La vie des bienheureux, selon Thomas d’Aquin

74fbf8082085b9a4c4de6fe275abf70e

(Détail de la Fresque du Jugement dernier, par Fra Angelico)

« Bien-aimés, dit saint Jean, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’Il est. » (1 Jean 3,2). Il suffit d’avoir assisté à diverses liturgies dans des églises ou salons funéraires, et d’y avoir entendu certaines homélies, pour se rendre compte de la tendance à paganiser la vie après la mort : « Ah oui, le défunt a retrouvé sa conjointe (la dernière), deux belles étoiles dans le ciel », ou encore « Il a enfin réalisé son rêve de pouvoir aller visiter les diverses planètes », sans oublier l’inmanquable « Il ou elle nous regarde avec tendresse en ce moment et nous attend impatiemment ». Quand savons-nous ? Et où est Dieu dans tout ça ? « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et ton envoyé, Jésus Christ. » (Jean 17, 3). Voici ce qu’en dit le docteur angélique, saint Thomas d’Aquin, dans une homélie sur le Credo :

« Dans la vie éternelle, il y a d’abord l’union de l’homme avec Dieu. Car Dieu lui-même est la récompense et la fin de tous nos travaux. Et cette union consiste dans la parfaite vision. (…) La vie éternelle consiste encore dans la louange parfaite. (…) Et encore dans le parfait rassasiement du désir, car chaque bienheureux y possédera plus qu’il ne désirait et n’espérait. La raison en est que personne ne peut en cette vie combler son désir, et que jamais rien de créé ne rassasie le désir de l’homme. Dieu seul rassasie, et au-delà : à l’infini. C’est pourquoi on ne se repose qu’en Dieu, comme le dit saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi ». (…) La vie éternelle consiste encore dans la société jubilante de tous les bienheureux, et cette société sera extrêmement délicieuse parce que chacun possédera tous les biens que possèdent tous les bienheureux. Car chacun aimera l’autre comme soi-même et par suite se réjouira du bien de l’autre comme son bien-propre. De ce fait, l’allégresse et la joie d’un seul s’accroît dans la mesure où elle est aussi la joie de tous. » (Opuscula theologica 2, 216-217)

Ouf ! Comme nous sommes loins de ces paradis folkloriques que nous entretenons inconsciemment en nous-mêmes et qui laissent soupçonner le désir d’une survie toute matérielle. Faut-il encore le répéter, la vie éternelle n’est pas un droit de l’homme mais un privilège accordé gracieusement à ceux et celles qui auront mis leur confiance en Jésus Sauveur. Lui seul est « le chemin, la vérité et la vie ». Si Dieu est Amour, c’est donc dans l’amour qu’il nous faut vivre actuellement afin de pouvoir en vivre éternellement : « La charité ne passera jamais …  » (1Corinthiens 13, 8).

Publié dans Adoration, Amour, Amour fraternel, Baptême, Bonheur, Cieux, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Foi, Jésus, Joie, Miséricorde, Montagne du Seigneur, Pédagogie divine, Résurrection, Saintes Écritures, Solidarité, Temps présent, Trinité, Vie éternelle, vie moderne | Tagué , , , , , , , , , | Un commentaire

En ce 2 novembre …

250964945_1486860018355712_8934769757335390746_n

En ce 2 novembre, l’Église nous invite à prier pour les « fidèles défunts » c’est-à-dire pour les chrétiens, les baptisés décédés, spécialement ceux et celles qui nous ont quittés au cours de l’année. Bien, nous allons prier … mais non sans nous arrêter, au préalable, sur certains points de la foi catholique ! Et tout d’abord, qu’en est-il de la survie de la personne après la mort ? de la prière pour les défunts ? de l’existence du Purgatoire ? de l’aide à apporter à ces âmes ?

