Héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ !

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Chrétiens et chrétiennes, nous constituons un peuple, un peuple en marche vers le Ciel, ce pays de lumière qu’on pourrait définir comme l’état d’union totale à Dieu. Déjà par le baptême, unis au Christ et plongés dans l’Esprit Saint, nous avons rencontré dans la foi cet Être mystérieux et unique, ce Dieu Très-Haut que nous appelons Père. Mus par l’espérance chrétienne, nous avons alors débuté notre marche vers ces hauteurs appelées « montagne de Sion, cité du Dieu vivant, Jérusalem céleste » et vers ceux et celles qui nous y ont précédés, à savoir, les « myriades d’anges » et les « esprits des justes rendus parfaits », foule céleste décrite dans la lettre aux Hébreux (12, 22-24) et jouissant déjà de la vision de Jésus « médiateur d’une alliance nouvelle » et de Dieu « Juge universel ». 

L’Évangile, tout en parlant de ce bonheur à venir, nous le présente comme un épanouissement de notre vie spirituelle :  » Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui seront semblables, parce que nous Le verrons tel qu’Il est.  » (1 Jean 3, 2).  Est-il possible d’avoir un avant-goût de cette rencontre ? Très certainement, nous dit Jésus: « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean 14, 23). Et voilà ! Depuis 2000 ans, des milliers de chrétiens fervents, moines et moniales, se sont consacrés à l’ascèse et à la prière contemplative dont ils ont retiré d’immenses profits.

La vie après la mort n’est donc pas un voyage astral ou une excitante rencontre de parents ou d’amis  (projections humaines très compréhensibles  mais trop souvent sans aucune référence à Dieu). Non ! La vie céleste et bienheureuse n’est pas un dû à tout un chacun mais un privilège gracieusement accordé par Dieu à ceux et celles qui auront été fidèles au Christ (« Nul ne va au Père que par moi « ). Tout comme saint Paul, n’ayons donc aucune honte d’attendre l’héritage promis :  » Héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui  » (Romains 8, 17). Amen !

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La sanctification progressive du monde

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« De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jean 7, 38)

La venue de Jésus sur terre a certainement marqué l’histoire humaine de façon extraordinaire et indélébile : le Créateur s’est abaissé à notre niveau pour venir réparer le gâchis créé par l’homme. Heureuse faute, dira quand même saint Augustin, qui nous a mérité un si grand Rédempteur. Prévue de toute éternité, l’Incarnation du Fils s’est révélée le sommet de la création, une création n’ayant d’autre but que de dévoiler le mystère de Dieu : un Amour infiniment miséricordieux .

Dieu aurait pu décréter pour nous un salut définitif et sans recours possibles (comme pour les anges) ; il a plutôt voulu nous associer à ce salut en nous laissant libres de l’accepter ou non. D’où l’envoi des Apôtres dans le monde entier, non pour nous contraindre mais pour nous inviter au festin messianique. Et depuis deux mille ans, l’Église ne cesse de remplir cette mission, grâce à l’Esprit Saint qui l’habite : une mission accomplie progressivement, conforme à la prophétie d’Ezéchiel qui déjà, vers l’an 580 avant notre ère, avait entrevu ce salut dans la vision d’un mince filet d’eau coulant du côté droit du Temple de Jérusalem, puis devenant peu à peu un fleuve infranchissable : eau miraculeuse se déversant dans les steppes  désertiques et  y assainissant tout ce qu’elle touchait (Ézéchiel 47, 1 ss).

Jésus est ce nouveau Temple auquel nous sommes intégrés. De son côté blessé par la lance, il laissa s’écouler de l’eau et du sang … symbole de l’Esprit Saint obtenu par son offrande sur la croix. Cette eau vive coule depuis 2000 ans et ne cesse de féconder le cœur des humains ; deux mille ans de générosité, de dévouement, de créativité, de présence fraternelle dans un monde presque toujours rébarbatif. Un travail apostolique impossible à réaliser sans la présence bienfaisante de l’Esprit Saint. Quel honneur et quelle joie, chers amis, que d’être associés à ce processus de sanctification mondiale ! On comprend la fierté de saint Paul qui s’écriait : « Grâces soient à Dieu qui, dans le Christ, nous emmène dans son cortège triomphal et qui , par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance » (2 Corinthiens 2, 14).

