller à tout un chacun, indistinctement ; tous n’ont pas la vocation d’ermite ! Face aux diverses pandémies, nombreuses sont les personnes qui n’arrivent pas à en assumer les conséquences d’isolement qui s’imposent. On oublie que l’être humain est un être social … pour ne pas dire tribal. Puissent les gouvernements actuels en être plus conscients !

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Savoir prier avec humilité, selon un chartreux

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S’il est naturel pour un croyant de prier, il est par contre plus difficile de prier avec les dispositions requises … la parabole du pharisien et du publicain illustre sans contredit cette triste constatation ! Tout s’enracine dans la qualité de notre foi. Qui est Dieu ? Et surtout, qui suis-je ? « Je suis celui qui est, disait Dieu à Catherine de Sienne, et toi celle qui n’est pas. » La clé de nos relations avec le divin repose donc dans les humbles sentiments qui conviennent à la créature. La vie de tout moine étant axée sur l’humilité, il n’y a pas à se surprendre si notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, y a consacré quelques lignes des plus éclairantes. Écoutons-le :

« L’homme n’existe que si Dieu lui communique l’être. La religion naît de cette communication. Et la prière, qui n’est en somme que la religion en acte, est le mouvement de l’âme qui reconnaît qu’elle reçoit, et qu’elle n’a que ce qu’elle reçoit. Confesser cela, c’est la prière essentielle … et c’est l’humilité. (…) La vraie prière est peut-être une chose très rare parce qu’il y manque cette base nécessaire : la mise en présence du divin interlocuteur. On ne sait pas, on ne songe pas, on ne sent pas assez qu’il est là vraiment, qu’il regarde, écoute, parle, aime et se donne. Il n’est trop souvent qu’une pensée de notre esprit que d’autres pensées supplantent. Il n’est pas le « doux hôte de l’âme », l’Ami et le Père. Avant de commencer la prière, il faudrait se dire et redire intensément cela. (…)

La prière qui se fait dans cet esprit-là est la vraie prière. L’humilité est impliquée dans la foi, dans la soumission respectueuse et adorante de l’âme en prière. (…) L’âme qui prie implore la communication de l’Esprit d’amour ; elle demande à Dieu de se donner à elle ; elle demande donc ce qu’il désire infiniment. Entre ce désir infini de Dieu et la prière de cette âme, il y a donc consonance, harmonie, accord parfait. L’âme humble reconnaît qu’elle n’a pas en elle-même cette tendance à se donner qui est essentiellement divine. Elle reconnaît qu’elle ne peut l’avoir que si l’Amour essentiel la lui communique.

Les exemples de cette toute-puissance de l’humilité sont incontestablement très impressionnants. Jésus, comme il convient, tient la tête, avec son pauvre corps brisé, sa face couverte de crachats, tout son être ignominieusement traité, n’ayant plus même la forme humaine, fait mépris après s’être fait homme, à l’extrême fond de l’anéantissement … et à cause de cela, dit saint Paul, exalté au-dessus de tous et de tout. Après lui, l’humble Vierge : « Il a bien voulu abaisser son regard sur l’humilité de sa servante » (Luc 1, 48). L’humilité, voilà ce qu’il a vu et aimé et écouté en elle, car voilà ce qu’il aime, ce qu’il recherche, ce qui l’attire et le retient, ce qui le lie et l’oblige à notre égard. Ce regard de Dieu sur l’âme qui se fait toute petite devant lui, ce regard qui est communication de Lumière éternelle et d’Amour infini, quelle douceur et quelle force dans la prière ! C’est ce qui soutenait la Cananéenne aux pieds du Sauveur et le centurion en quête d’un miracle. Jésus se rendait à leur supplication qui lui arrachait comme de vive force le prodige demandé et son admiration ravie.

L’humble qui prie se présente avec la force attractive du vide pour l’Être qui veut l’occuper. Nulle résistance à briser, nulle présence à éliminer, nulle transformation à opérer. Il n’y a qu’à entrer, prendre la place, répondre à une attente et combler. « 

(Écrits spirituels, tome 1, page 29-32)

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La pièce manquante

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Tout au long de ma vie de prêtre, j’ai souvent eu l’occasion de rencontrer des personnes qui transpiraient la paix et la joie ; on sentait en elles ce parfum propre aux êtres unifiés intérieurement, on y soupçonnait une force d’âme que rien ne pouvait ébranler. Par contre, j’ai également rencontrer de ces personnes à qui il manquait cette synthèse de vie ; des êtres compliqués, tantôt en recherche tantôt  dans un état d’indifférence qui frôlait le désespoir.

