Deux hommes à l’origine du genre humain?

original

Création d’Adam  (par Michel-Ange)

Deux hommes? Attention, ne m’attribuez pas trop vite une relecture « hoministe » de la création du genre humain! Je ne fais que reprendre une expression utilisée par un saint évêque de Ravenne, au 5e siècle, pour expliquer la nouvelle naissance qu’est le baptême. Voici comment ce Père de l’Église traduit sa pensée:

« Saint Paul nous apprend que deux hommes sont à l’origine du genre humain: Adam et le Christ. Deux hommes égaux quant au corps, mais inégaux en mérite; vraiment tout à fait semblables par l’agencement de leurs membres, mais vraiment tout à fait dissemblables par leur origine. Le premier Adam, dit-il, a été créé comme un être humain qui a reçu la vie; le dernier est un être spirituel qui donne la vie.

Le premier a été créé par le dernier de qui il a reçu l’âme qui le ferait vivre; il a été formé par son Créateur; et celui-ci n’attendait pas que la vie lui soit donnée par un autre, puisque c’est lui seul qui donne la vie à tous. Le premier est modelé d’un limon très vil; le dernier est né du sein très noble de la Vierge Marie; chez l’un, la terre se transforme en chair; chez l’autre, la chair est élevée jusqu’à Dieu. (…)

Comment des hommes dont la naissance n’est pas céleste pourront-ils devenir célestes? C’est pour cela, mes frères, que l’Esprit Saint féconde le sein de la source virginale du baptême en y introduisant sa lumière; ainsi, des hommes terrestres, que leur extraction du limon de la terre avait introduits dans une condition misérable, sont enfantés à la vie du ciel et ramenés à la ressemblance de leur auteur. (…) Puisque Dieu nous a adoptés pour ses fils, réalisons une image parfaite par une ressemblance parfaite avec notre Créateur: non par la gloire (qu’il est seul à posséder) mais par l’innocence, la simplicité, la douceur, la patience, l’humilité, la miséricorde, la concorde, puisque c’est pas ces vertus qu’il a daigné venir et demeurer en communion avec nous. »

( Saint Pierre Chrysologue, Homélie sur l’ancien et le nouvel Adam, PL 52, 520-521)

Publié dans Évangile, Baptême, Conversion, Création, Dieu, Esprit Saint, Incarnation, Simplicité, Vierge Marie | Tagué , , , , , , | Un commentaire

Aujourd’hui, on se souvient des nôtres !

6098408881_aeea9d0036_o

En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les «fidèles défunts» c’est-à-dire pour les chrétiens décédés, et spécialement pour ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Qu’en est-il de la survie de la personne après la mort? de la prière pour les défunts? de l’existence du Purgatoire?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de  conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II,  Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout par le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Gardons-nous cependant d’en faire une fournaise en bonne et due forme … il s’agirait plutôt de l’amour du Père nous purifiant jusqu’à ce qu’il parvienne à nous enflammer d’amour.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de ces fidèles. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes; grâce à lui, la mort ne fait plus un mort mais un vivant. Et, comme le remarque le père Rey-Mermet: « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cette échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

Publié dans Amitié, Angoisse, Église, Baptême, Compassion, Dieu, Foi, Miséricorde, Mort, Prière, Solidarité, Souffrance, Tradition, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

L’essentielle beauté des splendeurs éphémères

o.45856

Fin de saison

À un correspondant qui revient d’un voyage de fin d’automne, le chartreux dom Augustin Guillerand conseille d’en retenir l’essentiel, à savoir, Dieu … qui est au fond de toutes choses:

« De toute cette gamme de couleurs qui t’avait enchanté, il ne restait guère que les longues tiges dénudées des hêtres dans l’épaisseur des sapins … mais il restait en ton regard l’essentielle beauté de ces splendeurs éphémères; et la forêt avait atteint son but en toi.

Par delà la beauté finie, il y a l’océan de la Beauté même d’où tout part, où tout doit rentrer et s’achever. C’est la Lumière dans laquelle doit baigner toute œuvre d’art pour atteindre jusqu’au fond de l’être et des cœurs.