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L’Eucharistie comme moyen d’union

Procession de la Fête-Dieu (Chartreuse Scala Coeli, Portugal)

En ces jours où l’Église célèbre la fête du Saint-Sacrement (appelée aussi Fête-Dieu), voici une méditation de dom Augustin Guillerand sur l’Eucharistie comme moyen d’union à Dieu (son point de départ est la fraction du pain, à la messe) :

« Mon Dieu, mourir n’est pas un terme. Vous êtes la Vie infinie ; c’est pour vivre et faire vivre que vous êtes mort et que vous renouvelez votre mort sur l’autel. Votre rêve, c’est l’union et c’est la communication de votre vie par l’union. Vous l’avez dit en termes inoubliables, immédiatement après votre première messe au Cénacle : Mon Père, je vous en prie, que tous ceux qui croient en moi soient un comme vous et moi nous sommes un : faites-les entrer dans l’unité parfaite de votre amour (Jean 17,20s).

Cette unité, ce terme suprême de votre vie et de votre mort, votre immolation la prépare et la permet ; elle ne la réalise pas. La Messe n’est un sacrifice que pour être une communion. La communion, c’est-à-dire l’union qui fait que tout est commun, voilà où vous me conviez et où vous voulez me conduire.

Voici l’Agneau de Dieu (Jean 1,29), disait saint Jean-Baptiste en vous montrant. L’agneau pascal dont vous venez prendre la place était une victime, une victime dont on se nourrissait ; victime et nourriture ! C’est ce que vous avez voulu, c’est ce que vous avez exprimé au Cénacle : Prenez et mangez, c’est ce que vous répétez sur l’autel. Quand il s’agit de manger, il faut que l’aliment soit à la portée de celui qui mange ; il doit être rompu, divisé, réduit en morceaux. O divine nourriture, vous ne reculez pas devant cette extrémité. Vous vous laissez briser comme vous vous êtes laissé tuer … afin de nous unir ! »

(Écrits spirituels, tome 2, page 129)

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Tantum ergo sacramentum !

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« Un si grand sacrement ! » La fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ (ou Fête-Dieu) ne laisse pas indifférents les catholiques de tous âges. Loin d’être une répétition de la fête du Jeudi Saint (institution de l’Eucharistie), elle est une affirmation solennelle de la Présence permanente du Seigneur dans son sacrement d’amour. Face aux hérétiques des 12e-13e siècles qui niaient ou limitaient cette présence à la durée de la messe, l’Église romaine a senti le besoin d’y répondre par l’institution, en 1264, d’une fête grandiose avec procession et adoration publiques.

Voici quelques strophes de la séquence Lauda Sion  composée pour la messe de cette nouvelle fête (à la demande du pape) par cet éminent théologien que fut saint Thomas d’Aquin :

« C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang.

Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature.

L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin.

Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces.

On le reçoit sans le briser, le rompre ou le diviser ; il est reçu tout entier.

Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître.

Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. (…) 

Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens.

D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères.

Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. 

Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie des saints. Amen. »

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Un Dieu transcendant ?

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Certains chrétiens hésitent à voir Dieu au ciel, au-dessus d’eux; ils préfèrent de beaucoup un Dieu parmi eux, à stature humaine. L’homme primitif, plus sensible à ses propres limites, n’avait pas cette tendance égalitaire qu’est la nôtre. L’humilité face à la divinité n’aura jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui, alors que les images hiératiques de Dieu et des saints tendent à s’estomper au profit de représentations à mesure humaine … et pourtant, Jésus n’hésitait pas à affirmer: « Vous donc priez ainsi: Notre Père qui es DANS LES CIEUX » (Matthieu 6, 9). Malgré sa présence parmi nous, Dieu conserve toute sa transcendance !

