L’émerveillement eucharistique selon François

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On s’émerveille lorsqu’on éprouve un étonnement agréable devant quelque chose d’inattendu qu’on juge merveilleux, tel notre émerveillement face à un paysage automnal haut en couleurs. Pour le pape François, notre émerveillement devant le mystère pascal célébré dans l’eucharistie est un élément essentiel de la liturgie : « si un tel émerveillement venait à manquer, écrit-il, nous risquerions d’être imperméables à l’océan de grâce qui inonde chaque célébration » (Desiderio desideravi, Lettre apostolique sur la formation liturgique du peuple de Dieu, no.24).

On peut évidemment s’émerveiller face à divers éléments liturgiques (chants, vêtements, processions, encens, décorum à l’ancienne ou rite tridentin) mais nous sommes encore loin du véritable émerveillement spirituel auquel le pape fait allusion : « L’émerveillement dont je parle n’est pas une sorte de désarroi devant une réalité obscure ou un rite énigmatique, mais c’est, au contraire, l’émerveillement devant le fait que le dessein salvifique de Dieu nous a été révélé dans la Pâque de Jésus » (no. 25). Quelle simplicité d’expression et pourtant quelle hauteur de vue : Jésus lui-même doit retenir toute notre attention à la messe, mémorial de sa mort et de sa résurrection ! Et cette offrande de Jésus nous dévoile l’amour salvifique du Père pour tous les humains ! On accuse parfois la réforme liturgique d’avoir évacué de la célébration « le sens du mystère » … mais on oublie, comme dit François, « que la rencontre avec Dieu n’est pas le fruit d’une recherche intérieure individuelle, mais un événement donné, soit le fait nouveau de l’Incarnation » (no 24). Incarnation historique du Verbe de Dieu, à nous rappelée et transmise par les divers sacrements de l’Église. C’est ainsi que la grandeur du Plan salvifique de Dieu doit susciter, encore aujourd’hui, notre admiration et nous conduire à l’adoration.

Le 16 juillet 2021, le pape François publiait une lettre apostolique Traditionis custodes (Gardiens de la Tradition) qui abrogeait le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Ce dernier document, écrit en 2007, avait élargi les conditions de célébration de la messe tridentine : on y affirmait que la messe dans l’ancien rite n’avait jamais été abolie et que des fidèles, assemblés en groupe stable, pouvaient légitimement demander qu’elle soit célébrée dans leur diocèse. De plus, cette messe y était qualifiée de « forme extraordinaire » du Rite romain. Des affirmations plutôt discutables qui semblaient inviter à un retour en arrière en minimisant la réforme liturgique promulguée par le Concile Vatican II. Or, suite à une malheureuse dérive de cet élargissement de 2007, dérive qui aboutissait pour certains à un refus pur et simple de la réforme conciliaire, le pape actuel n’avait d’autres choix que de sonner l’alarme et prendre des mesures draconiennes pour sauvegarder l’unité de l’Église catholique : « Il serait banal de lire les tensions liturgiques comme une simple divergence entre différentes sensibilités envers une forme rituelle. La problématique est avant tout ecclésiologique. Je ne vois pas comment on peut dire que l’on reconnaît la validité du Concile et ne pas accepter la réforme liturgique (…). Pour cette raison, j’ai estimé qu’il était de mon devoir d’affirmer que les livres liturgiques promulgués par les saints pontifes Paul VI et Jean-Paul II (conformément aux décrets du Concile Vatican II) sont l’unique expression de la lex orandi (la loi de prière) du Rite romain «  (Desiderio desideravi, no 31). Et voilà la vérité rétablie !

Dans le but de raviver notre émerveillement face à la beauté et à la vérité de la messe, le pape nous invite donc à nous concentrer sur l’essentiel : le rappel du célébrant, lors de la consécration eucharistique, de l’offrande extraordinaire de Jésus à son Père à la dernière Cène. Offrande ouverte à notre participation, grâce à notre union au Christ « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Voilà le sommet de ce sacrement qui se finalisera dans la communion eucharistique subséquente. Notre réception fréquente des divers sacrements de l’Église peut ainsi devenir le meilleur moyen de nous laisser former à la vie d’enfants de Dieu. Voilà ce qui doit nous émerveiller ! On comprend, dès lors, l’à-propos de cette dernière remarque du Saint-Père : « Toute cette richesse [vérité de la célébration, formation liturgique, art de célébrer] n’est pas loin de nous. Elle est dans nos églises, dans nos fêtes chrétiennes, dans la centralité du dimanche, dans la force des sacrements que nous célébrons. La vie chrétienne est un parcours continuel de croissance. Nous sommes appelés à nous laisser former dans la joie et dans la communion » (no 62).

A propos moinillon

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