Âme : « L’Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d’un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le «moi» humain subsiste. Pour désigner cet élément, l’Église emploie le mot «âme» consacré par l’usage de l’Écriture et de la Tradition. » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 17 mars 1979)

Prières pour les défunts: « L’Église a entouré de beaucoup d’amour la mémoire de ses défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant pour eux ses suffrages. » (Vatican II, Constitution sur l’Église)

Purgatoire:  « Il y a un Purgatoire et les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles et surtout pas le sacrifice propitiatoire de l’autel. » (Concile de Trente) Quelle discrétion de la part du concile qui se refuse d’entrer dans les détails. Alors gardons-nous d’en faire un lieu tout feu tout flammes … il s’agirait plutôt, d’après Benoît XVI, de l’amour du Père nous purifiant jusqu’à ce qu’il soit parvenu à nous enflammer.

La communion des saints n’est donc pas brisée par le décès de nos proches. Jésus ressuscité fait le lien entre les deux mondes : grâce à lui, la mort physique ne fait pas un mort mais un vivant. Cependant, nous dit le père Rey-Mermet : « la mort est un écran qui m’empêche de voir mes bienheureux au Ciel mais eux, voyant Dieu me voient en Dieu. Un écran plus épais me sépare des âmes du Purgatoire … un écran dans les deux sens car elles ne peuvent me voir en Dieu. Cette rupture ne nous coupe pas de leur tendresse, ni de leurs prières, mais ce sont elles surtout qui attendent les nôtres. »

Que faire pour les âmes du Purgatoire ? En plus des prières, un grand moyen de les aider (note encore Rey-Mermet) est « de devenir plus chrétiens par amour pour eux. Dans cette solidarité et cet échange, la tâche qui nous revient est de renoncer à nos défauts et à nos fautes pour compenser les péchés pour lesquels ils souffrent loin de Dieu et de réparer leurs insuffisances passées par notre collaboration plus ardente à leur œuvre que la mort a interrompue. (…) Quelle merveilleuse possibilité d’action commune avec nos disparus à travers les ténèbres provisoires de nos isolements réciproques. » (Croire, Pour une redécouverte de la foi, page 394).

Publié dans Amour, Amour fraternel, Angoisse, Église, Compassion, Désespoir, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Espérance, Esprit Saint, Feu, Foi, Jésus, Liturgie, Mort, Mystère, Pardon, Péché, Prière, Révélation, Solidarité, Souffrance, Tradition, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

Une espérance pleine d’immortalité !

PHOc2140aec-6122-11e4-9856-5823622a1b42-805x453

En cette fête de la Toussaint, et en ces temps d’incertitude et de violence, quoi de plus consolant que de se rappeler le but ultime de notre vie chrétienne : LA VIE AUPRÈS DE DIEU ! « Une espérance pleine d’immortalité » nous rappelait déjà l’auteur du livre de la Sagesse (50 ans avant le Christ) ; une espérance accessible à tous les justes, non seulement les grands saints mais également les croyants très ordinaires. « Ils sont nombreux les bienheureux qui n’ont jamais fait parler d’eux et qui n’ont pas laissé d’image ; tous ceux qui ont depuis des âges aimé sans cesse et de leur mieux autant leurs frères que leur Dieu » (Robert Lebel).

En contemplant la fresque du Jugement dernier de Fra Angelico (illustrée ci-haut), je remarque la joie et la bonne entente qui règnent sur le visage de ceux et celles qui viennent de se faire dire « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde » (Matthieu 25, 34). Cette bonne entente n’est évidemment pas nouvelle pour eux car ils l’ont tous vécue durant leur vie terrestre, bon an mal an. Cette bonne entente, ils l’ont reçue du Christ, Prince de la Paix, qu’ils ont servi fidèlement dans la foi et la charité. Aimer Dieu, aimer son prochain et se réjouir du bonheur des autres, voilà une grâce insigne qui me semble être rappelée ici, dans la fresque de Fra Angelico, par cette joyeuse farandole en compagnie de leurs anges gardiens.

La fête de la Toussaint, fête de tous les saints petits et grands, nous rappelle en dernière analyse le triomphe final de l’Amour miséricordieux dans nos vies personnelles. C’est l’accomplissement de la mission conjointe de Jésus et de l’Esprit Saint sur terre. Bienheureux ! Oui, mille fois bienheureux ! Ceux et celles qui participeront aux Noces de l’Agneau dans le royaume de son Père !