Un Dieu qui planifie. Il fut un temps où rien n’existait … sinon Dieu ! Même la notion de temps, dans ce contexte, n’avait aucun sens. Inutile de chercher l’élément déclencheur de la création, la Pensée de Dieu nous échappe ! Nous savons quand même, par la révélation, que Dieu est Amour et que l’amour authentique tend au partage. En réfléchissant sur les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, il est facile d’y discerner une Pensée divine décrétant  de toute éternité  cette manifestation de l’Amour, manifestation réalisée par la création et bonifiée par la révélation. Cette planification, ce décret ou « dessein bienveillant » (Éphésiens 1, 9), s’exprime dans le temps par la Providence. C’est là l’œuvre attribuée à DIEU LE PÈRE.

Un Dieu qui agit. Nous pouvons avoir de beaux projets mais la plupart d’entre eux demeurent souvent à l’état embryonnaire. Il n’en est pas ainsi en Dieu : pour lui, vouloir c’est faire ! Remarquons que, dans la Bible, les grands moments de  l’agir  divin sont attribués à l’Esprit Saint. Ainsi, à la création,  l’Esprit de Dieu planait sur les eaux originelles (Genèse 1, 2) ; au désert, la nuée lumineuse assurait la présence active de Dieu auprès du peuple (Exode 13, 21) ; dans l’évangile, l’ange Gabriel annonce à Marie que cette même nuée, l’Esprit Saint, la couvrira de son ombre (Luc 1, 35) ; et c’est lors de son  baptême dans l’Esprit Saint  que Jésus débutera officiellement son ministère public (Jean 1, 32). Enfin, la Pentecôte témoignera du don communautaire de l’Esprit comme élément fondateur de l’Église. Donneur de vie, l’ESPRIT SAINT est Dieu qui agit.

Un Dieu qui réjouit. « Quand je rencontrais tes paroles, Seigneur, je les dévorais; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur » (Jérémie 15, 16). Cette affirmation du prophète exprime bien le rôle irremplaçable de la Parole de Dieu comme source de joie pour tout croyant. Parole créatrice, parole éclairante, encourageante ou menaçante, elle ne laisse personne indifférent car elle est d’origine divine … cette parole est le Verbe de Dieu ! Et ce Verbe s’est fait chair il y a deux mille ans : sa vie, son ministère, sa mort et sa résurrection sont devenus autant de motifs de réjouissance pour tous les humains. Voilà donc une Parole qui réjouit en manifestant le plan miséricordieux du Père. Et quelle destinée nous propose-t-elle ? « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jean 12, 26).  Doux et humble de cœur, JÉSUS, VERBE DE DIEU, est bien ce Dieu qui nous réjouit en nous dévoilant l’Amour du Père et l’avenir prometteur qui nous attend !

En terminant, n’ayons garde d’oublier que ces images des Personnes divines, toutes inspirantes qu’elles soient, ne sont qu’un faible aperçu de ce qu’Elles sont en réalité. Des auteurs spirituels, tel dom Augustin Guillerand, se sont efforcés de discerner vaille que vaille les rapports intimes de ces Personnes entre elles dans la simplicité d’une seule Nature; cependant, force est d’avouer que les théories adéquates, en ce domaine, nous échappent. Pouvons-nous quand même espérer en connaître d’avantage, un jour ? Il semble que oui, car le Maître nous affirme que le meilleur est à venir : «Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu» (Matthieu 5, 8).

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Le Christianisme est-il une nouvelle religion ?

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La fête de la Très Sainte Trinité, si elle est mal abordée, peut devenir un cauchemar pour tout prédicateur bien intentionné. Si l’on s’arrête au casse-tête insurmontable de l’existence de trois personnes en un seul être … on ne peut que se perdre dans les dédales d’un raisonnement stérile. En nous présentant cette fête aujourd’hui, l’Église n’a aucunement l’intention de nous faire comprendre un mystère incompréhensible mais, bien plutôt, d’en vivre!