Dieu est au fond de toutes choses, et le rejoindre est la vie éternelle; la créature raisonnable a reçu une lumière qui lui permet de percevoir dans les êtres et la beauté individuelle de ces êtres et la beauté de  l’Être même qui leur a donné l’être et le conserve. L’homme, ainsi éclairé, doit voir Dieu en tout. Son regard doit dépasser les ombres créées pour s’unir à la vraie Lumière enfermée dans les êtres sans raison et découverte par les êtres raisonnables.

Il faut se mette d’accord avec ce Fond des choses. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 272)

Publié dans Adoration, Arts, Carthusian, Cartuja, Certosa, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Création, Dieu, Kartusija, Kloster, Nature, Paysage, Poésie, Spiritualité | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Écrire ou ne pas écrire?

32aMoine dans sa cellule  (Grande Chartreuse)

Les vocations sont diverses: certains ont le don de lire, d’autres d’écrire. Jeune, je n’aimais pas écrire; plus vieux, je me limitais à écrire selon les besoins de l’heure. Ce n’est que très tard dans la vie que j’ai découvert l’importance de mettre sur papier ce qui me mijotait dans la tête. J’y ai découvert une forme de thérapie pour guérir mes blessures intérieures et remettre en perspective certains éléments de ma vie. L’écriture m’est devenu une façon de creuser mes convictions et d’acquérir une certaine maturité. Je me suis aperçu que l’important n’est pas tellement de multiplier mes connaissances mais plutôt d’approfondir celles que je possède déjà. Les poètes le savent tout naturellement!

C’est en ce sens, que l’Ordre des Chartreux invite ses moines à écrire non en vue d’être lus ou applaudis (ils ne peuvent publier quoique ce soit durant leur vie) mais plutôt pour mieux se comprendre et comprendre le Mystère qu’ils vivent. La plupart détruisent leurs écrits avant de mourir; certains par bonheur n’y arrivent pas complètement et c’est ainsi que nous sont parvenus les textes sublimes de dom Augustin Guillerand  (entré au monastère de la Valsainte, en Suisse, en 1916 et décédé à la Grande Chartreuse en 1945).

Non loin de chez moi habite, dans une résidence pour personnes âgées, un vieux confrère dans le sacerdoce qui a prêché durant toute sa vie. Nonagénaire avancé et pouvant à peine se déplacer, il met sa joie à afficher sur le babillard chaque semaine une réflexion sur l’évangile du dimanche … un ministère qui le rempli de joie et d’une légitime satisfaction. La parole écrite n’est pas moins importante que la parole verbale. La magie du verbe fait la joie des poètes … puissions-nous, en écrivant, mettre un peu de poésie dans nos vies.

Au sujet de dom Augustin Guillerand, voir  https://fr.wikipedia.org/wiki/Augustin_Guillerand

Publié dans Écriture, Dieu, Poésie | Tagué , , | 2 commentaires

Vous avez dit … mystères lumineux?

j121

En cette fête de saint Jean-Paul II (22 octobre), et en ce mois du Rosaire, permettez-moi de revenir sur sa lettre apostolique (publiée le 16 octobre 2002) traitant  de l’utilité de la récitation du Rosaire et de l’instauration de cinq nouveaux mystères  soit les mystères lumineux.

En écrivant ce document intitulé « Rosarium Virginis Mariae », le Pape ne faisait qu’imiter ses prédécesseurs, notamment Léon XIII et Paul VI, en encourageant cette dévotion mariale qui se présente comme un résumé de l’évangile, une façon de contempler le Christ à travers les différentes étapes de sa vie; d’où les quinze mystères (5 joyeux, 5 douloureux et 5 glorieux) pour un total de 150  «Je vous salue Marie». Mais voici le hic … cette récitation traditionnelle, présentée souvent comme le bréviaire des laïcs par comparaison aux 150 psaumes récités par les clercs, avait omis une partie importante de l’existence terrestre de Jésus soit son ministère public: des mystères joyeux on passait  immédiatement aux mystères douloureux!