Publié dans Adoration, Amour, Amour fraternel, Évangile, Bonheur, calme, Contemplation, Désir de Dieu, Dieu, Espérance, Esprit Saint, Foi, Jésus, Joie, Miséricorde, Optimisme, Sérénité, Solidarité, Vie éternelle | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

Les chemins de la CONVERSION

118652387_1183696005338783_884536707686074454_n

 » Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle  » (Marc 1, 15), c’est par ces paroles que Jésus débute son ministère publique. Et depuis 2000 ans, ces paroles ne cessent de se répercuter dans le monde pour inviter l’humanité à revenir à Dieu. Mais, concrètement, que veut dire le mot « conversion » dans la vie personnelle ? Voici les explications d’un illustre écrivain de l’Église orientale :

 » Voulez-vous que je vous indique les chemins de la conversion ? Ils sont nombreux, variés et différents, mais tous conduisent au ciel.

  1. Le premier chemin de la conversion, c’est la condamnation de nos fautes. Commence toi-même par dire tes fautes pour être justifié. Et c’est pourquoi le Prophète disait : J’ai dit : je veux confesser au Seigneur les iniquités que j’ai commises ; et toi, tu as pardonné le péché de mon coeur. Condamne donc toi-même les fautes que tu as commises, et cela suffira pour que le Maître t’exauce. Celui qui condamne ses fautes, en effet, craindra davantage d’y retomber. Éveille ta conscience pour avoir ton accusateur en toi-même et ne pas le rencontrer devant le tribunal du Seigneur. Voilà donc un excellent chemin de conversion.
  2. Il y en a un deuxième, qui n’est pas inférieur à celui-là. c’est de ne pas garder rancune à nos ennemis, de dominer notre colère pour pardonner les offenses de nos compagnons de service, car c’est ainsi que nous obtiendrons le pardon de celles que nous avons commises contre le Maître ; c’est la deuxième manière d’obtenir la purification de nos fautes. Si vous pardonnez à vos débiteurs, dit le Seigneur, mon Père qui est aux cieux vous pardonnera aussi.
  3. Tu veux connaître le troisième chemin de la conversion ? C’est la prière fervente et attentive que tu feras du fond du coeur. (…)
  4. Si tu désires connaître le quatrième chemin, je citerai l’aumône ; elle a une puissance considérable et indicible. (…)
  5. La modestie et l’humilité ne sont pas des moyens inférieurs à ceux que nous avons dits pour détruire les péchés à la racine. Nous en avons pour témoin le publicain qui ne pouvait pas proclamer ses bonnes actions, mais qui les a toutes remplacées par l’offrande de son humilité et a déposé ainsi le lourd fardeau de ses fautes.

Nous venons donc d’indiquer cinq chemins de la conversion : d’abord la condamnation de nos péchés, puis le pardon accordé aux offenses du prochain ; le troisième consiste dans la prière ; le quatrième dans l’aumône ; le cinquième dans l’humilité. Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins ; ce sont des chemins faciles et tu ne peux pas prétexter ta misère. Car, même si tu vis dans la plus grande pauvreté, tu peux abandonner ta colère, pratiquer l’humilité, prier assidûment et condamner tes péchés. Ta pauvreté ne s’y oppose nullement. « 

(Saint Jean Chrysostome, extrait du Sermon sur le diable tentateur)

Publié dans Amour, Amour fraternel, calme, Conversion, Dieu, Formation permanente, Humilité, Jésus, Miséricorde, Péché, Prière, Silence, Spiritualité, Vie éternelle, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Explosion de couleurs

248444178_1481888552186192_8886400798089311963_n

Même si chaque saison comporte sa beauté particulière, il en est une qui, dans un pays comme le Canada, peut se glorifier d’être un peu plus à l’image de Dieu … l’automne! La Nature s’y embellit de façon exponentielle à la manière d’une supernova qui pressent sa mort prochaine. Un débordement de couleurs qui nous rappelle ce débordement d’amour que fut et demeure la création de l’Univers.