Mais tout d’abord, rappelons-nous que Jésus n’est pas venu fonder une nouvelle religion mais uniquement accomplir les promesses de Dieu faites à Israël. Jésus est né Juif et de religion juive ; il a toujours été fier d’être membre du Peuple choisi et n’a jamais renié ses racines. S’il a critiqué les abus religieux de son temps, c’était par amour pour Dieu et pour ses congénères. Il est mort et ressuscité pour le salut de tous mais, avant tout, pour ses frères et sœurs juifs. L’apôtre Pierre s’adressant aux habitants de Jérusalem (le jour de la Pentecôte), ne pouvait être plus clair : « c’est pour vous (les Juifs) qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin (les non-Juifs), en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Actes 2, 39). Il est vrai que, par la suite, beaucoup de Juifs vont refuser d’accepter Jésus comme Messie et ils iront même jusqu’à persécuter les premiers chrétiens pour ensuite les expulser officiellement de la Synagogue, vers les années 90, lors d’une assemblée générale à Jamnia. Au dire de saint Paul, les Juifs se sont eux-mêmes coupés inconsciemment de la racine sainte pour que les païens convertis puissent y être greffés mais leur retour est néanmoins prévu dans un avenir éventuel (Romains 11, 1-36). Notre religion chrétienne est donc en pleine continuité avec la religion vécue durant des siècles en Israël, religion nourrie par les prophètes, puis accomplie, purifiée et simplifiée par le Christ avant d’être prêchée par les Apôtres sous la mouvance de l’Esprit Saint.

Ceci étant dit, la révélation progressive de l’existence des trois Personnes divines (Père, Fils et Esprit Saint) ne saurait être vue comme une nouveauté radicale mais bien plutôt comme l’épanouissement d’un processus normal. La lecture des derniers livres de l’Ancien Testament (Proverbes, Ben Sira et Sagesse, entre autres) nous laisse en effet percevoir une évolution certaine de la pensée religieuse quant à la préexistence mystérieuse auprès de Dieu d’une Sagesse qui tantôt s’apparente au Verbe tantôt à l’Esprit. Le quatrième évangile (écrit vers la fin du 1er siècle) ne pourra que porter à terme cette révélation en parlant clairement de la divinité de Jésus et de l’Esprit. L’Église du 4e siècle, confrontée à certaines hésitations doctrinales, énoncera clairement le contenu de la Foi : « Un seul Dieu en trois Personnes » (Concile de Nicée, en 325, et celui de Constantinople, en 381).

Et maintenant, comment pouvons-nous vivre de ce mystère ineffable de la Très Sainte Trinité ? Tout simplement à la façon des justes de l’Ancien Testament (amour de Dieu et amour du prochain) mais à la lumière des conseils évangéliques et avec une connaissance plus précise de nos liens avec les trois Personnes divines (grâce à une intensité de vie spirituelle : la vie dans l’Esprit ). Même s’il opérait silencieusement depuis toujours dans les membres du Peuple élu, l’Esprit Saint ne le faisait qu’en lien avec des lois écrites et non comme Loi intérieure gravée dans le cœur des croyants. Grâce à cette Onction qui désormais les habite, les Chrétiens comprennent mieux les Écritures, la personne du Messie, sa relation avec le Père, et l’héritage qui les attend au Ciel. Si Jésus de Nazareth n’est pas venu fonder une nouvelle religion, il a su par ailleurs mener à son accomplissement le potentiel insoupçonné de la religion juive. Au niveau organisationnel, il est également vrai que, comme le vin nouveau requiert de nouvelles outres, ce nouvel Esprit, en regard des institutions mosaïques, ne pouvait qu’exiger un cadre totalement renouvelé, soit l’Église.

Vivons donc en paix, chers amis, car nous sommes dans la bonne voie et la bonne religion (celle de Jésus de Nazareth) : « Il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. » (Éphésiens 4, 4-6)

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Dans le vent de l’Esprit

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Les changements climatiques nous habituent peu à peu à ces sautes d’humeur de mère Nature qui ne cessent de nous impressionner. Mais, à bien y penser,  les bourrasques de vent existent depuis toujours et leur apparition soudaine n’a jamais cessé de nous surprendre.

 Jésus a utilisé ce phénomène naturel pour nous parler de la vie dans l’Esprit qui caractérise si bien le modus vivendi (style de vie) du chrétien. « Le vent souffle où il veut, disait-t-il un jour à Nicodème, tu entends sa voix mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jean 3,8). Jésus parle en connaissance de cause puisque tout son ministère est redevable à cette mystérieuse influence de l’Esprit Saint.