En instaurant cinq nouveaux mystères, Jean-Paul II n’a voulu que rétablir le message de Jésus au cœur de cette dévotion mariale et compléter ainsi le cycle des mystères de sa vie. Voici donc la liste des choix arrêtés:

  1. Le baptême de Jésus au Jourdain   (Matthieu 3, 13-17)
  2. Les noces de Cana   (Jean 2, 1-12)
  3. La proclamation du Royaume et l’invitation à la conversion  (Marc 1, 15)
  4. La transfiguration du Christ sur la montagne  (Luc 9, 28-36)
  5. L’institution de l’Eucharistie   (Matthieu 26, 26)

Malgré les réticences de certains dévots (et dévotes) qui se voyaient bousculés dans leur récitation quotidienne, la très grande majorité des Catholiques fut unanime à accepter avec enthousiasme cet ajout papal. La canonisation subséquente de Jean-Paul II ne put que renforcer le bien-fondé de cette initiative appelée à vivifier encore davantage notre contemplation du Christ dans ses différents mystères.

Publié dans Adoration, Église, Évangile, Contemplation, Dévotion mariale, Dieu, Formation permanente, Prière | Tagué , , , , , | Un commentaire

Mon cher Maxime

thMaxime Guillerand (jeune prêtre de Nevers)

Voici quelques extraits des écrits qui m’ont impressionné durant mon noviciat (dans un monastère trappiste des années 50). Ces écrits anonymes étaient d’un auteur chartreux (décédé en 1945) qui faisait alors la une dans les milieux romains, dom Augustin Guillerand.

LETTRE À UN AMI SUR LE SILENCE

« Le silence n’est pas l’oubli. Nous croyons et nous nous efforçons de vivre cela en Chartreuse … Le silence et le souvenir s’accordent très bien ensemble. Nous savons que le silence n’est pas vide; il est au contraire essentiellement plein … et c’est une Plénitude où l’on parle. Les paroles qui sortent de l’agitation et du bruit sont nécessairement superficielles.Le fond d’un être doit être occupé par le silence … et cet être ne parle une parole vraie et profonde que si elle part de ce silence, si elle en est l’expression.

Voilà pourquoi le langage du monde, les conversations, les journaux sont vides et fatiguent au lieu de reposer et de nourrir. Voilà pourquoi au contraire en Chartreuse on goûte tant de paix. Tout y procède des profondeurs calmes de l’âme où elle se recueille et fait silence. C’est là que Dieu demeure et qu’on le trouve infailliblement si on y réside soi-même.

Il est clair que les conditions de leur vie ne permettent pas à tous de réaliser ce recueillement comme en Chartreuse. Ne craignons pas néanmoins, dans la mesure du possible, de nous réserver quelques instants, très courts s’il le faut, pour nous recueillir et donner quelques minutes à Celui qui demeure en nous, qui y parle silencieusement, et qui nous invite à venir l’écouter. »    (Écrits Spirituels, tome 2, page 254 ss)

CONFIANCE DEVANT LA MORT QUI VIENT

« Je te renouvelle l’assurance de ma pleine confiance que cette heure sonnera. Quand? Comment? Je n’en sais rien. C’est le secret de Dieu. Il en a beaucoup, non moins que de miséricorde. Il a des façons très mystérieuses de retourner les âmes et de les ramener à lui. Il faut savoir s’en remettre à lui, attendre ses moments qui sont les bons, attendre en se taisant et en priant, sans gâter le travail qui s’accomplit sous terre en voulant le réaliser en surface  quand il doit s’accomplir souterrainement. Il faut avouer que Dieu n’est pas pressé … et que nous le sommes beaucoup. Il faut avouer aussi que cela se comprend. Notre temps est court … et le sien très long. Mais il nous offre d’allonger le nôtre en entrant dans le sien et de  »faire de la vie éternelle » avec nos pauvres jours qui s’envolent si vite. »                                                                                                                                             (ibidem, page 263)

Publié dans Chartreuse, Dieu, Islam, Mort, Silence | Tagué , | Un commentaire

Une création de plus en plus belle!

042df88d

Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents; voilà déjà tout un événement … mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu  (pour dire le moins!).  Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter? Oh, que oui! Car le but du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement  mais vise à faire participer les humains au Bonheur qui est le sien; d’où l’invitation à se laisser unir à son Fils pour pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation … autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot; un projet qui laisse transparaître un Mystère insoupçonné et qui valorise la créature en lui permettant de s’associer librement à cette intention divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu!