Mais, hélas, le plus beau demeure caché à ceux qui n’ont pas la foi. Qu’un Dieu, éternel et tout-puissant, partage l’existence avec des êtres intelligents, voilà déjà tout un événement. Mais qu’il y rajoute son incarnation pour se rapprocher d’eux et pour les sortir du pétrin, alors là, c’est du jamais vu (pour dire le moins !).  Y aurait-il encore une autre beauté à ajouter ? Oh, que oui ! Car le plan du Créateur ne se limite pas à cette vie seulement mais vise à faire communier pleinement les humains au bonheur éternel qui est le sien. D’où l’invitation incroyable à se laisser greffer à son Fils afin de pouvoir jouir, en lui, de la vision béatifique.

Création, incarnation, rédemption, divinisation, autant d’étapes, autant de couleurs superposées, qui ornent un paysage spirituel à couper le souffle. Un plan extraordinaire où l’Amour a le premier et le dernier mot : un mystérieux projet qui valorise au plus haut point la créature en lui permettant de s’associer librement à cette initiative divine.

« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu !

Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles !

Car tout est de lui et par lui et pour lui.

À lui soit la gloire éternellement. Amen »

(Romains 11, 23.26)

Publié dans Adoration, Amour, Église, Baptême, Contemplation, Création, Désir de Dieu, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Humilité, Incarnation, Jésus, Joie, Miséricorde, Mystère, Nature, Paysage, Poésie, Providence, Rédemption, Révélation, Spiritualité, Vie éternelle | Tagué , , , , , , , | 2 commentaires

Bruno, un moine qui me tient à cœur !

En ce 5 octobre, veille de la fête de saint Bruno (fondateur de l’Ordre des Chartreux, en 1084), je ne puis vous offrir rien de mieux que cet extrait de sa lettre envoyée de Calabre (Italie du sud) aux moines de la Grande Chartreuse (France) quelques mois avant sa mort en 1101 :

« Réjouissez-vous donc, mes frères très chers, pour votre bienheureux sort et pour les largesses de grâce que Dieu répand sur vous. Réjouissez-vous d’avoir échappé aux flots agités de ce monde, où se multiplient les périls et les naufrages. Réjouissez-vous d’avoir gagné le repos tranquille et la sécurité d’un port caché; beaucoup désirent s’y rendre, beaucoup font même un effort pour l’atteindre et n’y parviennent point.  (…) De vous, mes bien-aimés frères convers [religieux non-prêtres, consacrés aux travaux manuels], je dis : « mon âme glorifie le Seigneur », car je considère la magnificence de sa miséricorde sur vous, d’après l’exposé de votre prieur et père très aimant, qui est rempli de joie et de fierté à votre sujet. Je me réjouis  moi aussi, car bien que vous n’ayez pas la science des lettres, le Dieu tout-puissant grave de son doigt dans vos cœurs non seulement l’amour, mais la connaissance de sa loi sainte; vous montrez en effet par vos œuvres ce que vous aimez et ce que vous connaissez. » 

Lors de sa visite en Calabre, en 1984, le Pape Wojtyla témoigna de son estime pour la vie contemplative en visitant les moines chartreux de Serra San Bruno le 5 octobre (veille de la fête de Bruno, et 900e anniversaire de la fondation de l’Ordre). Cette abbaye, plusieurs fois détruite, abandonnée et reconstruite, rappelle le lieu de la 2e fondation de l’Ordre (après celle de la Grande Chartreuse) ; elle a même l’honneur de conserver les restes du vénéré fondateur, décédé à cet endroit en 1101. Voir plus haut quelques photos de cette visite papale.

La fondation de l’Ordre des Chartreux se situe au 11e siècle, dans la foulée de la réforme de l’Église entreprise par le Pape Grégoire VII. Maître Bruno, ancien chanoine de Reims, instaura dans le massif de Chartreuse (près de Grenoble) une nouvelle forme de vie monastique, assez semblable à celle qu’avait inaugurée, au début du siècle, saint Romuald (fondateur des Camaldules), qui unit la vie érémitique à un minimum de vie communautaire. Comme quoi la vie silencieuse et solitaire est souvent le remède à apporter à une pratique religieuse tombée dans la tiédeur … saint Bruno serait-il de notre temps ?