Lors du Baptême de Jésus, nous avons assisté à cette descente de l’Esprit (sous la forme d’une colombe) alors qu’il était en prière, après avoir été baptisé par Jean dans le Jourdain. Ce fut pour lui le signal d’une nouvelle aventure qui le conduisit tout d’abord au désert puis dans les divers villages de Galilée. Voici la raison qu’il en donne à ses concitoyens de Nazareth, réunis à la synagogue du village et tout ébahis de l’entendre s’exprimer avec une telle grâce : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne nouvelle aux pauvres … » (Luc 4,18)

Se laisser conduire par l’Esprit suppose évidemment une grande attention à ses inspirations, lesquelles peuvent être soudaines et déconcertantes. Le silence intérieur et l’esprit de prière sont essentiels ici, non seulement pour discerner ces inspirations mais aussi pour bien décortiquer le vrai du faux. Serait-ce là une nouvelle spiritualité ? Pourtant l’apôtre Paul nous avertit que la vie dans l’Esprit est ce qu’il y a de plus essentiel et de plus normal chez un chrétien: « Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. » (Romains 8,14)

Sommes-nous sous la mouvance de l’Esprit ? Bonne question ! L’apôtre Jean nous répond, dans sa première lettre (1Jean 3 et 4), qu’il y a deux conditions à remplir : foi en Jésus-Christ et charité fraternelle. Si telle est notre situation, il n’y a plus qu’à prendre notre planche à voile et à se laisser emporter par le vent de l’Esprit. Bonne randonnée !

Planche à voile
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L’ESPRIT SAINT en tant qu’âme de l’Église

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Le temps pascal nous a sensibilisés à l’importance du Ressuscité dans notre vie personnelle ; y aurait-il quelque chose de valable à ajouter en traitant de l’Esprit Saint ? Oh que oui ! S’il est vrai que l’Esprit Saint est une eau qui lave, qui désaltère, qui engendre à la vie d’enfant de Dieu, il n’en demeure pas moins que son rôle s’étend également à la vie communautaire de l’Église. Mais laissons la parole au meilleur catéchète des Pères de l’Église (saint Cyrille de Jérusalem) pour qu’il nous éclaire davantage sur ce point :

« L’Esprit Saint a beau être un, simple et indivisible, il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté. De même que le bois sec, associé à l’eau, produit des bourgeons, de même l’âme qui vivait dans le péché, mais que la pénitence rend capable de recevoir le Saint-Esprit, porte des fruits de justice. Bien que l’Esprit soit simple, c’est lui, sur l’ordre de Dieu et au nom du Christ, qui anime de nombreuses vertus. Il emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse ; il éclaire par la prophétie l’âme de celui-là ; il donne à un autre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d’interpréter les divines Écritures. Il fortifie la chasteté de l’un, il enseigne à un autre l’art de l’aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l’ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. Différents chez les différents hommes, il n’est pas différent de lui-même, ainsi qu’il est écrit : Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. Son entrée en nous se fait avec douceur, on l’accueille avec joie, son joug est facile à porter. Son arrivée est annoncée par des rayons de lumière et de science. Il vient avec la tendresse d’un défenseur véritable, car il vient pour sauver, guérir, enseigner, conseiller, fortifier, réconforter, éclairer l’esprit : chez celui qui le reçoit, tout d’abord ; et ensuite, par celui-ci, chez les autres. » (Catéchèse sur le Saint Esprit, PG 940-941)

N’ayons donc aucun scrupule à donner beaucoup d’importance à l’Esprit Saint. Il est l’Esprit commun du Père et du Fils, et il vient parfaire en nous l’action bienfaisante du Ressuscité. Cependant, son action ne se limite pas aux individus … elle est également sociale car, comme vient de le dire saint Cyrille :  » Il vient éclairer l’esprit de qui le reçoit, tout d’abord, et ensuite, par ce dernier, éclairer les autres « . Jésus ne s’est-il pas laissé guidé par lui, dans tous les domaines, durant sa vie publique ? Alors faisons de même, sachant que nos actions peuvent se répercuter sur les autres à notre insu !