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles!

Car tout est de lui et par lui et pour lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen »

(Romains 11, 23.26)

Publié dans Contemplation, Création, Dieu, Foi, Incarnation, Mystère, Nature, Paysage, Poésie, Rédemption, Temps présent, Vie éternelle | Tagué , , , , , , | Un commentaire

Le résultat ou … l’effort ?

c18bg-chart

Atelier de couture (Grande Chartreuse, France)

La maladie de notre temps, et même de tous les temps, c’est de se regarder et de se comparer ! Nous hésitons à nous prendre tel que nous sommes … en oubliant que les personnes sont différentes et que nos efforts d’amélioration doivent tenir compte de cette diversité fondamentale. Voici ce que conseille à un ami notre cher mentor en la matière, dom Augustin Guillerand :

« Il ne faut pas oublier que, malgré tous les traitements et tous les efforts, nous sommes et resterons des êtres divers. Nous ne devons pas nous mettre en face des autres et vouloir être ce qu’ils sont. Le faire serait employer le moyen infaillible de devenir un être apparemment parfait et … parfaitement nul !

Je t’en prie : ne cherche pas à être ni supérieur ni inférieur à la moyenne. Cherche à être toi et à réaliser la plénitude de ta vie, sans te soucier de devenir un sommet de la communauté humaine. Regarde avec beaucoup de calme tes qualités, tes défauts, tes tendances et tes possibilités ; puis, avec les moyens dont tu disposes, dans les conditions d’intelligence, de volonté, de sensibilité, d’étude, de facilités ou de difficultés de vie, selon les forces et les circonstances, fais valoir tes talents.

Ce qui compte n’est pas le résultat mais l’effort. J’ajoute tout de suite que le résultat, dans une échéance plus ou moins lointaine, vient à peu près toujours payer l’effort. J’ajoute surtout: au point de vue définitif et suprême qui est le vrai (malheureusement très peu envisagé et apprécié), le résultat correspond toujours à l’effort, et Dieu, qui enregistre à chaque instant celui-ci, établira un jour une balance parfaitement égale entre les deux. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 202)

Publié dans Angoisse, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Dieu, Kartusija, Kloster, Paix, Psychologie, Société, Spiritualité, Travail | Tagué , , , , , , | Un commentaire

En la fête de notre bienheureux père, saint Bruno

a2_papa_giovanni_paolo

Visite de Jean-Paul II en 1984  (Chartreuse de Serra San Bruno, Italie)

Lors de sa visite en Calabre, en 1984, le Pape Wojtyla témoigna de son estime pour la vie contemplative en visitant les moines chartreux de Serra San Bruno le 5 octobre (veille de la fête de Bruno, leur fondateur). Cette abbaye, plusieurs fois détruite, abandonnée et reconstruite, rappelle le lieu de la 2e fondation de l’Ordre (après celle de la Grande Chartreuse, en 1084); elle a même l’honneur de conserver les restes du vénéré fondateur, décédé à cet endroit en 1101.

On ne saurait mieux célébrer aujourd’hui saint Bruno qu’en relisant attentivement deux extraits de sa lettre envoyée de Calabre aux moines de la Grande Chartreuse quelques mois avant sa mort:

« Réjouissez-vous donc, mes frères très chers, pour votre bienheureux sort et pour les largesses de grâce que Dieu répand sur vous. Réjouissez-vous d’avoir échappé aux flots agités de ce monde, où se multiplient les périls et les naufrages. Réjouissez-vous d’avoir gagné le repos tranquille et la sécurité d’un port caché; beaucoup désirent s’y rendre, beaucoup font même un effort pour l’atteindre et n’y parviennent point.  (…)

De vous, mes bien-aimés frères convers  [religieux, non-prêtres, consacrés aux travaux manuels], je dis: « mon âme glorifie le Seigneur », car je considère la magnificence de sa miséricorde sur vous, d’après l’exposé de votre prieur et père très aimant, qui est rempli de joie et de fierté à votre sujet. Je me réjouis  moi aussi, car bien que vous n’ayez pas la science des lettres, le Dieu tout-puissant grave de son doigt dans vos cœurs non seulement l’amour, mais la connaissance de sa loi sainte; vous montrez en effet par vos œuvres ce que vous aimez et ce que vous connaissez. » 

