
Au lendemain de la fête de la Royauté de Marie (anciennement jour octave de l’Assomption), il importe de souligner le véritable sens de son couronnement au ciel. Car, ce qui peut être vu par certains comme quelque chose d’assez banal (dignité attribuée à la mère du roi) dépasse en réalité tout ce qu’on peut imaginer, même la promesse faite aux Apôtres de siéger « sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël » (Matthieu 19,28). L’Église l’a vite compris, elle qui a voulu transmettre par cette image symbolique du couronnement sa croyance en une association officielle de Marie à l’œuvre de son Fils, œuvre commencée il y a deux mille ans et qui perdure encore aujourd’hui. Restant sauve l’unique médiation du Christ entre Dieu et les hommes, la Vierge est ainsi honorée par l’Église comme la Mère des fidèles et la Reine du Ciel, elle dont la toute-puissance s’exerce par sa prière maternelle.
Voici ce qu’affirmait le pape Pie XII, en 1954, lors de l’institution de cette nouvelle fête mariale : « Il est certain qu’au sens plein, propre et absolu, Jésus-Christ seul, Dieu et Homme, est Roi ; toutefois, Marie aussi participe à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique parce qu’elle est la Mère du Christ-Dieu et qu’elle est associée à l’œuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et le triomphe qu’il a obtenu sur eux tous. En effet, par cette union avec le Christ Roi elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle cette puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du royaume du Divin Rédempteur ; enfin, cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père » (Encyclique Ad Coeli Reginam)
Retenons que le royauté de Marie, loin d’être une dignité statique, comme semble le suggérer les nombreuses représentations artistiques, est avant tout un service qu’elle assume avec la tendresse maternelle qu’on peut imaginer. Déclarée «mère» au pied de la croix, elle ne cesse d’accompagner ses enfants par sa toute-puissante intercession. Quelle consolation pour nous ! Et quelle révélation du genre de vie qui nous attend au Ciel, car vivre avec Dieu c’est vivre avec Celui dont Jésus disait qu’il travaille toujours (Jean 5,17). Grâce à la fête d’aujourd’hui, la vie des bienheureux, loin de nous paraître comme un éternel repos dans un immense dortoir, se présente donc à nous comme quelque chose de dynamique : un banquet certes, mais aussi un échange de services où la charité est primordiale. «J’entre dans la vie» s’écriait la petite Thérèse sur son lit de mort … et la pluie de roses ne se fit pas attendre !






Adoration locale ou en esprit?
Dans l’Israël d’aujourd’hui, certains citoyens aimeraient pouvoir rétablir, un jour, le culte au Temple de Jérusalem comme autrefois. Serait-ce conforme au Plan de Dieu? La réponse de Jésus à cette question est clairement négative, telle qu’elle ressort de son entretien avec la Samaritaine. En voici le commentaire par notre ami chartreux, dom Guillerand:
« Je vois que vous êtes prophète » (Jean 4, 19). La Samaritaine est soulevée au-dessus d’elle-même. Les pensées de religion, que son existence pécheresse recouvrait et lui faisait perdre de vue habituellement, reviennent en surface; ou, pour mieux dire: la lumière qui vient de pénétrer en elle les lui révèle au fond trop oublié de son âme; et cette fois elle se rapproche de celui qui parle, elle le rejoint sur le terrain spirituel où il l’attire: « Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là; et vous, Juifs, vous dites que Jérusalem est le lieu où il faut l’adorer ». La montagne qu’elle montrait est le Garizim. C’était le lieu sacré des Samaritains; ils y avaient leur temple et leur culte; ils l’opposaient au temple de Jérusalem et ils y vivaient leur vie religieuse nationale sans communiquer avec les Juifs. La Samaritaine se sent divisée d’avec celui qui lui parle par cette divergence qui en effet, pour l’âme de ces peuples, était capitale. Elle se posait sans cesse à tous, et elle créait non seulement des difficultés dans les rapports, mais dans la croyance même qui exige l’unité. Un seul Dieu demande une seule foi, un seul culte. La division existante s’y oppose et soulève une question troublante.
Jésus l’attendait sur les lèvres de cette femme, pour se l’unir elle-même et pour lui attirer les âmes de ses compatriotes auprès desquels il voulait en faire son apôtre: « Femme, crois-moi, crois que l’heure est venue où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, Samaritains, vous adorez sans savoir; nous, Juifs, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut est des Juifs; mais le temps vient, et il est déjà venu, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car c’est de tels adorateurs que le Père veut avoir ». Rejoint sur le terrain religieux qui est le sien, Jésus y fait avancer aussitôt cette âme. Une difficulté encombre sa marche, il la résout d’abord. Les divisions entre Juifs et Samaritains l’arrêtent; il les supprime. Il la conduit à l’unité qu’elle devine nécessaire. Il écarte la question litigieuse, il la dépasse. Ce n’est qu’une question superficielle et une situation transitoire. Il vient précisément pour transporter les âmes par delà ce transitoire. Nil le temple de Jérusalem ni celui que porte le sommet voisin du Garizim ne limitent la rencontre des âmes avec Dieu. Dieu est partout; il est surtout au fond de ces âmes qui veulent entrer en rapport avec lui; il est au foyer essentiel de l’être humain, et c’est là qu’il l’attend pour recevoir ses adorations. La religion qu’il apporte va rétablir ces relations qui sont la vraie religion, et qui sont offertes aux Samaritains comme aux Juifs.
Ces relations intimes prenaient jusque-là une forme extérieure à laquelle on donnait trop d’importance. La forme était voulue de Dieu comme un moyen, mais ce n’est pas là qu’est la religion vraie. Juifs et Samaritains ne sont divisés que sur ce terrain des moyens: ils peuvent et doivent s’unir dans la foi qui est vérité et rapports intimes. Le divin Maître n’exclut pas les rapports officiels; il ne condamne pas le passé; il en précise au contraire la valeur en distinguant le culte authentique de Jérusalem qui seul était de Dieu de celui du Garizim qui était une idolâtrie. Il n’a pas peur de faire la lumière et de prendre parti pour la vérité; même si elle heurte ceux auxquels il s’adresse. Les Juifs ont raison contre les Samaritains; ils sont les gardiens des traditions divines; le salut est chez eux. Mais il est offert à tous, et il consiste dans une religion intérieure qui a pour temple l’âme de chacun. C’est là que Dieu est Père et attend ses enfants; c’est là que désormais Juifs et Samaritains peuvent également l’adorer, recevoir sa vie unique, et redevenir frères en cette vie. »
(Écrits spirituels, tome 1, page 229 s)
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