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Je crois au SAINT-ESPRIT !

Throne Bernini Holy Spirit Dove, Saint Peter's Basilica in Rome

ROME, ITALY – AUGUST 24, 2018: Throne Bernini Holy Spirit Dove Saint Peter’s Basilica Vatican Rome Italy. Bernini created Saint Peter’s Throne with Holy Spirit Dove Stained Glass Amber in 1600s

La foi en l’Esprit Saint nous est familière. Notre récitation du « Je crois en Dieu » nous la rappelle régulièrement. Cependant beaucoup de personnes n’y croient pas (ainsi les Juifs et les Musulmans) ou l’expliquent à leur façon (Protestants et autres chrétiens). Qu’en est-il des Catholiques ? Relisons brièvement dix petites questions à ce sujet tirées du Compendium du Catéchisme de l’Église catholique :

136. Que veut dire l’Église quand elle professe : « Je crois au Saint-Esprit » ?

Croire en l’Esprit Saint, c’est professer la troisième Personne de la Sainte Trinité, qui procède du Père et du Fils, et qui est « adoré et glorifié avec le Père et le Fils ». L’Esprit « est envoyé (…) dans nos cœurs » (Galates 4, 6) pour que nous recevions la vie nouvelle des enfants de Dieu.

137. Pourquoi les missions du Fils et de l’Esprit sont-elles inséparables ?

Dans la Trinité indivisible, le Fils et l’Esprit sont distincts, mais inséparables. En effet, du commencement à la fin des temps, quand le Père envoie son Fils, il envoie aussi son Esprit, qui nous unit au Christ par la foi, afin que nous puissions, comme fils adoptifs, appeler Dieu « Père » (Romains 8, 15). L’Esprit est invisible, mais nous le connaissons par son action, lorsqu’il nous révèle le Verbe et qu’il agit dans l’Église.

138. Quels sont les vocables de l’Esprit Saint ?

« Esprit Saint » est le nom propre de la troisième Personne de la Sainte Trinité. Le Christ l’appelle aussi Esprit Paraclet (Consolateur, Avocat) et Esprit de Vérité. Le Nouveau Testament l’appelle encore Esprit du Christ, Esprit du Seigneur, Esprit de Dieu, Esprit de gloire, Esprit de la promesse.

139. Quels sont les symboles qui représentent le Saint-Esprit ?

Ils sont nombreux. L’eau qui jaillit du cœur transpercé du Christ et abreuve les baptisés ; l’onction avec l’huile, qui est le signe sacramentel de la Confirmation ; le feu qui transforme ce qu’il touche ; l’imposition des mains par laquelle l’Esprit est donné ; la colombe qui descend sur le Christ et demeure sur lui au moment de son baptême.

140. Que signifie « l’Esprit a parlé par les prophètes » ?

Le terme de prophètes s’entend ici de ceux qui furent inspirés par l’Esprit Saint pour parler au nom de Dieu. L’Esprit porte les prophéties de l’Ancien Testament à leur plein accomplissement dans le Christ, dont le mystère se dévoile dans le Nouveau Testament.

141. Quelle est l’action de l’Esprit en Jean-Baptiste ?

L’Esprit remplit Jean-Baptiste, le dernier prophète de l’Ancien Testament, qui, sous son action, est envoyé pour « préparer un peuple au Seigneur » (Luc 1, 17), et pour annoncer la venue du Christ, le Fils de Dieu, celui sur lequel il a vu descendre et demeurer l’Esprit, celui qui « baptise dans l’Esprit » (Jean 1, 33).

142. Quelle est l’oeuvre de l’Esprit en Marie ?

En Marie, le Saint Esprit porte à son achèvement toutes les attentes de la venue du Christ et sa préparation dans l’Ancien Testament. D’une manière unique, il la remplit de grâce et rend féconde sa virginité, pour donner naissance dans la chair au Fils de Dieu. Il fait d’elle la Mère du « Christ total », c’est-à-dire du Christ Tête et de l’Église son corps. Marie est présente au milieu des Douze le jour de la Pentecôte, quand l’Esprit inaugure les « derniers temps » avec la manifestation de l’Église.