Pourrais-je oublier le père X, confrère de noviciat, compagnon d’étude à Rome, prêtre ami qui malheureusement devait sombrer un jour dans l’ésotérisme et plus particulièrement dans un engouement indéfectible pour la Cosmogonie d’Urantia. Je le revois assis au restaurant, en compagnie d’anciens confrères, tenant en main ce fameux livre de la secte et essayant en vain de nous y intéresser. Après des déboires financiers sérieux, des querelles de famille, deux conjointes, il termina sa pauvre vie dans la solitude et la misère, abandonné de tous y compris des membres de sa secte.

La pièce manquante ? De toute évidence, c’était la foi ! Et j’entends ici la vraie foi, celle qui nous met en communion avec le vrai Dieu et non avec une image fabriquée au gré de nos convoitises. On ne peut inventer Dieu … lui seul peut nous parler de lui-même et il l’a fait merveilleusement par la Création mais surtout par la Révélation telle que transmise par l’Ancien et le Nouveau Testament. On ne peut blâmer Dieu d’avoir été chiche envers nous !

Se priver de la foi chrétienne, c’est se priver de la paix intérieure et se condamner à tourner en rond, perdre beaucoup de temps, du temps qui malheureusement ne reviendra plus. Je prie souvent pour mon ami, le père X, mais que de belles choses il aurait pu accomplir s’il avait conservé la foi.

« Tu nous a faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en Toi! »  (Saint Augustin)

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Et qu’en est-il du fils aîné de la parabole ?

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Le Carême est avant tout un temps de conversion. Normal donc, pour la liturgie, de nous présenter la parabole de l’enfant prodigue (Luc 15, 11-32). Mais si notre réflexion se porte tout naturellement sur le retour du cadet et sur la bonté admirable du Père, avons-nous pour autant accordé au fils aîné toute l’attention qui lui convient ?

Personnellement, j’aime voir en Jésus le véritable frère aîné qui donne sa vie sur la croix pour le retour au bercail de ses frères et sœurs en humanité. C’est bien ! mais cela n’épuise pas pour autant l’importance du personnage de la parabole, le frère aîné, qui se présente comme la fine pointe du récit. Car dans la pensée de Jésus, cet homme tient la place de ces justes qui, tout en pratiquant le bien, voient d’un mauvais œil le bel accueil qu’il fait aux pécheurs repentis ; et c’est pourquoi il raconte précisément cette petite histoire à leur intention (Luc 15, 3). C’est dire que le personnage du frère aîné est central lui aussi et ne doit pas être négligé.

« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (Luc 15, 31). Ces paroles, que le père adresse à son fils aîné pour le calmer de sa colère et l’inviter à la fête du retour, sont des plus réalistes et des plus réconfortantes. Les justes sont eux aussi invités à la fête des retrouvailles et, remarquons-le, sont loin d’être relégués à la dernière place : tout ce qui est à moi est à toi !  Dieu est juste dans ses décisions et n’ignore pas le dévouement quotidien de ceux et celles qui s’efforcent de vivre selon ses commandements. La nécessaire et pénible remontrance à eux adressée aujourd’hui n’annule pas pour autant leur orientation foncière, ni leurs efforts à vivre quotidiennement dans la fidélité. Et puis, soit dit en passant, ne rêvons pas en couleur : le cadet, revenu à la maison, devra lui aussi imiter son frère aîné dans le service quotidien et ce, malgré les souvenirs de sa triste escapade l’incitant peut-être à rejeter encore une fois le joug familial. Les deux frères ont encore du pain sur la planche !

« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi ». Si le chemin qui mène au Salut est étroit, il n’en demeure pas moins un chemin consolant : justes ou convertis, rappelons-nous que nous ne sommes jamais seuls face à la vie ni oubliés de Dieu !

« Oui, mon cœur s’aigrissait, j’avais les reins transpercés.

Moi, stupide, comme une bête, je ne savais pas, mais j’étais avec toi.