La fondation de l’Ordre des Chartreux se situe au 11e siècle, dans la foulée de la réforme de l’Église entreprise par le Pape Grégoire VII. Maître Bruno, ancien chanoine de Reims, instaura une nouvelle forme de vie monastique, assez semblable à celle qu’avait inaugurée  saint Romuald  (Camaldules), qui unit la vie érémitique à un minimum de vie communautaire. Comme quoi la vie silencieuse et solitaire est souvent le remède à apporter à une pratique religieuse tombée dans la tiédeur … saint Bruno serait-il de notre temps?

Publié dans Adoration, Érémitisme, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Dieu, Formation permanente, Kartusija, Kloster, Monachisme, Silence, Solitude, Vie cachée | Tagué , , , , , | Un commentaire

Multitude d’anges en fête

ARCHANGES LUMIERE

« (Par le baptême) vous êtes venus vers … la Jérusalem céleste et une multitude d’anges en fête », cette affirmation de l’auteur de la Lettre aux Hébreux (12, 22) réconforte notre foi en l’existence de ces purs esprits que sont les anges. Les anges sont des éléments récurrents dans la culture populaire et artistique mais … que de fadaises à ce sujet. Voici, par contre, ce qu’en dit un docteur de l’Église du 6e siècle:

« Il faut savoir que le nom anges désigne leur fonction, et non leur nature. Car ces esprits bienheureux de la patrie céleste sont bien toujours des esprits, mais on ne peut  les appeler toujours des «anges», parce qu’ils ne sont des anges que lorsqu’ils portent un message. On appelle «anges» ceux qui portent les messages moins importants, et «archanges» ceux qui annoncent les plus grands événements. C’est pourquoi l’archange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque; pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut des événements. En outre, certains d’entre eux sont désignés par un nom propre, afin de signifier par les mots la nature de leur action. En effet, ce n’est pas dans la sainte cité, où la vision de Dieu  tout-puissant confère une connaissance parfaite, qu’ils reçoivent leurs noms particuliers, comme si, sans l’aide de ces noms, on n’avait pas pu connaître leurs personnes. C’est lorsqu’ils viennent vers nous pour exercer un ministère qu’ils reçoivent  chez nous des noms tirés de leur fonction. C’est ainsi que Michel veut dire: « Qui est comme Dieu? », Gabriel: « Force de Dieu », Raphaël: « Dieu guérit ». (Homélie de saint Grégoire le Grand, PL 1250-1251)

Et en ce qui concerne les Anges gardiens, écoutons brièvement un autre docteur de l’Église mais, celui-ci, du 12e siècle: « Il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins (Psaume 91, 11).  Quel n’est pas le respect que cette parole doit susciter en toi, la ferveur qu’elle doit faire naître, la confiance qu’elle doit inspirer! Le respect à cause de leur présence, la ferveur à cause de leur bienveillance, la confiance à cause de leur vigilance. Ils sont donc là, à tes côtés, non seulement avec toi mais pour toi. Ils sont présents pour te protéger, pour te secourir, et même si c’est Dieu qui leur en a donné l’ordre, on ne peut pour autant manquer de reconnaissance à leur égard, en raison de la si grande charité avec laquelle ils obéissent et du besoin si grand que nous avons de leur aide. Soyons donc pleins de respect et de reconnaissance pour une telle vigilance de leur part; aimons-les en retour et honorons-les autant que nous le pouvons, autant que nous le devons. »  (Homélie de saint Bernard de Clairvaux sur le psaume 90/91, Éd. cisterciennes, 458-462)

Pour terminer, rappelons que l’Église catholique fête ces esprits bienheureux le 29 septembre (archanges Michel, Gabriel et Raphaël) et le 2 octobre (anges gardiens).

Publié dans Adoration, Amour fraternel, Baptême, Cieux, Dieu, Foi, Providence, Spiritualité | Tagué , , , , , , , | Un commentaire