Publié dans Adoration, Amour fraternel, Église, Érémitisme, calme, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Chartreux, Contemplation, Désir de Dieu, Dévotion mariale, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Jésus, Kartusija, Kloster, Liturgie, Marie, Monachisme, Paysage, Prière, Silence, Solitude, Spiritualité, Vie cachée | Tagué , , , , , , , | Un commentaire

La vie spirituelle, selon un chartreux

15-divine-echelle.1223062330

La vie sur terre est une bataille … rien de plus évident pour qui l’a vécue quelque peu.  Mais qu’en est-il de la vie spirituelle et plus particulièrement de la vie de prière ? Laissons à notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, le soin d’y répondre adéquatement :

« Dieu veut faire circuler en nous son Esprit qui est amour ou don de soi, et il nous trouve entre les mains d’un autre esprit qui est égoïsme. Ce négatif doit disparaître. Il ne cède qu’à la lutte. La vie est une bataille : la bataille de Dieu contre le mal. Une âme où on ne se bat pas est une âme perdue sans espoir. Une âme qui ne prie pas est une âme battue sans combat. La paix règne en elle, mais c’est la paix des pays soumis par l’envahisseur et résignés à sa domination.

Ce qu’il faut reprocher aux écrivains spirituels, ce n’est pas de se répéter, c’est plutôt d’avoir peur de le faire. Nous vivons à une époque de savoir plus que d’intelligence. La raison et la mémoire sont à l’honneur; on écrit pour elles, pour les emplir de notions ; on ne songe plus à enrichir son âme et à approfondir sa vie. Nous sommes à l’ère des ouvrages de vulgarisation et des articles de revue ; il faut être au courant de tout et pouvoir dire son mot sur le dernier ouvrage ou la découverte la plus récente. Les esprits ressemblent à ces parterres artificiels des jours d’apparat où l’on dispose des fleurs dont on jouit sans les avoir cultivées, sans savoir leur nom … et qu’on aura oubliées demain.

La prière, sa nécessité, sa grandeur, les immenses bénéfices qu’elle procure, sa douceur féconde, la gloire qu’elle assure à Dieu, son rôle dans le monde … il ne faut pas seulement avoir lu et compris cela un jour, il faut y revenir sans fin, se le redire à chaque instant et en vivre. Ainsi font l’Esprit Saint dans la bible, l’Église dans ses offices, les saints dans leurs oraisons quotidiennes et leurs incessantes méditations. Il nous faut remonter sans cesse de la beauté des choses à la Beauté essentielle d’où elles procèdent, de la faiblesse de notre nature tombée à la forte tendresse de Celui qui s’est fait notre Rédempteur et qui s’offre à nous reprendre en lui, de la continuelle menace que le monde et le démon font peser sur nous au continuel secours dont nous enveloppe Celui qui veut nous arracher à leur tyrannie. »

(Écrits spirituels, tome 1, page 16 s)

Publié dans Amour, Amour fraternel, Ascension, Carthusian, Cartuja, Certosa, Certosini, Charterhouse, Chartreuse, Contemplation, Désespoir, Désir de Dieu, Dieu, Formation permanente, Humilité, Kartusija, Kloster, Monachisme, Obéissance, Pédagogie divine, Prière, Souffrance, Tentation, vie moderne | Tagué , , , , , , , | Laisser un commentaire

Une étoile appelée Marie

a1xbsctw44g

En cette fête du Saint Nom de Marie (12 sept.), il me paraît convenable de vous présenter un extrait d’un des plus beaux sermons de saint Bernard sur la Vierge Marie, plus précisément sur l’efficacité de son intercession dans nos moments de détresse :

« Le nom de la vierge était Marie. Parlons un peu de ce nom qui signifie: étoile de la mer, et qui convient admirablement à la Vierge Mère. (…) Elle est cette splendide étoile qui se lève sur l’immensité de la mer, brillant par ses mérites, éclairant par ses exemples.

O toi qui te sens, loin de la terre ferme, emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. Si les vents de la tentation s’élèvent, si tu viens heurter les rochers des tribulations, regarde l’étoile, invoque Marie. Si tu es ballotté par les flots de l’orgueil, de l’ambition, de la trahison, de la jalousie, regarde l’étoile, invoque Marie. Si la colère ou l’avarice ou les désirs impurs secouent la petite barque de ton âme, regarde Marie. Si, troublé par l’énormité de tes crimes, confondu par la malpropreté de ta conscience, glacé d’effroi à la pensée du jugement, tu commences à être englouti par le gouffre de la tristesse, par l’abîme du désespoir, pense à Marie.