143. Quel rapport y a-t-il entre l’Esprit et le Christ Jésus dans sa mission terrestre ?

Depuis son Incarnation, le Fils de Dieu est consacré Messie dans son humanité, par l’onction de l’Esprit. Il révèle l’Esprit dans son enseignement, accomplissant la promesse faite aux Pères, et il le communique à l’Église naissante en soufflant sur les Apôtres après la Résurrection.

144. Qu’est-il arrivé à la Pentecôte ?

Cinquante jours après la Résurrection, à la Pentecôte, Jésus Christ glorifié a répandu l’Esprit à profusion et il l’a manifesté comme Personne divine, de sorte que la Trinité Sainte est pleinement révélée. La mission du Christ et de l’Esprit devient la mission de l’Église, envoyée pour annoncer et pour répandre le mystère de la communion trinitaire.

145. Quelle est l’action de l’Esprit dans l’Église ?

L’Esprit édifie, anime et sanctifie l’Église. Esprit d’amour, il restaure chez les baptisés la ressemblance divine perdue à cause du péché et il les fait vivre dans le Christ de la Vie même de la Sainte Trinité. Il les envoie témoigner de la Vérité du Christ et il les établit dans leurs fonctions réciproques, afin que tous portent « le fruit de l’Esprit » (Galates 5, 22).

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L’ ASCENSION de Jésus et la nôtre !

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Des quatre évangélistes, saint Luc est le seul qui décrit quelque peu l’Ascension de Jésus en présence de ses disciples (Actes des Apôtres 1, 9-11). Et c’est sur ce récit que se base le chartreux, dom Guillerand, pour nous entretenir, dans un sermon, de notre éventuelle ascension dans la vie spirituelle ; ascension attribuée à l’Esprit Saint que notre auteur aime désigner du nom de « souffle » ou de « mouvement ».  Écoutons-le :

〈  » Les apôtres virent Jésus s’élever; puis une nuée vint le soustraire à leurs regards. Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu’il s’en allait, voici que leur apparurent deux hommes vêtus de blanc, qui leur dirent: Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ?  » 〉

« C’est ce Souffle, cet Esprit, ce mouvement intime qui se communiqua de nouveau au corps le matin de Pâques, et, cette fois, comme le Christ n’avait plus à nous ressembler dans la souffrance et la mort, l’Esprit se l’assimila complètement, le fit corps spiritualisé, lui communiqua  son agilité ; et, un jour, à l’heure voulue, devant les apôtres et les disciples réunis, pour réaliser le dessein divin, pour faire connaître ce Souffle au monde, le Mouvement le souleva lentement et l’emporta au sein du Père.

Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui. C’est le terme définitif, le couronnement glorieux, l’éclatante manifestation du mouvement de l’Esprit d’amour qui a animé toute la vie de Jésus et toute son activité … et qu’il est venu manifester. Mais pour le voir, cet Esprit, il faut l’avoir. Les apôtres ne l’ont pas encore ; voilà pourquoi, oublieux de la recommandation et de la promesse qui viennent de leur être faites, ils s’attardent à regarder ce corps et cette nuée qui le leur a ravi. Les anges doivent venir et leur rappeler : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » Sous cette forme visible sa mission est achevée, il nous a donné tout ce qu’il devait nous donner.

Ce qu’il nous faut maintenant, c’est de nous livrer totalement à ce Souffle d’amour qui a animé sa vie, c’est de nous plonger, nous immerger en cet Esprit comme dans un bain qui fera de nous des hommes nouveaux. Il faut que, mus par ce souffle sacré, nous refassions à sa suite cette lente ascension de sa vie, en suivant le chemin qu’il a suivi : car, nous dit saint Paul, nous sommes appelés à rentrer avec lui dans le sein du Père, à y régner éternellement avec lui, mais nous ne régnerons avec lui que si nous avons souffert avec lui : «Si nous tenons ferme, avec lui nous régnerons» (2 Timothée 2,12). »

(Écrits spirituels, tome 2, page 39)

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