Moi, je suis toujours avec toi, avec toi qui as saisi ma main droite,

Tu me conduis selon tes desseins; puis tu me prendras dans la gloire. »

(Psaume 73, 21-24)

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Et la lutte se poursuit …

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L’entrée en Carême nous a présenté le séjour de Jésus au désert et ses démêlés avec le Prince de ce monde. Même après l’avoir vaincu quelques années plus tard, au Calvaire, le Christ ne cesse de l’affronter sur terre pour consolider son Église. Derrière nos combats personnels, il ne faut donc jamais perdre de vue ce Tentateur qui, dans un dernier effort désespéré, essaie par tous les moyens de nous affaiblir. « Votre adversaire, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » écrivait saint Pierre (1 P 5,8). Et saint Paul de préciser : « Ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, … les Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes » (Éphésiens 6,12). À son fidèle disciple, Timothée, l’Apôtre déclare sans ambages : « L’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s’attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques » (1 Tm 4,1).

Serions-nous rendus dans ces «derniers temps» ? Toujours est-il qu’on ne peut ignorer la dégradation actuelle de notre société qui va s’accélérant : attaques répétées contre la famille (union libre, limitation des naissances, avortement, divorce, mariage pour tous), contre la personne (homosexualité, transgenre, suicide assisté, exaltation des droits en oubliant les devoirs) Et que dire des efforts finement dissimulés pour restreindre la liberté religieuse, liberté d’opinion, etc.. Quant à la situation politique, il suffit de prendre un peu de recul pour discerner, selon l’affirmation du Pape François, une mise en place d’éléments propices à une troisième guerre mondiale. Rien de bien rassurant !

Néanmoins, malgré cette lutte à mort engagée à la suite de Jésus, l’Église conserve une invincible espérance : Satan, déjà vaincu, n’a plus qu’un pouvoir limité ! La fin des temps verra sa défaite définitive et celle de tous ses complices. Que ce carême nous redonne courage en nous rapprochant de Jésus ! Détachons-nous une fois pour toute des distractions qui nous entourent pour nous recentrer sur  l’Essentiel : l’Amour infiniment miséricordieux de notre Père céleste !

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Jésus, nouveau législateur

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Les interventions de Dieu le Père sont rarissimes dans l’Évangile. On en dénombre trois : lors du baptême de Jésus au Jourdain (Marc 1, 9-11), lors de sa transfiguration sur la montagne (Matthieu 17, 1-9) et à Jérusalem, la veille de sa passion, (Jean 12, 27-30). Si la première intervention s’adresse avant tout à Jésus (et secondairement à Jean qui le baptise), les deux suivantes s’adressent aux différents spectateurs : soit les trois apôtres qui l’accompagnent, soit la foule qui l’entoure. En ce deuxième dimanche du Carême, la liturgie nous présente le récit de la Transfiguration de Jésus en vue de faire contre-poids aux horreurs de la passion à venir : transfiguration pour mieux supporter la défiguration !

Comme il fallait si attendre, cet épisode évangélique haut en couleur a fait le bonheur des artistes au cours des siècles. Malheureusement pour nous croyants, la très grande majorité des peintres s’est uniquement intéressée au début de la vision (luminosité du visage et des vêtements, présence mystérieuse d’Élie et de Moïse) en oubliant l’essentiel, soit l’intervention et les paroles même du Père qui désignent Jésus comme nouveau législateur « Celui-ci est mon Fils … écoutez-le« . Car ces paroles, notons-le, sont prononcées en présence de Moïse, considéré jusqu’alors comme le législateur par excellence. Difficile pour un chrétien d’aujourd’hui de se mettre dans la peau de ces trois galiléens qui, tout en étant émerveillés de la transfiguration elle-même, n’ont été saisis de frayeur qu’à la vue de la nuée lumineuse qui les recouvrit (à la toute fin de la vision) et surtout à l’écoute de la voix venant de cette nuée : « Et ayant entendu, ils tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte » (Matthieu 17,6). Pour eux, comme pour leurs coreligionnaires nourris des Écritures, il s’agissait sans aucun doute d’une théophanie, d’une manifestation du Dieu d’Israël ! Et cet Être divin leur enjoignait de donner prépondérance à l’enseignement de Jésus sur celui de Moïse : « Écoutez-le ! ». Avertissement salutaire et prophétique pour une future Église appelée à s’ouvrir à une chrétienté non-juive et à mettre de côté tôt ou tard la circoncision ainsi qu’une multitude de prescriptions mosaïques.