Dans les périls, dans les angoisses, dans le doute, pense à Marie, invoque Marie. Qu’elle ne s’éloigne pas de ta bouche, qu’elle ne s’éloigne pas de ton cœur et, pour obtenir le secours de sa prière, ne néglige pas l’exemple de sa vie. Si tu la suis, tu ne dévies pas. Si tu la pries, tu ne désespères pas. Si tu la consultes, tu ne te trompes pas. Si elle te protège, tu ne crains rien. Si elle te conduit, tu ne te fatigues pas. Si elle t’est favorable, tu parviens au but.

Et ainsi tu éprouves par toi-même à quel juste titre il a été dit: Et le nom de la vierge était Marie. »

 (Homélie de saint Bernard, moine cistercien et docteur marial par excellence)

Publié dans Angoisse, calme, Contemplation, Désespoir, Dévotion mariale, Dieu, Espérance, Mort, Prière, Sérénité, Souffrance, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , | 3 commentaires

Marthe et Marie

(5 septembre 2016) Au lendemain de la canonisation de mère Teresa de Calcutta et en prévision de celle de sœur Élisabeth de la Trinité le 16 octobre prochain, il nous reste à discerner  les fruits que nous pouvons en recueillir: deux exemples de fidélité radicale à Dieu, tant  dans le service du prochain que dans celui de la prière. Action et contemplation! Les deux femmes ont vécu leur vocation chrétienne à l’intérieur d’une institution religieuse mais chacune avec la grâce spéciale qui lui avait été répartie: l’une a vécu 87 ans et devint rapidement par son action caritative une légende vivante et une figure planétaire, l’autre n’a vécu que 26 ans, à Dijon (France), dont les 5 dernières  années dans l’obscurité du Carmel de la ville. Mystères de prédestination!

Marthe et Marie. (Luc 10, 38 ss) Ces deux sœurs habitaient le village de Béthanie, en Judée, et recevaient quelques fois Jésus dans leur logis. Marthe, maîtresse de maison, s’activait aux tâches ordinaires mais sa jeune sœur, plutôt que de l’aider, préférait écouter ce que Jésus avait à dire. On connaît la suite de l’histoire: Marie, au dire de Jésus, avait effectivement choisi la meilleure part car c’était là l’essentiel. Par la suite, les deux femmes se sont avérées de fidèles disciples, chacune unissant l’action à la contemplation.

La canonisation de mère Teresa de Calcutta et celle à venir de sœur Élisabeth de la Trinité remettent en lumière l’importance d’une action missionnaire fondée sur la foi et la prière; sans ce fondement, l’action risque de déraper en devenant une belle entreprise altruiste sans lendemain. Dans une société trop souvent oublieuse des pauvres et de ses devoirs religieux, Teresa et Élisabeth auront été et demeurent des rappels de l’essentiel du message de Jésus: aimer Dieu de tout son cœur  et aimer son prochain comme soi-même!

Publié dans Adoration, Amour, Évangile, Compassion, Contemplation, Dieu, Foi, Jésus, Miséricorde, Moniales, Spiritualité, Trinité | Tagué , , , , , | Un commentaire

Le Pape, le diable et la pornographie

144389380_1302208060154243_659694632591380512_n

Le diable existe-t-il ? Peut-on dialoguer avec lui ? La pornographie sur Internet est-elle de lui ? Autant de questions soulevées par le Pape François lors de sa catéchèse du mercredi (25 novembre 2024). En voici de larges extraits :

 » Jésus dans le désert s’est débarassé de Satan et peut maintenant nous délivrer de Satan. C’est ce que les évangélistes mettent en lumière avec les nombreux récits de libération de possédés. Jésus dit à ses adversaires : «  Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, c’est que le Royaume de Dieu est venu parmi vous.  » (Matthieu 12, 27). Aujourd’hui, nous assistons à un phénomène étrange concernant le démon. À un certain niveau culturel, on pense qu’il n’existe tout simplement pas. Il serait un symbole de l’inconscient collectif, de l’aliénation, bref, une métaphore. Mais «  la plus grande ruse du diable est de faire croire qu’il n’existe pas  » comme l’a écrit quelqu’un (Charles Beaudelaire). Il est malin : il nous fait croire qu’il n’existe pas et domine ainsi tout. Il est rusé. Et pourtant notre monde technologique et sécularisé regorge de magiciens, d’occultisme, de spiritisme, d’astrologues, de vendeurs de sorts et d’amulettes, et malheureusement de véritables sectes sataniques. Chassé par la porte, le diable est rentré par la fenêtre, pourrait-on dire. Chassé par la foi, il revient par la superstition. Et si tu es superstitieux, tu dialogues inconsciemment avec le diable.

La preuve la plus forte de l’existence de Satan n’est pas dans les pécheurs ou les possédés, mais dans les saints ! (…) C’est dans la vie des saints, précisément là, que le démon est contraint d’apparaître au grand jour, de se dresser à contre-jour. Plus ou moins, tous les saints, tous les grands croyants, témoignent de leur lutte contre cette réalité obscure, et l’on ne peut honnêtement supposer qu’ils étaient tous dans l’illusion ou simplement victimes des préjugés de leur temps.

La bataille contre l’esprit mauvais se gagne comme Jésus l’a gagnée dans le désert : par la Parole de Dieu. Vous voyez que Jésus ne dialogue pas avec le diable, il ne l’a jamais fait. Il le chasse, ou le condamne, mais ne dialogue jamais. Et dans le désert, il répond non pas par sa parole, mais par la Parole de Dieu. Frères et soeurs, ne dialoguez jamais avec le diable ; quand il vient avec des tentations ( » mais ce serait bien ceci, ce serait bien cela « ) Stop ! Élève ton coeur vers le Seigneur, prie la Vierge Marie et chasse-le, comme Jésus nous a appris à le faire. (…)

Après que le Christ, sur la Croix, a vaincu pour toujours le pouvoir du prince de ce monde, disait un Père de l’Église, le diable « est lié comme un chien à une chaîne ; il ne peut mordre personne, sauf celui qui, bravant le danger, s’approche de lui. Il peut aboyer, il peut pousser, mais il ne peut pas mordre, sauf celui qui le veut » (saint Césaire d’Arles). (…) Nous avons tous fait l’expérience de la façon dont le diable s’approche avec certaines tentations. La tentation des dix commandements : quand nous nous en apercevons, arrêtons-nous, prenons de la distance ! Il ne faut pas s’approcher du chien attaché à une chaîne.

La technologie moderne, par exemple, à côté de nombreuses ressources positives qu’il convient d’apprécier, offre également d’innombrables moyens de « donner l’occasion au diable » et beaucoup y succombent. Pensons à la pornographie en ligne sur Internet, derrière laquelle se cache un marché florissant : nous le savons tous. C’est le diable qui y travaille. C’est un phénomène assez diffus, dont les chrétiens doivent cependant se méfier et qu’ils doivent rejeter fermement. Parce que n’importe quel cellulaire a accès à cette brutalité, à ce langage du démon : la pornographie en ligne.

La conscience de l’action du diable dans l’histoire ne doit pas nous décourager. La considération finale doit être également celle de la confiance et de la sécurité : « Je suis avec le Seigneur, va-t-en ». Le Christ a vaincu le diable et nous a donné l’Esprit Saint pour que nous fassions nôtre sa victoire. L’action même de l’ennemi peut tourner à notre avantage si, avec l’aide de Dieu, nous la mettons au service de notre purification. Demandons donc à l’Esprit Saint, avec les paroles du Veni Creator :

 » Repousse l’ennemi loin de nous,

donne-nous ta paix sans retard,

pour que, sous ta conduite,

nous évitions tout mal. « 

Soyez prudents car le diable est plein de ruse, mais nous, les chrétiens, avec la grâce de Dieu, sommes plus rusés que lui. Merci.  » (Osservatore Romano, numéro 39, page 2)

Publié dans Amour, Angoisse, Ésotérisme, Évangile, Dieu, Dieu Père, Esprit Saint, Foi, Jésus, Péché, Pédagogie divine, Saintes Écritures, Tentation, vie moderne, Vierge Marie | Tagué , , , , , , , | 2 commentaires