Finalement, et au grand dam des artistes en cause, il faut bien reconnaître que ceux-ci se sont drôlement fourvoyés en attribuant faussement cette prostration des apôtres au phénomène de la transfiguration alors que le texte biblique n’y parle que d’un étonnement de leur part et de quelques paroles de Pierre sur l’opportunité de construire des tentes pour les visiteurs. Erreur de parcours sans doute ; mais il est vrai que les compositions artistiques, même grandioses, ne sauraient remplacer la lecture toute simple du texte évangélique !

CONCLUSION: même si la transfiguration physique du Christ a inspiré à bon droit une production artistique intéressante ainsi qu’une non moins abondante littérature spirituelle sur la déification de l’âme du croyant, il n’en reste pas moins que la fine pointe de ce récit se résume à une déclaration solennelle de la part de Dieu sur le rôle de Jésus comme législateur : « Écoutez-le ! ». L’apôtre Pierre, dans sa deuxième lettre pastorale, n’hésitera pas à revenir sur cet événement historique en soulignant l’importance de cette prise de parole du Père: « Cette voix, nous l’avons entendue ; elle venait du Ciel, nous étions avec lui (Jésus) sur la montagne sainte » (2 Pierre 1, 18).

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Qui perd, gagne !

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Après avoir accompli, au nom de l’humanité, sa démarche pénitentielle au Jourdain et y avoir reçu un double baptême (d’eau et d’Esprit Saint), à quoi Jésus pouvait-il s’attendre? Une mort sacrificielle à brève échéance ? Un long apostolat du genre prophétique ? Or voici, contre toute attente, que l’Esprit le pousse au désert pour lui procurer un temps d’approfondissement et de mise à l’épreuve. Car les paroles entendues au Jourdain « Tu es mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma complaisance » résonnent encore aux oreilles du charpentier de Nazareth. En plus d’être une approbation implicite de son projet de salut universel, ces paroles sont porteuses d’une révélation officielle de son lien avec le Dieu d’Israël : « Tu es mon fils« .

La solitude désertique sera donc pour le Christ le lieu providentiel pour approfondir et son être et sa mission. Sa connaissance intime des saintes Écritures (on sait l’intérêt qu’il y portait déjà, à l’âge de douze ans, au Temple de Jérusalem), ainsi que sa mémoire humaine, sûrement bien développée, lui permettront une méditation biblique quotidienne. À preuve, sa joute oratoire avec le Tentateur (qui utilisera les textes du Deutéronome 6 et 13 et du psaume 91). Il aura également le loisir de méditer profondément ses textes préférés du prophète Isaïe : celui concernant le Serviteur de Yahvé au ch. 53 ( » Il a été transpercé à cause de nos péchés … ») qui inspira manifestement sa démarche pénitentielle au Jourdain ainsi que celui du ch. 60 ( » L’Esprit du Seigneur est sur moi car il m’a envoyé … ») qu’il commentera à la synagogue de Nazareth.

Mais revenons à ses tentations au désert. N’allons pas sous-estimer l’astuce du Tentateur qui, conscient de l’importance de cette révélation officielle de filiation divine au Jourdain, s’y attaque immédiatement pour ébranler si possible la conviction de Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre… Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas … » (Luc 4, 1-13). Et cet Esprit maléfique y reviendra tout au long du ministère public et de façon plus intense au Golgotha par l’entremise des spectateurs et des grands prêtres « Si tu es Fils de Dieu, descends de la croix » . Jusqu’à quel point, ces paroles proférées par les passants, les grands prêtres, les anciens et les scribes auront pesé sur la dernière tentation du Christ, nous ne le saurons jamais … mais la plainte échappée du haut de la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » pointe vers une terrible angoisse qu’on ne saurait minimiser. Celui qui voulait sauver le monde aura donc bu la coupe jusqu’à la lie ! Néanmoins, et dans un dernier sursaut de confiance, le Sauveur va conclure sa vie terrestre dans un acte de filial abandon :  » Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » (Luc 23, 46). Et, ce disant, il expira. La terre trembla, nous dit saint Matthieu et, à la vue du séisme et de ce qui se passait, le centurion et les soldats qui le gardaient, saisis d’une grande frayeur, ne purent qu’avouer : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Matthieu 27, 54)

« Qui perd, gagne » dit l’adage. Par un renversement providentiel des situations, le Tentateur du désert, qui croyait pouvoir finalement triompher du Messie par sa mise à mort, aura finalement perdu le combat de façon définitive et irrévocable !

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